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Gatineau

Un pharmacien revendait illégalement des hormones

Hugo Duchaine | Agence QMI

Chantal Poirier

Un pharmacien de Gatineau qui revendait illégalement des milliers d’hormones dans un gym pour s’en mettre plein les poches risque une amende de 22 500 $.

«J’ai succombé à la tentation, je reconnais mes torts et je m’en excuse profondément», a plaidé Yves Audette, devant le Conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens mercredi.

L’ambiance était tendue lorsqu’il s’est présenté à son audience. Son avocate, Tina Hobday, a même recouvert avec sa main l’objectif de la photographe du «Journal de Montréal», qui se trouvait dans un endroit où la prise de photos est pourtant permise.

«M. Gino»

Son client, le pharmacien Yves Audette, a reconnu avoir fourni différentes hormones à un dénommé «M. Gino», dont de la testostérone, de la gonadotrophine chorionique humaine (HCG), ainsi que de l’Aldactone, de 2010 à 2014.

La syndique adjointe, Josée Morin, a relaté que le pharmacien pouvait commander jusqu’à 8000 comprimés d’Aldactone en une année, alors qu’il ne recevait parfois aucune prescription pour le médicament à sa pharmacie.

Elle a aussi dit que la représentante commerciale de l’HCG était même allée le saluer à son commerce, car il était son plus gros client dans la région.

Or, sans supervision médicale, ces hormones peuvent avoir «de grands effets indésirables», selon Mme Morin.

Divorce coûteux

M. Audette a expliqué ses gestes à la syndique adjointe en lui disant qu’il avait besoin d’argent lors d’un divorce coûteux. Il s’est également justifié en avançant qu’il n’était pas le seul pharmacien à le faire.

Au cours de la même période, il fournissait aussi en Aranesp et Humatrope, d’autres hormones, un homme qui participait à des courses de chevaux aux États-Unis.

Il a aussi fait de nombreuses «ordonnances verbales» à des proches ou à lui-même, alors qu’il n’avait pas le droit de prescrire des médicaments. Il prescrivait notamment des antibiotiques, en les attribuant faussement au médecin du client et se faisait rembourser par l’assureur.

Trafic de médicaments

La syndique adjointe a relaté que M. Audette lui a dit n’avoir rien à se reprocher, qu’il a fait de fausses ordonnances pendant toute sa carrière pour aider les gens.

«Il a fait du trafic de médicaments dans le but de s’enrichir, sans tenir compte de la santé des patients [...] et il a poussé l’odieux jusqu’à faire des réclamations au tiers payeur», s’est indigné l’avocat de la syndique adjointe, Guillaume Laberge.

Le pharmacien de 74 ans n’en était pas à sa première offense. Il a déjà été reconnu coupable de négligence en remettant un antibiotique différent de celui prescrit et d’avoir retiré des avantages financiers en transmettant des informations confidentielles de ses clients à une pharmaceutique.

Le Conseil de discipline de l’Ordre rendra sa décision sur la sanction à imposer d’ici 90 jours.