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Grâce à l'aide de sa belle-soeur et son frère

L’incroyable année d’un itinérant qui a réussi à sortir de la rue

Magalie Lapointe | Agence QMI

L’année que vient de vivre Benoît Loyer pourrait faire un excellent film de Noël rempli d’espoir. Après 40 ans de consommation de drogue et 30 ans de pauvreté extrême et d’itinérance, il a réussi à s’en sortir. Beaucoup grâce à son frère et sa belle-sœur qui s’étaient donné comme mission de le retrouver.

À Noël 2016, Louise Lachapelle a entendu un reportage sur la pauvreté à la radio. Plutôt que de donner à des organismes qui aident les itinérants, elle s’est donné la mission de retrouver son beau-frère Benoît Loyer, itinérant depuis 30 ans.

Elle avait une vague idée qu’il pouvait se trouver en Outaouais, mais n’en était pas certaine.

Elle l’a cherché pendant des semaines avant de le retrouver. Il vit maintenant dans une petite chambre, fait ses repas et rêve de vivre de sa musique.

Simplicité

Benoît Loyer se prépare un café et des sandwichs aux œufs dans sa petite chambre de quelques mètres carrés du centre-ville de Gatineau.

Ces gestes pourtant anodins pour des millions de gens semblaient une montagne pour lui, il y a un an à peine.

L’homme de 55 ans revient de loin et a frôlé la mort à plusieurs reprises en raison de sa consommation excessive de drogue.

Son quotidien des 30 dernières années était d’assister à des batailles entre prostituées pour des clients, des combats entre revendeurs de drogue et des attentes de plus de trois heures dans une soupe populaire pour réussir à manger un repas, souvent le seul de la journée.

Pourtant, rien ne prédestinait cet enfant curieux et enjoué à une vie de misère. Il affirme n’avoir manqué de rien dans sa jeunesse. Il était un enfant comme les autres.

Pot

Mais comme plusieurs adolescents, il a essayé le pot à l’âge de 14 ans.

Ça a été le début d’un long cauchemar, car il est devenu accro pendant 40 ans.

Comme c’est souvent le cas, sa forte consommation de cannabis l’a mené à décrocher de l’école au secondaire et à consommer des drogues plus dures.

Il avait 25 ans lorsqu’il a pris de la cocaïne pour la première fois.

D’ailleurs, cesser de fumer du pot est sans doute sa plus grande réalisation en 2017. Il n’a pas touché à un joint depuis octobre.

«Ça n’a pas été facile au début, j’ai eu des tremblements trois jours de temps. J’ai fait une rechute une fois et je me suis étouffé. C’est fini pour moi, le pot. Maintenant, il ne me reste que la cigarette... bientôt. Une journée à la fois. Quand on veut, on peut», lance l’homme qui a bon espoir de réussir à cesser de fumer un jour.

Ironiquement, il cesse de consommer du pot au moment où Ottawa s’apprête à le légaliser.

D’ailleurs, Benoît n’en revient pas que le gouvernement fédéral légalise le cannabis en 2018. Il est convaincu que sans cette drogue, sa vie aurait été très différente.

«J’ai peur pour les prochaines générations, avec la légalisation du pot, les gens vont consommer et 5 ans après, ils vont essayer des drogues dures. Ce n’est qu’une question de temps, croyez-moi», ajoute l’ancien toxicomane.

Itinérance

Benoît Loyer vit de l’aide sociale dans sa petite chambre du centre-ville de Gatineau. Ce n’est pas le Klondike, mais il a l’impression de n’avoir jamais été aussi riche maintenant qu’il s’est pris en main, en 2017.

Depuis 30 ans, M.Loyer vit dans l’itinérance. Il n’a pas toujours été dans la rue, mais comme la drogue avait pris le dessus sur sa vie, il était incapable de conserver un emploi.

Il alternait entre les petits logements, la rue et de courts séjours en prison pour des délits liés à sa consommation.

Il a perdu ses amis un à un et sa famille ne voulait plus rien savoir de lui.

«J’ai fait les mauvais choix, c’est entièrement de ma faute et aujourd’hui, j’en paie le prix», a-t-il avoué.

Depuis un an, Benoît Loyer a aussi un meilleur ami, Jean-Marie Gauthier. C’est son voisin de palier. Ensemble, ils parlent de politique, regardent des films sur l’ordinateur de M. Loyer et surtout, ils regardent des parties de hockey. Benoît est un fan du Canadien alors que son ami préfère les Sénateurs d’Ottawa.

Depuis un an, Benoît Loyer a aussi un meilleur ami, Jean-Marie Gauthier. C’est son voisin de palier. Ensemble, ils parlent de politique, regardent des films sur l’ordinateur de M. Loyer et surtout, ils regardent des parties de hockey. Benoît est un fan du Canadien alors que son ami préfère les Sénateurs d’Ottawa.

En 2011, à l’âge de 48 ans à l’époque où il vivait à Montréal, il s’est retrouvé à la rue pendant trois ans. Il jouait de la musique dans la rue ou dans le métro pour survivre.

D’ailleurs, un touriste a été charmé par son talent et une vidéo de lui se trouve toujours sur YouTube.

En 2014, sa vie a basculé quand il a fait un AVC et qu’il a presque perdu l’usage de la parole.

Marcher est devenu un défi pour lui. Il est demeuré des mois à l’hôpital.

À sa sortie de l’hôpital en 2015, une travailleuse sociale lui a trouvé une petite chambre, l’a inscrit à l’aide sociale et a fait les démarches pour qu’il reçoive une rente pour handicapé. Mais aucun suivi psychosocial n’a été effectué.

Si bien que Benoît Loyer vivait comme un itinérant dans sa petite chambre. Il était complètement mésadapté à la vie en société.

Il n’avait même pas de manteau d’hiver et rien pour se faire à manger.

Retrouver

La vie de Benoît Loyer s’est améliorée sans même qu’il le sache alors que sa belle-sœur Louise Lachapelle a entrepris des démarches pour le retrouver.

Pendant deux mois, elle l’a cherché sans relâche. Comme elle habite en Estrie, les recherches étaient compliquées. Elle a commencé ses recherches en Outaouais puisqu’elle avait entendu dire qu’il était peut-être dans le coin lors du décès de sa mère.

Elle a fait des démarches auprès du poste de police, du bureau de son député, elle a appelé tous les organismes de Gatineau, les établissements de santé, les hôpitaux. Personne ne lui confirmait avoir vu son beau-frère.

Après deux mois de recherche, elle était sur le point d’abandonner lorsque son conjoint, Pierre Loyer, a reçu un courriel intrigant de son frère.

«Il m’a dit que lorsqu’il allait mourir, je le saurais. Que quelqu’un serait mandaté pour me le dire. Il me demandait d’être enterré avec papa et maman et de ne pas le laisser seul. Ça m’a shaké. Ça m’a fait de la peine, c’est mon petit frère», a-t-il expliqué.

En vieillissant et après avoir frôlé la mort à plusieurs reprises, Benoît Loyer a commencé à imaginer ce qui se passerait après sa mort. Il ne voulait pas être enterré avec les autres itinérants dans une fosse commune. C’est ce qui l’a poussé à contacter son frère.

Mais il ignorait à ce moment-là que ceux-ci le cherchaient aussi depuis deux mois. Ça a été le début des retrouvailles et du changement de vie spectaculaire de M. Loyer.

«Je réalisais que j’étais seul, je ne voulais pas mourir sans personne, ni vu ni connu, perdu. J’étais nerveux. J’avais peur. J’avais honte et peur du jugement, mais j’ai pris une chance», s’est rappelé Benoît Loyer.

Retrouvailles

Pierre Loyer et Louise Lachapelle ont pris la décision d’aller rencontrer Benoît Loyer à Gatineau.

«Il était là, dans sa petite chambre avec sa longue queue de cheval. J’étais gelée là. J’ai finalement ouvert sa porte de garde-robe. Il y avait une paire de vieilles bottes, pas de manteau d’hiver, un t-shirt et un coton ouaté. Après, on l’a emmené manger chez St-Hubert. Il a mangé un peu de sa grosse poutine et il a rapporté le reste. Il avait de la sauce partout dans sa grosse barbe», a raconté Louise Lachapelle.

Ce qui a le plus déçu Pierre Loyer est de voir son frère complètement abandonné par le système, malgré sa santé très précaire. La priorité a été de lui trouver un médecin de famille et un neurologue. Il n’en avait pas vu depuis son AVC en 2014 et il est diabétique.

Benoît Loyer peut maintenant se lever le matin sans devoir se chercher de la nourriture. Il se fait du café grâce à une machine que lui a achetée Louise Lachapelle. Il consulte un médecin de famille régulièrement. Son frère lui a même remis un ordinateur «pour qu’on puisse garder contact», a-t-il dit.

Se rendre chez sa coiffeuse est l’un de ses moments préférés du mois.

«Maintenant que je ne suis plus dans la rue, je me paie une pizza, une fois par mois. Je ne veux plus jamais revivre dans le froid et sans nourriture», déclare l’ancien itinérant.

Au-delà de l’aide matérielle que lui ont fournie Pierre et Louise, la plus grande victoire de Benoît Loyer en 2017 a été de renouer avec son frère aîné. «Ils ont accepté de me voir et c’est ça que je voulais le plus», a dit l’ancien guitariste de rue.

Rêves

Maintenant que ses besoins de base sont comblés, Benoît commence à caresser des rêves. Pendant toutes ses années d’itinérance, il a toujours joué de la guitare dans le métro ou dans la rue.

Son plus grand rêve serait de réussir à vivre de sa musique et de pouvoir s’acheter une guitare. Pour le moment, il crée sa musique sur son portable.

«Personne n’est à l’abri de la rue. Mais avec de la volonté et avec de l’aide de la famille, tout le monde peut s’en sortir», conclut-il.

«Ce qui m’a le plus bouleversé dans toute cette histoire, c’est l’abandon et la détresse de ces gens-là. Ils sont incapables de faire valoir leurs droits», lance Pierre Loyer.

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