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Problèmes avec le système de paie

Quelques jours pour signaler les trop-payés de Phénix

Pierre-Paul Biron | Agence QMI

MATTHEW USHERWOOD/AGENCE QMI

Les employés de la fonction publique canadienne ayant reçu des montants en trop en 2017 dans la foulée du scandale Phénix n’ont plus que quelques jours pour signaler les trop-payés, sans quoi ils devront rembourser plus que l’argent reçu, une aberration selon leur syndicat.

Le gouvernement canadien est clair, tout employé de la fonction publique qui ne déclarerait pas un trop payé avant la fin du mois devra rembourser le montant brut de celui-ci. Et ce même si au final, seulement le montant net lui avait été versé en argent par le système de paie Phénix.

«Dans le fond, le gouvernement demande aux travailleurs de lui avancer de l’argent jusqu’à la période d’impôts, c’est inacceptable. Que le gouvernement s’organise lui-même avec ses erreurs. S’il a versé trop d’argent à l’assurance-emploi, à l’impôt Québec ou autre avec les salaires bruts, qu’il fasse ses démarches pour les récupérer lui-même», clame Magali Picard, vice-présidente exécutive régionale de l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC).

Impact important

Selon Mme Picard, les montants des trop-payés vont jusqu’à 30 000$ pour certains employés. Si ceux-ci devaient rembourser des montants bruts, ce sont plus de 10 000$ que ces fonctionnaires devraient sortir de leur poche en attendant de recevoir un ajustement fiscal. «Il n’y a pas grand monde qui peut se permettre d’avancer 10 000$ demain matin», insiste la dirigeante du syndicat qui représente 22 000 travailleurs au Québec, dont 18 000 seraient touchés de près ou de loin par les ratés du système Phénix.

L’AFPC accuse aussi le gouvernement de ne pas laisser assez de temps aux travailleurs pour signaler les montants versés en trop. Le syndicat a reçu une note du Conseil du Trésor le 22 décembre dernier annonçant que son service de paie devait être avisé des sommes avant le 19 janvier prochain.

«Sur le web, ils parlent du 31 janvier, mais ils nous demandent ça avant le 19 pour avoir une dizaine de jours de lousse pour traiter les demandes. Ça n’a pas de sens qu’il y ait une date butoir pour un problème qui touche des centaines de milliers de personnes», estime la vice-présidente.

«Pas prêts»

En plus de la date butoir, les dirigeants syndicaux ne digèrent pas les problèmes qu’a rencontrés le gouvernement dans les premiers jours de traitement des demandes.

«Le 22 décembre, leurs employés n’étaient même pas prêts à recevoir les appels. Personne n’était au courant des procédures. Plus ça va, pire c’est», fustige Magali Picard.

Services publics et Approvisionnement Canada a confirmé au Journal ne pas avoir pu répondre aux demandes quant aux trop-payés dès le 22 décembre. Le ministère spécifie avoir réglé le problème vendredi dernier, ce qui laisse précisément 14 jours aux employés touchés pour contacter le service de paie et compléter la démarche.

Les impact

Un employé de la Défense nationale contraint de rembourser le montant brut de trop-payés en 2016 est bien placé pour comprendre ce à quoi s’exposent des milliers de fonctionnaires à nouveau cette année. Impact sur les allocations gouvernementales, changements fiscaux, paperasse sans fin, Simon Richard en a assez de Phénix.

«Peu importe la situation, à peu près personne n’a autant d’argent à avancer. Deux ans plus tard, je suis toujours dans l’inconnu et dans l’inquiétude à savoir comment mon dossier va se régler», raconte le père de famille qui s’était déjà confié au Journal en 2016 pour ses problèmes avec le système de paie gouvernemental.

Bordel

Ayant reçu environ 20 000$ en trop sur son salaire de 2016, M. Richard a depuis vécu plusieurs complications. En plus de voir le gouvernement le sommer de remboursement les montants bruts, il a vu ses allocations familiales être coupées comme le salaire indiqué sur sa déclaration d’impôt était gonflé.

«Mon salaire 2016 était beaucoup trop élevé sur mes documents d’impôt. Si on me déclare 20 000$ de plus, mes tarifs de garde sont augmentés, mes allocations familiales sont diminuées, je paie plus d’impôt, tout déboule à partir de ça», raconte le fonctionnaire, qui déplore le manque de service et le manque d’humanité du gouvernement dans ce dossier.

«L’employeur ne nous aide pas pour corriger ces trucs-là. La frustration est là. On est abandonné par l’employeur, par le gouvernement», soupire Simon Richard.

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