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Lévis

Un préposé étranglé par un patient

Nicolas Lachance | Agence QMI

 - Agence QMI

Agressé sauvagement par un patient intoxiqué, un préposé aux bénéficiaires déplore que les actes violents ne soient pas pris assez au sérieux et que les employés de la santé ne soient pas mieux formés pour se défendre.

Coups à la tête, prise de l’ours et étranglement: René Defoy a eu peur d’y rester le soir du 26 février 2017, à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis. «J’avais la corde au cou, il m’égorgeait avec le moniteur», a raconté le préposé aux bénéficiaires qui vit encore avec les séquelles liées à l’attaque d’un patient intoxiqué.

Ce soir-là, un homme désorienté et impulsif a été admis à l’urgence. «Il est entré avec les policiers et nous avons dû le maîtriser, avec les policiers et les agents de sécurité de l’hôpital», a relaté M. Defoy. Il a été transporté dans un département pour se calmer, branché à un moniteur afin de vérifier son rythme cardiaque. «À l’hôpital, on n’est pas équipés pour recevoir des patients comme ça», a plaidé la victime.

Violente altercation

Vers 23 h, l’hôpital lui a demandé de faire une surveillance de cet homme en attendant un employé de la firme de sécurité Garda. «Ça arrive souvent de faire de la surveillance et de rendre des services privés à la fin de nos quarts de travail», a-t-il expliqué.

Un peu avant minuit, l’agent de sécurité est arrivé. Mais, au moment de partir, le patient est devenu agressif. «Il était ’’crinqué’’. Il a foncé sur l’infirmière. J’ai placé ma main et dit son nom pour l’en empêcher. C’est là qu’il m’a donné un coup de poing à la tête. J’ai été saisi», a mentionné le préposé.

Il a tout de même réussi à le maîtriser partiellement dans une chambre. «Il se débattait, je me faisais fesser sur la tête», a-t-il relaté, indiquant que son crâne a percuté une machine. Durant l’intervention, René Defoy a couché l’individu au sol. C’est à ce moment que le patient a pris le fil du moniteur et l’a passé autour du cou de M. Defoy.

«Il m’étranglait avec le fil. C’est la dernière chose que j’ai vue. J’ai perdu la notion du temps», a-t-il expliqué, avant qu’un infirmier ne vienne à sa rescousse. «Je ne respirais plus, a-t-il précisé. Ils ont réussi à le piquer.»

Renée Defoy 1

Courtoisie

Pas de prison

À la suite de l’agression, M. Defoy a porté plainte aux policiers de Lévis. Son agresseur a plaidé coupable à une agression simple et a dû payer une amende de 650 $, selon ce qu’a pu constater «Le Journal de Québec». «Si ça s’était produit dans un bar, il serait accusé de tentative de meurtre ou peut-être de voies de fait graves causant des lésions», a critiqué M. Defoy.

Selon lui, les incidents violents qui se produisent dans les hôpitaux ne sont pas traités de la même manière dans les palais de justice. Un point de vue que partage la Fédération professionnelle des préposés et bénéficiaires du Québec.

«Je veux dénoncer ce qui se passe globalement dans les urgences et les milieux hospitaliers. Je n’ai rien contre mon employeur. Il manque de formation et de ressources partout dans le système», a précisé le plaignant. M. Defoy reçoit le soutien du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) et de la CNESST.

Il effectue un retour progressif au travail depuis quelques semaines. Le CIUSSS de Chaudière-Appalaches a indiqué que de nouvelles mesures ont été mises en place cette année avec le Service de police de Lévis.

René Defoy 2

Courtoisie

Les séquelles et blessures de René Defoy

• Choc post-traumatique (stress, peur de l’hôpital, difficulté à conduire, émotivité)

• Commotion cérébrale (maux de tête, perte d’attention et de mémoire)

• Douleur au coude et à l’épaule

• Labyrinthite (étourdissements permanents)

• 44 traitements de physiothérapie

• 15 traitements de chiropractie

Justice différente en milieu de santé, dit Me Bellemare

L’avocat Marc Bellemare soutient que les procureurs du Québec ne sont pas assez durs au Québec à l’endroit des personnes intoxiquées qui commettent des agressions graves dans les établissements de santé et qui reçoivent des accusations moins sévères.

«Je représente beaucoup de cas de gens qui ont été agressés à l’intérieur du réseau... Et je serais porté à dire que c’est vrai. Ce n’est pas parce que c’est un établissement qu’il devrait y avoir une ligne. On devrait regarder les dossiers cas par cas», a mentionné Me Bellemare. Même si l’agresseur est auto-intoxiqué, il ne peut se servir, selon la loi, de cette défense. «Ça ne compte pas», a-t-il dit, critiquant les procureurs de la Couronne.

«La Couronne est molle»

«Je trouve que la Couronne est molle au Québec. Ils se mettent dans la peau du juge», a affirmé Me Bellemare, soutenant que l’agresseur de René Defoy aurait au moins dû être accusé de voies de fait graves.

«Laissez le juge juger et ayez du courage», plaide-t-il.

Exemple de Perron

Il donne l’exemple de Marc Perron qui a agressé à coups de masse une adolescente qui marchait au centre-ville de Trois-Rivières. «Pourquoi pas voies de fait graves comme Marc Perron ? C’est déjà plus.»

En ce qui a trait à la tentative de meurtre, Me Bellemare indique qu’il faut prouver l’intention coupable lorsqu’il n’y a pas la preuve d’intention de tuer.

Deux employés blessés chaque jour au Québec

Chaque jour, deux employés du réseau de la santé au Québec sont victimes de lésions physiques attribuables à la violence en milieu de travail. Les préposés aux bénéficiaires souhaitent avoir plus d’outils pour se défendre.

Le président de la Fédération professionnelle des préposés aux bénéficiaires, Michel Lemelin, juge que les gestes commis contre René Defoy sont très graves, et malheureusement trop répandus.

«C’est vraiment une agression grave», a-t-il souligné au «Journal». «C’est vrai que les employés n’ont pas assez de formation, surtout pour les départements en psychiatrie.»

En 2015, 664 membres du personnel de la santé ont subi des lésions physiques attribuables à la violence en milieu de travail, indiquent les statistiques de la CNESST.

M. Lemelin croit que des séances de perfectionnement devraient être intégrées dans la formation reconnue des préposés. «Au Québec, il y a de plus en plus de cas psychiatrisés en hôpitaux et en soins de longue durée», a-t-il illustré.

Ordre professionnel ?

Aussi, il estime que les préposés aux bénéficiaires devraient être beaucoup mieux encadrés. Pour l’instant, il n’est qu’à la tête d’une association professionnelle volontaire.

Il y a des pourparlers avec le ministère de la Justice afin de créer un ordre professionnel pour les préposés, confirme M. Lemelin.

«Nous sommes en attente. Ils devront détenir des permis, et la formation et un diplôme seront une obligation», a-t-il indiqué, ce qui pourrait obliger la formation continue.

Le secteur d’activité Soins de santé et assistance sociale est l’un des secteurs priorisés dans cette planification, et la violence au travail est l’un des risques ciblés pour ce secteur, affirme la CNESST.

Pour le personnel de la santé (peut inclure d’autres corps d’emploi que le préposé aux bénéficiaires), le volume de lésions physiques attribuables à la violence en milieu de travail se décline comme suit:

2012 : 613

2013 : 735

2014 : 706

2015 : 664

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