/news/law

«La parole aux victimes»

Meurtre de Cindy Gauthier: «Sept ans après, on dirait qu’on entend encore sa voix»

Jean-François Guérin | TVA Nouvelles

«On dirait qu'on entend encore sa voix. Même après autant d'années, c'est l'ennui.» Sept ans après le meurtre de sa fille, Louise Guimond est encore bouleversée. À la profonde tristesse que le drame a provoquée, s'ajoute une colère palpable lorsqu'elle parle de la sentence imposée à son conjoint meurtrier, John Ross Weizineau. La famille s’est confiée à Jean-François Guérin dans le cadre de l'émission «La parole aux victimes», diffusée vendredi soir à LCN.

C'était en juin 2010, pendant la fin de semaine de la fête des Pères à Chibougamau. Cindy Gauthier, 26 ans, a d'abord été portée disparue, puis son conjoint a été impliqué dans un accident de la route à Dolbeau, au volant de la voiture de Cindy et avec ses vêtements. Interrogé par les enquêteurs, Weizineau a révélé l'endroit où il avait disposé du corps, dans un secteur boisé situé à 14 kilomètres de Chibougamau. 

L'autopsie a par la suite confirmé que Cindy avait été tuée de 14 coups de hache à la tête. Son corps était tellement meurtri qu'il a été difficile pour son frère de l'identifier.

«On n’a pas pu le voir, raconte Allan Gauthier. J'ai vu son coin d'œil et ses cheveux un petit peu.»

Pour la famille de la victime, qui avait appris à connaître et aimer John Ross Weizineau et qui le voyait maintenant défiler menottes aux poings, en combinaison blanche, escorté des policiers, c'était la trahison suprême.

«Tu le regardes et tu te dis: c'est qui ça? Je ne le connais pas, c'est un monstre ce gars-là. Il était mieux de rester en dedans», raconte Allan.

John Ross Weizineau, qui avait un problème de consommation de stupéfiants, a d'abord été accusé de meurtre au deuxième degré.

«Tout le long, on se fait dire: faites confiance à la justice. On se dit: c'est sûr qu'il rentre en dedans pour 25 ans», dit Louise Guimond.

Mais à l'issue d'un procès tenu en 2012 et 2013, l'accusation est tombée et Weizineau a plutôt été reconnu coupable d'homicide involontaire et condamné à 16 ans de pénitencier. Une partie de la preuve a été écartée puisque les policiers qui l'avaient recueillie ne lui avaient pas lu ses droits.

Des années après la fin des procédures, cela ne passe toujours pas pour la famille. «Je n'ai plus aucune confiance en la justice, ajoute la mère de Cindy Gauthier. Ils n'avaient pas le droit de faire cette erreur-là. La vie de ma fille vaut plus que 16 ans d'emprisonnement.»

Un dénouement d'autant plus révoltant qu'eux-mêmes n'ont même pas pu se faire entendre par la Cour. Louise Guimond voulait lire une lettre dans laquelle elle dénonçait cet «être ignoble qui a enlevé la vie de [sa] fille». On lui a refusé, alors que Weizineau a pu présenter des excuses, que la famille n'a jamais cru sincères. «Ce n’est pas à nous qu'il parlait, dit Allan. C'est au jury.»

Quatre ans après la fin des procédures, le traumatisme est encore bien présent. «C'est une plaie ouverte qui ne se refermera jamais», lance avec émotion Mme Guimond. «Chaque fois qu'on y pense, ce n’est pas la peine qui sort, c'est la colère», ajoute Allan Gauthier.

Aujourd’hui encore, la famille n'est pas en paix avec le verdict et la sentence, en plus d’avoir perdu ses illusions sur le système judiciaire. Elle doit en plus se préparer à la possibilité que John Ross Weizineau soit libéré prochainement.

«Quel poids on va avoir pour la libération conditionnelle?», demande Louise Guimond. Il passera devant la commission en 2018. La famille de Cindy a bien l'intention de s'opposer à la libération, ou à tout le moins de faire en sorte qu'il ne puisse pas venir s'établir ou au Lac St-Jean ou dans la région de Chibougamau.

Pour en apprendre plus sur l'histoire de Cindy Gauthier, poursuivez votre lecture:

16 ans de prison pour Weizineau

Le verdict d'homicide involontaire est «scandaleux»

La Couronne réclame 20 ans de pénitencier

John Ross Weizineau coupable d'homicide involontaire

Le jury n'arrive toujours pas à un verdict dans l'affaire Weizineau

Le juge livre ses directives

John Ross Weizineau savait ce qu'il faisait

Jogn Ross Weizineau demande pardon

Les proches de la victime revivent le drame

Dans la même catégorie