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Des dizaines de milliers de manifestants

Marée de drapeaux catalans dans les rues de Bruxelles

Matthieu Demeestere et Toni Cerda | AFP 

«Europe réveille-toi!» : des dizaines de milliers de Catalans pro-indépendance ont manifesté jeudi à Bruxelles pour interpeller l'UE, accusée de s'être rangée au côté de Madrid dans la grave crise politique qui secoue l'Espagne depuis deux mois.

Les manifestants étaient 45 000, selon un comptage de la police de Bruxelles, soit plus du double de l'estimation avancée la veille par les deux associations indépendantistes organisatrices.

Le président catalan destitué Carles Puigdemont s'est félicité de ce succès, dans une courte prise de parole à l'arrivée du cortège.

«Est-ce que vous avez déjà vu quelque part dans le monde une manifestation comme celle-ci pour soutenir des criminels ? Non!» s'est exclamé le dirigeant indépendantiste, exilé en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires en Espagne.

Ce rassemblement était convoqué à deux semaines des élections régionales du 21 décembre en Catalogne, où M. Puigdemont est à nouveau candidat.

Un scrutin crucial qui était dans tous les esprits, les Catalans redoutant la réaction de Madrid en cas de victoire indépendantiste, deux mois après le référendum interdit du 1er octobre.

«On est venu demander à l'Europe de se réveiller et de voir qu'en Espagne il n'y a pas de démocratie», a expliqué à l'AFP Montserrat Mante, 73 ans, venue de Badalona, près de Barcelone.

«Il faut que les pays de l'UE forcent un peu M. Rajoy (chef du gouvernement espagnol, ndlr) au dialogue et à accepter le résultat d'un référendum, quel qu'il soit», ajoute cette retraitée, coiffée d'un bonnet en laine pour affronter le vent froid.

La foule, noyée sous une marée de drapeaux rayés jaune et rouge, s'est élancée peu avant midi, heure locale, pour s'arrêter trois heures plus tard, toujours dans le quartier des institutions européennes.

«La démocratie? On la défend quand ça nous va bien», pouvait-on lire sous un portrait du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Les indépendantistes lui reprochent de s'être rangé au côté du gouvernement espagnol, qui a pris le contrôle de la Catalogne et destitué l'exécutif régional après la déclaration unilatérale d'indépendance du 27 octobre, consécutive au référendum non reconnu.

Une autre banderole établissait un parallèle entre l'attitude du chef du gouvernement Mariano Rajoy, en 2017, et celle de l'ex-dictateur espagnol Franco au début de la Guerre civile en 1936, interrogeant en anglais: «C'est ça les valeurs de l'UE ?»

Globalement, l'ambiance était bon enfant dans le cortège, d'où s'échappaient parfois des airs de bombarde traditionnels. La couleur jaune, symbolisant le soutien aux séparatistes «prisonniers politiques», était omniprésente.

Le numéro deux de la Commission européenne, Frans Timmermans, interrogé par la presse, a évoqué l'attitude «très positive» et «très déterminée» des manifestants.

Mais il a rappelé les lignes rouges de Bruxelles, affirmant que «ce qui n'est pas permis dans l'État de droit, c'est de simplement ignorer la loi», allusion au référendum du 1er octobre, maintenu malgré son interdiction par la justice espagnole.

À Madrid, la vice-présidente du gouvernement conservateur espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, a ironisé à l'issue du Conseil des ministres sur Carles Puigdemont, qui mène sa campagne électorale depuis Bruxelles.

«Habituellement, les candidats en campagne vont chercher les votes des électeurs, cette fois il semble que quelques électeurs de M. Puigdemont ont dû aller lui rendre visite», a-t-elle ironisé.

Carles Puigdemont et ses quatre ex-ministres exilés comme lui en Belgique ont annoncé mercredi leur intention de rester en Belgique «pour l'instant», au lendemain du retrait par un juge espagnol des mandats d'arrêt européens qui les visait.

L'ex-président catalan attend le résultat des élections du 21 décembre, et ce que sera la réaction de Madrid, avant d'envisager un éventuel retour au pays.

Profitant de jours fériés en Catalogne, les manifestants avaient rallié la capitale de l'Europe par avion, par bus, mais aussi en autocaravane ou en voiture. Alors que les hôtels de Bruxelles ont été pris d'assaut, certains ont trouvé un toit chez l'habitant, dans des familles flamandes ou wallonnes.

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