/news/world

Décision des États-Unis

Statut de Jérusalem: condamnation mondiale et inquiétude

Agence France-Presse

Des Palestiniens en colère ont affronté jeudi les soldats israéliens et brûlé le portrait de Donald Trump pour protester contre la décision unilatérale et potentiellement explosive du président américain de reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël.

Plus d'une vingtaine de Palestiniens ont été blessés par des balles en caoutchouc ou réelles lors de heurts d'ampleur relativement limitée en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza, selon les secours palestiniens.

L'initiative de M. Trump sera vendredi au coeur d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

Mais en ce jour de prière hebdomadaire des musulmans, les regards se tourneront surtout vers l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, lieu saint autour duquel des troubles éclatent souvent dans les périodes de tensions.

Jeudi, le mouvement islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza a appelé à une «nouvelle intifada» et, en soirée, au moins deux roquettes ont apparemment été tirées à partir de Gaza vers Israël, explosant toutefois dans l'enclave, selon l'armée israélienne.

L'armée a par ailleurs annoncé le déploiement de renforts en Cisjordanie occupée, en prévision d'une escalade.

«Irresponsable»

La décision de Donald Trump a continué de susciter la réprobation dans le monde entier.

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, s'est alarmée d'un retour «à des temps encore plus sombres» alors que la Russie s'est dite «très inquiète».

La chancelière allemande Angela Merkel a «désapprouvé» la décision américaine, qui plonge la région «dans un cercle de feu» selon le président turc Recep Tayyip Erdogan qui s'emploie à mobiliser le monde musulman.

Le grand allié saoudien des États-Unis a parlé d'acte «irresponsable» tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah de Jordanie, lors d'une rencontre à Amman, ont affirmé que toute mesure modifiant le statu quo sur Jérusalem était «invalide».

Chacun se demande si M. Trump n'a pas ouvert la boîte de Pandore tant Jérusalem, avec ses lieux saints pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, constitue un sujet passionnel.

Malgré les mises en garde venues de toutes parts, le président américain a ordonné mercredi soir le futur transfert de l'ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, rompant avec presque 70 ans de diplomatie américaine et se singularisant de la communauté internationale.

Confrontations

Des confrontations ont eu lieu entre jeunes palestiniens et soldats israélien, qui ont échangé jets de pierre et tirs de projectiles anti-émeutes à Hébron et Ramallah, en Cisjordanie. Bethléem, Qalqilya et Jénine ont aussi été le théâtre d'affrontements.

Dans la bande de Gaza, cinq Palestiniens ont été blessés, dont un à la tête, par des tirs de soldats israéliens en allant, avec des dizaines d'autres, protester près de la barrière de béton qui ferme hermétiquement les frontières entre Israël et l'enclave, ont indiqué les autorités gazaouies à l'AFP.

«Jérusalem est une capitale arabe et palestinienne, pas celle de l'occupant» israélien, a dit Abdallah al-Khalil, 17 ans, lors du rassemblement de plusieurs centaines de personnes à Ramallah. Elle est chère aux Palestiniens «à cause de (la mosquée) al-Aqsa et (de l'église) du Saint-Sépulcre, toute notre histoire se trouve là», a-t-il ajouté.

Une grève générale a été largement suivie en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville annexée par Israël et considérée par la communauté internationale comme occupée.

«L'Amérique est devenue un tout petit pays», a réagi Salah Zuhikeh, 55 ans, dans la vieille ville de Jérusalem, où magasins et écoles sont restés fermés.

Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l'État auquel ils aspirent. Israël proclame tout Jérusalem comme sa capitale «éternelle et indivisible».

Depuis la création de l'État d'Israël en 1948, la communauté internationale s'est gardée de reconnaître Jérusalem comme capitale.

Elle considère que la question du «statut final» de Jérusalem, l'une des plus épineuses du conflit israélo-palestinien, doit être négociée.

Discrédités

Le président palestinien Abbas a estimé que les Américains étaient à présent discrédités pour continuer à jouer un rôle de médiateur dans le processus de paix.

Un cadre du parti palestinien Fatah a affirmé jeudi que le vice-président américain Mike Pence n'était «pas le bienvenu en Palestine», après la décision du président Trump.

Une visite de M. Pence en Israël et dans les territoires palestiniens est prévue durant la deuxième moitié de décembre.

Le président palestinien et chef du Fatah, Mahmoud Abbas, n'a pas mentionné la visite de M. Pence dans sa réaction mercredi à la déclaration de M. Trump. Son bureau n'était pas joignable jeudi soir pour réagir aux déclarations de Jibril Rajoub.

La Maison-Blanche a de son côté estimé jeudi qu'une éventuelle annulation de la rencontre entre Mike Pence et M. Abbas serait «contre-productive».

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'est lui réjoui du fait que «le président Trump (soit) entré à jamais dans l'histoire de notre capitale».

Israéliens et Palestiniens n'ont plus de négociation substantielle depuis 2014, mais M. Trump a proclamé sa volonté de présider à l'accord diplomatique «ultime».

Ses émissaires, dont son gendre Jared Kushner, s'efforcent depuis des mois de ranimer cette entreprise de paix moribonde, sans faire part de leurs intentions.

«Mais comment puis-je m'asseoir en face de ces gens s'ils m'imposent l'avenir de Jérusalem comme capitale d'Israël?», s'est demandé le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat.

Des rassemblements ont aussi eu lieu jeudi dans le monde musulman, du Pakistan à la Turquie en passant par la Jordanie et la Tunisie.

À Amman, plusieurs centaines de manifestants ont scandé «Mort à Israël» et brûlé des portraits de Donald Trump.

«Nous sommes tous Palestiniens», «Trump soit maudit», ont également scandé plusieurs centaines de personnes à Tunis.

Hassan Nasrallah, leader du mouvement chiite libanais Hezbollah, ennemi juré d'Israël, a de son côté appelé à «une manifestation populaire massive» lundi à Beyrouth contre l'«agression américaine».

Dans la même catégorie