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Moins de 2 ans après une violente collision

De retour après avoir frôlé la mort

Claudia Berthiaume | Agence QMI 

Un policier a recommencé à patrouiller moins de deux ans après avoir frôlé la mort et subi une trentaine de fractures lors d’une violente collision avec un semi-remorque provoquée par un suspect qui a sauté sur le volant.

«Je voulais retourner en patrouille pour prouver que ce gars-là n’a pas eu le contrôle sur ma vie. Je n’allais pas le laisser m’enlever mon rêve d’être policier comme ça», soutient fièrement l’agent Guillaume Bernier, qui a mis les bouchées doubles afin de reprendre le travail, au poste de la Sûreté du Québec de Maniwaki.

Après cinq mois d’hospitalisation et un an de physiothérapie intensive, le patrouilleur comptant huit ans d’expérience est revenu sur la route cette année.

Pourtant, le policier miraculé de 32 ans a bien cru que son heure était arrivée, le 18 août 2015, en Outaouais.

Son partenaire Kevin Laplante et lui se sont rendus près de la pourvoirie Rivière CouCou, dans la réserve faunique La Vérendrye, pour retrouver un fugitif se cachant dans les bois.

Ce fugitif est Robert de L’Étoile, un sexagénaire accusé d’avoir tenté de tuer son ex-conjointe en Montérégie, un an plus tôt.

La veille de la collision, l’homme a menacé une camionneuse avec une arme de poing afin que celle-ci l’amène en Abitibi.

Les agents Bernier et Laplante ont retrouvé M. de L’Étoile terré dans une cabane de chasse, et devaient le ramener au poste de Mont-Laurier, à environ trois heures de route, afin qu’il y soit interrogé.

C’est l’agent Bernier qui a pris le volant.

Mains et pieds Menottés

Les policiers ont menotté Robert de L’Étoile aux mains, devant lui.

«Si on l’avait menotté derrière, on aurait pu lui briser les mains avec les grosses bosses qu’il y avait dans le chemin», explique l’agent Bernier.

Ils ont aussi attaché ses pieds avec des attaches de plastique de type Ty-Rap.

À la hauteur de Grand-Remous, sur la route 117, l’agent Bernier a dépassé un camion tirant un bateau dans une voie dédiée. Un semi-remorque circulait en sens inverse. Il était environ 21 h 30.

«Quand j’ai senti une présence sur mon épaule droite, je savais exactement ce qui se passait», se rappelle le policier.

Aucune cloison ne séparait le suspect des policiers. Assis sur la banquette arrière, Robert de L’Étoile a réussi à détacher sa ceinture de sécurité. Il a bondi sur le volant et l’a braqué à l’extrême gauche pour provoquer un face-à-face avec le poids lourd.

L’agent Bernier a appuyé sur les freins, tout en braquant le volant dans l’autre sens avec l’énergie du désespoir. Il a pu éviter la collision frontale de justesse, mais a tout de même percuté la roue avant du semi-remorque de plein fouet. Son talon droit a éclaté sous la force de l’impact.

«La dernière chose que j’ai vue, ce sont les lumières du camion. Puis, il y a eu un bruit de ferraille indescriptible et c’était la noirceur totale», raconte le policier.

Bras en accordéon

L’agent a été partiellement éjecté, mais ses pieds sont demeurés coincés sous les pédales du véhicule de police.

«Mon bras gauche était en accordéon, les doigts de ma main droite étaient à des endroits où ils n’étaient pas censés être et je sentais que mes pieds brûlaient comme du feu», détaille-t-il.

Pendant ce temps, son partenaire appelait les secours tout en maîtrisant Robert de L’Étoile, qui tentait de fuir en rampant.

«C’était l’incompréhension totale, je ne comprenais pas pourquoi il avait fait ça [provoquer la collision]», se souvient l’agent Bernier.

Les pinces de désincarcération ont été utilisées pour le sortir de la carcasse.

«J’étais tellement certain de mourir que tout ce qui est venu après était une bonne nouvelle. J’ai dit aux gars : “Ne vous surprenez pas, ça se peut que je call malade demain”», souligne-t-il en riant.

Les médecins l’ont «rafistolé» à l’hôpital de Mont-Laurier, avant de le transférer à Saint-Jérôme pour traiter ses blessures multiples.

La voiture du patrouilleur Guillaume Bernier

Courtoisie

Chicané par le physio

Guillaume Bernier a repris le volant dès qu’il a quitté l’hôpital en janvier 2016 « pour briser la peur ». Il a ensuite enchaîné les étirements et les entraînements en gymnase pour regagner de la flexibilité dans ses mains et ses pieds.

«Je me faisais chicaner par mon physio parce que j’en faisais trop», se rappelle-t-il.

En avril dernier, Robert de L’Étoile a été reconnu coupable d’avoir tenté de tuer les deux policiers.

«Par son geste, il voulait se tuer, et amener les policiers avec lui», a conclu le juge Gaston Paul Langevin, au terme du procès.

«C’est sûr que je colle un peu plus la ligne blanche qu’avant, mais je continue de faire le bien en aidant les gens, et ça, c’est valorisant», conclut l’agent Bernier.

De graves blessures

- L’agent Guillaume Bernier a subi une trentaine de fractures, aux bras, aux mains et aux pieds. Ses membres ont été reconstruits avec des clous et des broches.

- Son talon droit a éclaté.

- Son visage a été coupé par du verre et du métal de la carcasse.

- Il a passé un peu plus de 30 heures sur la table d’opération.

- Il a été hospitalisé cinq mois et a fait un an de physiothérapie.

Main fracturée policier

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