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40 ans du groupe criminalisé

Les Hells Angels avaient leur «fonds de guerre»

Éric Thibault | Agence QMI

Les Hells Angels «se sont ainsi lancés dans une vaste entreprise guerrière» que chacun d’eux devait financer en versant 10% des profits de leurs activités criminelles, selon un document judiciaire entériné par une centaine de Hells qui se sont reconnus coupables de complot pour meurtres après l’opération SharQc.

Ces centaines de milliers de dollars ont payé des armes à feu, des munitions et des véhicules qui étaient systématiquement incendiés après avoir servi à éliminer la concurrence.

Boulanger et d’autres Hells ont aussi soudoyé des taupes ayant accès aux banques de données confidentielles de la Société de l’assurance automobile du Québec afin de soutirer des adresses et des numéros de plaques d’immatriculation de leurs cibles.

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«Par erreur»

Comme Ginette Martineau qui, après son arrestation, a prétendu avoir pitonné «par erreur» la plaque du journaliste Michel Auger quelques semaines avant qu’il soit visé par une tentative de meurtre.

Le «fonds de guerre» servait aussi à récompenser les meurtres de rivaux avec de généreuses primes de 25 000$ à 100 000$ aux tueurs.

«Pas de bon sens»

Bien qu’ils aient unanimement voté en faveur de la guerre, certains membres des Hells Angels ont fini par déchanter.

«[Richard] “Bob” Hudon [un membre fondateur des Hells à Québec] m’avait dit: “Ç’a pas de bon sens de faire la guerre à nos chums, esti. Ces gars-là étaient en business avec nous autres”. Pour lui, c’était pas normal», a déclaré le délateur Dayle Fredette.

L’entreprise guerrière dirigée par «Mom» Boucher a souvent dépassé les bornes aux yeux de «plusieurs» Hells, mais ceux-ci ne semblaient pas l’exprimer ouvertement.

Selon Boulanger, bon nombre de Hells trouvaient que « ça allait trop loin » quand Boucher a ordonné les meurtres de deux gardiens de prison en 1997.

«J’aurais jamais fait une chose pareille. Ce n’est pas tout le monde qui était au courant et d’accord avec ça», a renchéri le Hells des Nomads David «Wolf» Carroll à deux enquêteurs de la SQ qui ont tenté de le convaincre de retourner sa veste avant l’opération Printemps 2001.

Le fugitif Carroll — l’un des 10 criminels les plus recherchés au Québec — a ajouté que «les gars» des Hells qui ont tenté de tuer le journaliste Michel Auger dans le stationnement du Journal de Montréal, le 13 septembre 2000, « savent sûrement qu’ils ont fait une grave erreur ».

Le prix à payer

Quand cette guerre insensée a finalement pris fin, 160 morts et 180 blessés plus tard, plusieurs personnages clés du déclenchement des hostilités étaient déjà morts.

Normand «Biff» Hamel a été tué sous les yeux de sa conjointe et de leur fils, le 17 avril 2000, en sortant d’une clinique pédiatrique à Laval.

Louis «Melou» Roy a été victime d’une purge interne en juin suivant parce qu’il voulait opérer sa lucrative «business» de cocaïne en solitaire et «ça n’a pas fait l’affaire des autres [Hells] Nomads», selon le délateur Boulanger. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Plusieurs Hells ont dû renoncer à leurs «patchs» et prendre leur «retraite» des Hells pour pouvoir obtenir leur libération conditionnelle après de longues peines de pénitencier.

Plusieurs ex-Rock Machine ont été invités à changer de camp au terme des hostilités. Salvatore Cazzetta compte parmi ceux qui ont accepté.

Le chef guerrier des Hells Angels, Maurice «Mom» Boucher, purge depuis 2002 une peine de pénitencier à perpétuité pour avoir commandé les meurtres des agents correctionnels Diane Lavigne et Pierre Rondeau.

Il a perdu son statut de membre en règle du gang en 2014, en plus d’avoir dû vendre sa maison pour pouvoir payer une dette au fisc en 2016.

– Avec la collaboration de Félix Séguin

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