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Longueuil

Exclus d'un resto pour une intolérance alimentaire

Dominique Scali

 - Agence QMI

Dominique Scali

Une mère affirme que sa famille a été exclue d’un restaurant le soir du réveillon de Noël parce qu’elle avait apporté de la nourriture pour ses enfants qui ont de graves intolérances alimentaires.

«Ma fille pleurait. Elle disait que c’était de sa faute si on ne pouvait pas manger au restaurant», a rapporté Jennifer Bouchard, qui habite à Chambly.

Lorsqu’elle et son mari vont au restaurant, ils ont l’habitude d’apporter la nourriture de la maison pour leurs enfants, ce qui évite des accommodements complexes de la part des restaurateurs. C’est ce qu’ils ont voulu faire au buffet Fu Lam de l’arrondissement de Greenfield Park, à Longueuil, le 24 décembre.

Sa fille Emy Bunsten, 11 ans, a la maladie cœliaque, c’est-à-dire qu’elle est hautement intolérante au gluten. Un grain de pain peut suffire à lui causer vomissements et enflures, a expliqué sa mère.

Son fils de 8 ans, quant à lui, est autiste. En raison de problèmes sensoriels, il ne mange pratiquement que des rôties au beurre d’arachides.

«Aberrant»

Or, le serveur a interdit aux enfants de manger la nourriture provenant de l’extérieur, prétextant que «ça ne se faisait pas», a rapporté Mme Bouchard. «C’est aberrant. On n’était pas pour rester si mes enfants ne pouvaient pas manger».

Le restaurant était presque vide ce soir-là, se souvient-elle.

«Je me sentais coupable, a avoué Emy. Je voulais que mes parents puissent aller au resto et manger ce qu’ils veulent.»

«Ce n’est pas qu’on ne voulait pas payer, a précisé Mme Bouchard. On s’entend que ça peut paraître niaiseux ou cheap d’apporter un lunch au restaurant. Mais si on veut sortir, on n’a pas le choix.»

Il existe bel et bien des restaurants qui offrent une option sécuritaire pour les personnes allergiques ou intolérantes, mais aucun n’était ouvert le soir du 24 décembre, a-t-elle précisé.

«Ma fille va vieillir. Elle va avoir le droit de vivre et de suivre ses amis», espère Mme Bouchard.

Joint au téléphone jeudi, un gérant du restaurant a confirmé qu’il était interdit d’apporter toute nourriture de l’extérieur, même en cas d’allergie. Il a toutefois refusé d’être cité en l’absence des propriétaires, qui ne sont pas joignables pendant la période des Fêtes, nous a-t-on dit.

Les restaurateurs plus frileux qu'avant

Les personnes qui souffrent d’allergies alimentaires ont l’impression d’être moins bienvenues qu’avant dans les restaurants depuis qu’un client allergique au saumon a poursuivi un bistro de Sherbrooke, selon une conférencière.

Un serveur du Tapageur, à Sherbrooke, avait été arrêté en 2016 après avoir servi un tartare de saumon à un client allergique, qui avait par la suite passé plusieurs jours dans le coma.

Aucune accusation n’avait finalement été déposée contre l’employé, qui affirmait que le client avait bel et bien commandé du saumon. Celui-ci a entamé une poursuite civile de plus de 400 000$ contre l’établissement l’hiver dernier.

«On a senti le contrecoup de [cette histoire]. Les gens allergiques sentent qu’ils sont moins bien acceptés dans les restaurants», a indiqué Marie-Josée Bettez, coauteure du livre «Déjouer les allergies alimentaires».

Pas de règlement

La femme se dit très au fait des préoccupations de la communauté des gens qui souffrent d’allergies.

Leurs expériences dans les restaurants sont «très variées» et la possibilité ou non d’apporter un lunch a souvent été évoquée, a-t-elle expliqué.

À la base, il n’y a pas de règlement interdisant à un client d’apporter de la nourriture dans un restaurant.

«C’est une décision d’affaires, à la discrétion du restaurateur», a soutenu Mélissa Lapointe, relationniste au ministère de l’Alimentation.

Le fils polyallergique de Mme Bettez a même pu apporter sa nourriture au Château Frontenac pour son bal des finissants, illustre-t-elle.

«Raisonnable»

Selon Beatrice Povolo, d’Allergies alimentaires Canada, il s’agit d’une option «raisonnable» lorsque le restaurateur n’est pas en mesure d’assurer qu’un des clients pourra manger de façon sécuritaire.

«En général, le bon sens prévaut», a-t-elle remarqué.

Elle recommande toutefois aux gens de téléphoner au restaurant avant de se déplacer.

De son côté, Mme Bettez remarque que certains commerçants sont plus compréhensifs en personne.

«On comprend que les restaurants ne veulent pas devenir un local où n’importe qui peut apporter son lunch. Mais faites-le calcul: ça peut être une pratique avantageuse», estime-t-elle, puisque la personne allergique vient souvent accompagnée d’un groupe.

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