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«La parole aux victimes»

Six ans de pénitencier pour le meurtrier de son fils: «une claque dans le visage»

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

Nicolas Quintal menait une vie parfaite. À peine majeur, amoureux, «toujours souriant» et «joyeux», il s'apprêtait à entamer des études en médecine à l'Université Laval. Sa vie s'est toutefois arrêtée brusquement le 28 avril 2012 alors qu'il a été tué de sang-froid par un ami avec qui il était impliqué, bien malgré lui, dans un triangle amoureux. Tragique destin pour celui qui «souhaiter aider tout le monde».

Cinq ans après les faits, la famille du jeune homme a encore de la difficulté à parler des circonstances entourant le drame. Malgré tout, la mère et l'une des sœurs de Nicolas ont accepté de se confier à Jean-François Guérin dans le cadre de l'émission «La parole aux victimes», diffusée vendredi soir à LCN.

Triangle amoureux

Anie Charron se souvient encore des semaines qui ont précédé la mort de son fils. Un contexte particulier qui le rendait mal à l'aise.

«Nicolas avait une copine, ça allait bien, il était amoureux, mais il y avait des vagues. L'ami de Nicolas, Daniel [Semples], courtisait beaucoup la petite copine de mon fils. La tension a commencé à monter.»

«Des fois, Daniel invitait la copine de Nicolas à aller voir un film chez lui et Nicolas n'avait pas le droit d'être là. Je lui disais que ce n'était pas normal», raconte-t-elle.

«Il ne voulait pas briser cette amitié-là, mais il ne voulait pas, non plus, perdre sa copine. Il était comme pris», ajoute la mère de Nicolas.

Le jeune homme est par la suite tombé sur une lettre son ami de longue date, Daniel Semples, 23 ans, qui confirmait son amour pour son amoureuse. C'est à ce moment que Nicolas aurait demandé à son ami de «laisser sa copine tranquille».

«Un moment donné, Nicolas est arrivé avec son cellulaire et il a dit : Maman, regarde ce que Daniel m'a écrit. C'était écrit : je veux que tu casses avec ta copine parce que sinon tu vas le regretter. Ça s'en venait de plus en plus menaçant», raconte Anie Charron, qui dit avoir eu le pressentiment que Semples pourrait en venir à «tuer quelqu'un».

Le soir du 28 avril 2012, Nicolas accepte finalement une invitation chez Semples «pour s'expliquer», mais il n'est jamais revenu.

«Le lendemain matin, à 8h, j'ai reçu un appel de Daniel disant que Nicolas n'était pas venu. J'ai dit : ça ne se peut juste pas. Il est parti hier et c'est à cette heure que tu m'appelles?»

La mère du jeune homme affirme que, dès cet instant, elle a su que son fils était mort. C'est d'ailleurs Semples qui lui a annoncé, peu après, la mort de Nicolas en affirmant avoir retrouvé son véhicule.

«Je me suis mis à crier, crier, crier et tomber par terre», raconte Anie Charron.

La preuve a finalement démontré que Nicolas avait été frappé à la tête avec une barre de fer, puis asphyxié, avant que son corps soit abandonné en bordure d'une route de l'Outaouais.

Longues procédures judiciaires

Il a finalement fallu quatre ans de procédures judiciaires avant d'en arriver à l'enquête préliminaire de Daniel Semples.

«Ça a été très difficile parce que, chaque année, on se faisait dire que ça s'en venait et on se préparait pour le procès. On devait chaque fois se remémorer les petits détails», explique la mère de Nicolas.

Les proches ont été particulièrement bouleversés par la vidéo présentée en cour dans laquelle Daniel Semples explique aux enquêteurs ce qu'il a fait le soir du 28 avril 2012. Malgré tout, ils ne regrettent pas de l'avoir vue.

«Je tenais à savoir ce qui s'était vraiment passé», dit Anie Charron. «C'est mieux que d'imaginer des scènes plus affreuses», renchérit l'une des sœurs de Nicolas, Maude Allen.

Accusé de meurtre au deuxième degré, Daniel Semples a finalement décidé de plaider coupable à une accusation réduite d'homicide involontaire et a été condamné à six ans d'emprisonnement; une sentence difficile à accepter pour la famille de Nicolas.

«C'est comme une claque dans le visage. Une belle grosse claque. [...] Tout ça pour ça. C'est ridicule. Ce que j'ai senti c'est que mon fils est mort, qu'il n'y a rien à faire, c'est fini et on se concentre sur celui qui a tué. Il est jeune, on va essayer de le réhabiliter», affirme la mère du jeune homme.

«Dégringolade»

Malgré les années qui ont passé, les proches de Nicolas Quintal sont toujours bouleversés par les événements.

«C'était un peu comme mon père. Étant donné que mon père est souvent au travail, Nicolas était plus à la maison et il prenait soin de moi avec ma mère. C'était vraiment plus une figure de père pour moi que de frère», raconte sa sœur Maude qui a été victime de crises d'anxiété.

«J'étais dans le déni, je ne voulais pas y croire. Encore aujourd'hui, je fais plus d'affaires pour m'occuper pour ne pas penser à ça», ajoute-t-elle, affirmant avoir vécu une «dégringolade» lorsque la réalité l'a «frappée en pleine face».

Anie Charron, elle, ne sera plus jamais la même.

«Il y a une partie de moi qui est décédée avec lui. [...] Je n'y pense peut-être pas tous les jours comme avant, mais chaque fois que j'y pense, ça fait toujours aussi mal. C'est comme si c'était le premier jour.»

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