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Il mange toujours à l’hôpital

Sa peur de mourir lui gâche la vie

Catherine Montambeault | Agence QMI

Catherine Montambeault, Agence QMI

Marc-André Drouin mange à l’hôpital de Saint-Eustache tous les jours depuis près de deux ans. Pas parce qu’il est hospitalisé, mais parce qu’il s’agit du seul moyen qu’il a trouvé pour calmer sa phobie de mourir.

Le jeune homme de 24 ans souffre de thanatophobie, soit la peur extrême de mourir. Sa crainte est si vive qu’il est incapable d’avaler quoi que ce soit provenant d’une épicerie, de peur de s’empoisonner ou de faire une grave réaction allergique.

Il traîne d’ailleurs toujours sur lui un auto-injecteur EpiPen, même s’il n’a jamais été allergique à quoi que ce soit. Il le transporte dans son sac à dos, où se trouve aussi un appareil pour mesurer le taux d’oxygène dans son sang et un autre pour prendre sa pression artérielle.

« Ça m’évite de me présenter trop souvent à l’urgence pour que l’infirmière prenne mes signes vitaux », raconte-t-il, attablé à la cafétéria de l’hôpital.

Enfance difficile

Le centre hospitalier de Saint-Eustache est situé à une dizaine de minutes à pied de son appartement.

Il s’y rend chaque matin vers 11 h pour dîner, puis patiente à la cafétéria jusqu’à l’heure du souper. Il retourne ensuite chez lui vers 19 h.

« Je mange ici parce que je sais qu’il y a plusieurs personnes qui mangent la même chose que moi, et s’il m’arrive quelque chose, je suis déjà à l’hôpital », explique-t-il, le regard fuyant.

Bien que Marc-André Drouin soit suivi par un psychiatre et une psychologue depuis l’âge de 12 ans, il n’est jamais arrivé à mettre le doigt sur l’origine de sa phobie.

« Généralement, les gens qui ont une telle phobie ont vécu un certain traumatisme en lien avec la mort, explique son psychiatre, le Dr Richard Payeur. Mais ce n’est pas le cas ici. »

M. Drouin raconte avoir tout simplement réalisé, vers l’âge de quatre ans, que sa vie allait un jour prendre fin.

« Et ça m’a terrifié, parce que je crois qu’il n’y a rien après la mort », dit-il.

Certes, l’homme n’a pas eu une enfance des plus joyeuses. À 12 ans, il a lui-même appelé la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour qu’on vienne le chercher chez lui, où il vivait avec un père alcoolique et une mère peu présente. Il a ensuite été placé en centre jeunesse jusqu’à sa majorité.

Plus un sou

Aujourd’hui, il habite avec son père, qu’il considère comme un simple colocataire. Il n’a plus aucune relation avec les autres membres de sa famille, et seule une de ses amies vient encore le visiter de temps à autre.

Sans emploi, M. Drouin reçoit 954 $ par mois du gouvernement. Mais ses repas à l’hôpital lui coûtent un peu plus de 1000 $ par mois, sans compter son loyer de 700 $ qu’il partage avec son père. Déjà endetté de 30 000 $, il risque de se retrouver à la rue d’ici peu.

« Chez moi, je dors par terre, parce que j’ai même vendu mon lit, mentionne-t-il. Il ne me reste que ma télévision et mon cellulaire, et ce sont les seules choses qui me calment un peu, alors je ne peux pas m’en départir. »

120 jours à l'urgence

Marc-André Drouin a touché le fond à l’automne 2016 lorsqu’il a passé quatre mois consécutifs à attendre à l’urgence, persuadé qu’il était en train de mourir.

Si le jeune homme a toujours été thanatophobe, sa peur n’a pas toujours eu autant d’emprise sur sa vie. Auparavant, il parvenait à aller à l’école et même à travailler à temps partiel. C’était jusqu’à son accident de voiture en mars 2016.

« J’étais en auto avec mon amie, se souvient-il. On a glissé sur une plaque de glace et elle a perdu le contrôle. Personne n’a été blessé, mais je suis allé en ambulance à l’hôpital. À ce moment-là, j’étais en train de compléter mon secondaire aux adultes, et j’ai complètement arrêté d’aller à l’école. »

Depuis, son état n’a cessé de se détériorer. Un soir de septembre, il s’est précipité à l’hôpital de Saint-Eustache, convaincu que sa dernière heure était arrivée.

« J’avais toutes sortes de symptômes psychosomatiques qui me faisaient croire que mon corps me lâchait, raconte-t-il. J’étais très faible, étourdi, j’entendais des acouphènes et j’avais constamment mal à la tête. »

Banni de l’hôpital

Même si les médecins lui ont assuré à plusieurs reprises qu’il ne s’agissait que d’anxiété, M. Drouin demeurait assis dans la salle d’attente. Après quelques semaines, il a été banni de l’hôpital et a dû être sorti de force par des policiers.

Il s’est ensuite tourné vers l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, et a finalement terminé son périple en psychiatrie à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval.

« J’ai passé mon Noël et mon jour de l’An là-bas, dit-il. Après, ils ont refusé de me garder, parce que je ne voulais pas prendre de médicament. »

Car Marc-André Drouin a aussi peur des réactions physiologiques que pourrait entraîner la prise de médicaments. Il a tout de même tenté de prendre des antidépresseurs de 14 à 18 ans, mais affirme n’avoir constaté aucune amélioration.

Lorsqu’il a décidé de retourner chez lui après sa cavale de 120 jours, le jeune homme était trop craintif pour prendre un taxi. Il a fini par convaincre Urgences-santé de le ramener à son appartement en ambulance.

Malgré tout, M. Drouin parvient à garder un certain optimisme. « Je ne perds jamais espoir que ça va finir par s’améliorer », assure-t-il.

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