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Photomontages violents, faux comptes

Quand les réseaux sociaux deviennent un enfer pour les élus

Matthieu Payen

 - Agence QMI

Gracieuseté

Photomontages violents, faux comptes qui nuisent à la réputation, blocages de comptes en pleine campagne électorale. Les réseaux sociaux sont un formidable outil de communication pour les élus, mais ils peuvent aussi devenir leur pire cauchemar.

Le maire de Granby, Pascal Bonin, s’est retrouvé en fâcheuse posture au printemps dernier. Alors qu’il préparait sa communication pour les élections de novembre, son compte Facebook riche de 3600 amis a été bloqué en raison d’une plainte pour usurpation d’identité dirigée contre lui.

«C’était le bordel total, a-t-il dit. J’ai investi des milliers de dollars et beaucoup de temps dans ce compte, alors il n’était pas question que je le perde à quelques mois des élections.»

Pour le maire, c’était la situation de l’arroseur arrosé, alors qu’il avait lui-même dénoncé par le passé une dizaine de comptes qui se servaient de son nom et de ses photos.

M. Bonin a dû montrer patte blanche auprès de Facebook, allant même jusqu’à envoyer une photo de lui tenant en main sa carte d’assurance maladie pour prouver son identité.

Au bout d’un mois de bataille, il a fini par récupérer son compte, mais sans connaître l’identité de celui qui lui avait joué un tour.

«J’ai dû supprimer la plupart de mes contacts personnels parce que le signalement venait de là, a-t-il dit. Ce n’est pas facile d’éliminer des proches de son réseau, mais c’était le seul moyen de me protéger.»

Réseau contact

La mésaventure de M. Bonin n’est pas un cas isolé. En 2015, la mairesse de Chelsea, Caryl Green, avait dû porter plainte à la police pour faire fermer un compte Twitter à son nom colportant de fausses déclarations.

«Ils ont utilisé des photos de mes enfants et ont fait des photomontages violents», a déploré la mairesse.

Le plus difficile, selon elle, c’est que la police n’a jamais pu mettre la main sur les responsables. «J’ai perdu confiance dans les réseaux sociaux, avoue-t-elle. Ils ont une grande influence sur les gens, mais cela peut se retourner contre vous si vous ne faites pas attention.»

Autre grande utilisatrice des réseaux sociaux, la mairesse de Magog, Vicky-Mai Hamm, a eu droit à de multiples blocages de sa page Facebook, mais aussi à un faux compte... sur Réseau Contact. Pour la femme mariée et mère de quatre enfants, la blague n’est pas passée.

«Quelqu’un avait récupéré toutes mes informations et mes photos sur internet et s’en était servi pour créer le compte. Heureusement, j’ai été avertie par un ami, mais ça aurait pu causer de la controverse», a-t-elle déploré.

Assurance et formation

Consciente du problème grandissant, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a mis sur pied, il y a deux ans, une assurance protégeant la vie privée des élus. Près de 150 municipalités y ont déjà souscrit afin de couvrir les frais juridiques en cas d’atteinte à la réputation.

Depuis les élections de novembre, l’UMQ a également intégré un volet sur la protection de la vie privée et les réseaux sociaux dans sa formation à l’attention des nouveaux élus.

«Les élus sont de plus en plus exposés, donc il est important qu’ils sachent quand les critiques vont trop loin», a expliqué le porte-parole de l’UMQ, Patrick Lemieux.

Malgré les risques, Mme Hamm incite les élus à se servir des réseaux sociaux pour se rapprocher des citoyens. Elle-même consacre une vingtaine de minutes par jour à Twitter, Facebook et Instagram. «Mais je fais très attention lorsque je reçois des demandes d’amitié», a-t-elle assuré.