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États-Unis

Quatre femmes disent avoir été agressées sexuellement par Charles Dutoit

Agence QMI

Trois chanteuses d’opéra et une musicienne accusent le chef d’orchestre Charles Dutoit de les avoir agressées sexuellement aux États-Unis, selon des entrevues menées avec les victimes par l’Associated Press (AP).

Elles reprochent notamment à celui qui a dirigé l’Orchestre symphonique de Montréal durant 25 ans de les avoir retenues physiquement, d’avoir mis sa langue dans leur bouche et de s’être collé à elles.

Ces événements se seraient produits de 1985 à 2010 à Chicago, Los Angeles, Minneapolis, Philadelphie et Saratoga Springs, alors que l’homme d’origine suisse travaillait pour des orchestres américains.

«Il m’a plaqué contre un mur, mis ma main contre son pantalon et enfoncé sa langue dans ma gorge», a dit à l’AP la mezzo-soprano à la retraite Paula Rasmussen, à propos d’une agression survenue dans un vestiaire de l’opéra de Los Angeles en septembre 1991.

La soprano Sylvia McNair, gagnante de deux Grammy, dit avoir vécu une expérience similaire en 1985 dans l’ascenseur de son hôtel après une répétition de l’Orchestre du Minnesota.

«Charles Dutoit m’a poussé contre le mur de l’ascenseur et a mis son genou entre mes jambes, tout en se collant complètement contre moi», a-t-elle dit à l’AP.

Les deux autres présumées victimes ont refusé de dévoiler leur identité.

L’une d’elles dit avoir été agressée à quatre reprises par Dutoit lorsqu’elle travaillait pour l’Orchestre de Philadelphie.

La première agression est survenue dans une auto à Saratoga Springs dans l’État de New York en 2006 à la suite d’une audition dans laquelle elle avait été sélectionnée.

«Il a littéralement commencé à agripper tout ce qu’il pouvait en conduisant, a dit à l’AP la chanteuse en parlant de son corps, incluant ses seins. Pour un moment, je me disais "est-ce qu’il fait une crise cardiaque?"»

D’autres agressions ont eu lieu dans des vestiaires et même près de la scène, juste avant un concert.

«Il n’y avait rien de mal avec lui en tant que musicien, mais on l’a laissé agir comme un prédateur hors de la scène», a-t-elle mentionné.

De son côté, une musicienne qui avait 24 ans en 2006 alors qu’elle œuvrait pour l’Orchestre symphonique de Chicago a mentionné que le maestro l’a agressée dans une chambre d’hôtel en tentant de l’embrasser de force.

«J’ai absolument dit non, en le repoussant et en allant de l’autre côté de la chambre», a-t-elle précisé à l’agence de presse américaine.

Après cet événement, le chef d’orchestre lui aurait envoyé des courriels à une douzaine de reprises.

«On pouvait voir que c’était comme si de rien n’était («business as usual»). Comme s’il savait ce qu’il faisait, et qu’il ne semblait pas dérangé par le fait que je disais non», a-t-elle confié à l’AP.

Aucune des quatre victimes n’a porté plainte à la police, parce qu’elles disaient qu’elles étaient jeunes et qu’elles ne voulaient pas nuire à leur carrière. Certaines de leurs allégations ont été corroborées par des personnes à qui elles s’étaient confiées à l’époque.

Dutoit est le principal chef d’orchestre et le directeur artistique de l’Orchestre philharmonique royal à Londres. Il est chef émérite de l’Orchestre de Philadelphie et l’orchestre symphonique NHK de Tokyo.

L’AP affirme qu’il n’a jamais répondu aux tentatives faites pour le rejoindre.

La Guilde des musiciens et musiciennes du Québec «extrêmement préoccupée»

En soirée, jeudi, la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ) s’est dite «extrêmement préoccupée» par les allégations rapportées contre Charles Dutoit.

«Nous sommes extrêmement préoccupés par la situation et condamnons avec virulence ce type de comportement abject. La GMMQ souhaite réitérer son total soutien à tous les musiciens et musiciennes voulant dénoncer un cas de harcèlement, abus ou agression», a-t-on précisé par communiqué, en invitant les victimes à dénoncer toute situation et à faire appel aux différents services d’aide en place.