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Écrasement d'avion aux Îles

Le pilote a oublié que sa puissance était arrêtée, selon un expert

TVA Nouvelles

Les décisions prises par le pilote sont à l’origine de l’écrasement d’avion qui a fait sept victimes, dont le chroniqueur politique Jean Lapierre, le 29 mars 2016, aux Îles-de-la-Madeleine.

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Le pilote réagissait à la situation au lieu de la contrôler

L’approche non stabilisée adoptée par le pilote est le facteur clé de l'accident mortel, a statué mercredi le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST). D’autres facteurs sont également liés à l’écrasement.

Mario Dumont s’est entretenu avec le pilote de ligne Marc-Antoine Plourde, pour mieux comprendre ce qui a pu se passer.

Mario Dumont: L’hypothèse d’avoir eu du givre sur les ailes, qui avait circulé, a été mise de côté par le BST.

Marc-Antoine Plourde: Oui, ç’a été mis de côté, ce sont les décisions du pilote qui sont en cause dans l’accident. Des décisions prises bien avant l’approche, de rester un peu plus haut, de passer à travers les couches de givrage plus rapidement. Ç’a été une première décision, qui en a entraîné des conséquences.

MD: Il est resté plus haut, donc il fallait descendre plus vite?

MAP: Quand on a une couche de glace (dans les nuages) dont la position de situe entre 5000 et 6000 pieds, on ne veut pas descendre lentement là-dedans, on se prépare et quand on arrive à 6000 pieds, on augmente la descente pour passer rapidement.

MD: Parce qu’on veut éviter d’accumuler de la glace sur les ailes...

MAP: Oui. Ça alourdi, ça enlève de la portée, ce qui permet à l’avion à flotter dans les airs.

MD: Ce n’était pas illogique ce qu’il avait décidé de faire...

MAP: Il y a une belle logique. Le pilote avait deux fenêtres, des endroits très précis où il devait se trouver, et passer dedans. Avoir la bonne altitude, au bon endroit, pas à gauche, pas à droite et à la bonne vitesse.

MD: À la fenêtre de 15 km (avant la piste d’atterrissage)... il était trop haut?

MAP: Il n’était pas trop haut, il était excessivement trop haut et trop vite. On parle de 450 km/h au lieu de 200 km/h. C’est énormément vite.

MD: Dans la première fenêtre, à 15 km de la piste, il n’était pas collé sur la piste ni sur le sol. Est-ce qu’il sait lui, à ce moment-là, quelle vitesse il devrait avoir? En est-il conscient?

MAP: Le cerveau humain a une capacité limitée à évaluer différents paramètres. Quand on jongle avec des balles, on n’est pas pire à trois balles, mais quand on en a six autres...il y en a quelques-unes qui tombent.

MD: Il avait beaucoup de choses à gérer...

MAP: Il avait tout à gérer. Il s’est ramassé à cet endroit, trop vite et trop haut. Ce qu’il faut faire, c’est d’enlever de la puissance. On veut réduire les moteurs. C’est comme enlever le pied de l’accélérateur en automobile. Le moteur roule toujours, mais ne produit pas de vitesse. C’est ce qu’on fait en avion pour réduire la puissance.

MD: C’est ce qu’a fait le pilote, il a ralenti la vitesse...

MAP: Mais ça n’a pas été suffisant, et il a mis son attention ailleurs et a oublié que sa puissance était arrêtée. Pendant ce temps il regarde une série de paramètres pour faire son approche et atterrir, en oubliant à quelques kilomètres que sa vitesse était trop basse.

MD: C’est en voulant corriger cela que l’avion s’est écrasé.  

MAP: C’est comme quand on est en ski nautique et qu’on fait des farces. On ralentit subitement la puissance du moteur et la personne sur les skis cale dans l’eau. C’est exactement cela qui s’est produit avec cet avion-là. On peut sauver la situation quand on est à 10 000 pieds d’altitude, mais quand on est à basse altitude... Il faut pencher le nez, remettre la puissance, et ré accéléré. Mais il n’avait pas ce luxe-là ( il était trop bas).

Jean Lapierre, sa conjointe Nicole Beaulieu, deux de ses frères, Marc et Louis Lapierre, une de ses sœurs, Martine Lapierre, se rendaient aux funérailles du père du chroniqueur, le 29 mars 2016, quand l’appareil, un Mitsubishi MU-2B-60, s’était écrasé à deux kilomètres de la piste d’atterrissage. Tous ont péri, incluant les pilotes Pascal Gosselin et Fabrice Labourel.

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