/news/currentevents

40 ans du groupe criminalisé

Les Hells Angels ont un long historique d'intimidation envers les médias

Jonathan Roberge | TVA Nouvelles

Il y a 40 ans, les Hells Angels s'installaient au Québec. Les policiers s’attendent d’ailleurs à les voir présents ce weekend, pour célébrer. Ils sont aujourd’hui beaucoup plus discrets et ont infiltré le commerce légal. Au milieu des années 90, ils étaient toutefois rois et maîtres. Certains journalistes et vidéastes l’ont appris à leurs dépens.

Au cours d’une cérémonie funéraire à la cathédrale de Trois-Rivières, une équipe de TVA Trois-Rivières s’est retrouvée entourée par les motards.

«Un premier est venu me demander ma cassette, j’ai refusé. Un deuxième est arrivé, j’ai continué de dire non. Dans le temps de le dire, ils étaient six autour de nous. On n’avait plus d’autres solutions que d’obtempérer», se souvient le cinéaste Jean Carbonneau.

Les Hells disaient adieu à l’un des leurs ce jour-là. Alors que la tension était palpable entre eux et certaines bandes rivales, leur confidentialité était plus importante que jamais à leurs yeux.

«On essayait de négocier avec eux pour garder nos images, mais ces gens-là parlent, mais n'écoutent pas. On leur a remis la cassette puis ils ont délégué deux motards pour nous raccompagner à notre voiture», raconte le journaliste Pierre Saint-Yves qui a couvert à quelques reprises les activités des Hells Angels entre 1979 et 2007.

Leur tournage venait de prendre fin. Il en sera de même pour leur collègue, posté au 12e étage de la Place Royale, qui a également été repéré. Il valait mieux déguerpir avec la précieuse bande vidéo avant l'arrivée des redresseurs de torts.

«Il nous a appelés complètement paniqué. Je lui ai rapidement suggéré de se réfugier dans une station de radio du même édifice et de laisser l’équipement sur place. Il est revenu rapidement à la station avec l’enregistrement et on a fait en sorte de récupérer la caméra plus tard.»

Une forteresse hostile

Leur repaire était clôturé et muni de nombreuses caméras de surveillance. N’entre pas qui veut chez les Hells. Les caméras n’étaient pas les bienvenues, pas même dans la rue. À l’aide d’un miroir, les surveillants du bunker tentaient d’éblouir la lentille de la caméra afin d’empêcher les caméramans de prendre leurs images.

«Quand on nous envoyait au bunker, on savait qu'ils allaient sortir dehors, se croiser les bras et même nous filmer... c'est de l'intimidation », se souvient Jean Carbonneau qui a accroché sa caméra en 1999.

Son partenaire de l’époque demeure marqué par ces incidents. «Quand ils te filment à 40 centimètres du nez, tu n’es pas gros dans tes souliers. C’est stressant parce que ton visage s’en va directement dans leur repaire. Ils te fichent, comme les policiers collectent des informations sur eux. J’étais père d’un jeune enfant à ce moment, c’est certain qu’on y pense», confie Eddy Verbeck à l’emploi de TVA de 1988 à 2000.

Un colis suspect

Guy Brouillette a été le premier à dévoiler l'identité des membres en règle des Missiles de Trois-Rivières, devenu quelques années plus tard le chapitre local des Hells Angels.

Au lendemain de la diffusion, des voitures ont commencé à ralentir en pleine nuit devant sa maison. «Il y a même des motards qui se sont présentés directement à la station. Quelques fois, j'ai regardé sous ma voiture pour m'assurer qu'il n'y ait pas un sac à dos ou un colis suspect.»

En septembre 2000, le réputé journaliste Michel Auger a été victime d'une tentative de meurtre dans le stationnement du Journal de Montréal. Il s’agit encore à ce jour d'une des plus graves contre un membre de la presse.

En février 1995, le journaliste Robert Monastesse qui était pigiste à l'époque pour Hebdo Police Plus a été atteint par deux balles après qu'un individu eut sonné à la porte de son domicile. Il a survécu à cette attaque, mais est décédé d'un cancer en 2015.

Dans la même catégorie