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Écrasement aux Îles-de-la-Madeleine

Le pilote réagissait à la situation au lieu de la contrôler

Agence QMI

L’approche non stabilisée adoptée par le pilote est le facteur clé dans l'accident mortel qui a emporté le chroniqueur politique Jean Lapierre ainsi que plusieurs membres de sa famille en mars 2016, a statué mercredi le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST).

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Le pilote a oublié que sa puissance était arrêtée, selon un expert

Dans son rapport d'enquête final, les enquêteurs du BST estiment que les choix du pilote durant l'approche finale sont en cause dans l’écrasement survenu aux Îles-de-la-Madeleine. Le mot erreur n'est toutefois pas employé.

Jean Lapierre, sa conjointe Nicole Beaulieu, deux de ses frères, Marc et Louis Lapierre, une de ses sœurs, Martine Lapierre, se rendaient aux funérailles du père du chroniqueur, le 29 mars 2016, quand l’appareil, un Mitsubishi MU-2B-60, s'est écrasé à deux kilomètres de la piste d’atterrissage. Tous ont péri, incluant les pilotes Pascal Gosselin et Fabrice Labourel.

Lors d’un point de presse, la directrice des enquêtes aéronautiques au BST, Natacha Van Themsche, a parlé «d’un ensemble de facteurs» pour expliquer la tragédie.

«Tandis qu'il était en vol de croisière, le pilote a modifié son plan d'approche pour retarder l'amorce de la descente. De ce fait, l'appareil s'est retrouvé au-dessus du profil de descente prévu et le pilote a eu moins de temps à sa disposition pour compléter ses listes de vérification tout en surveillant la vitesse, l'altitude et le taux de descente, ce qui a ainsi augmenté sa charge de travail», a souligné l’organisme fédéral dans un communiqué.

«Dans ces conditions, le pilote n'a sans doute pas réalisé que d'abandonner l'approche lui permettrait d'alléger sa charge élevée de travail, et il a poursuivi avec une approche non stabilisée. Durant les derniers moments de vol, le pilote a perdu la maîtrise de l'aéronef lorsqu'il a rapidement augmenté la puissance moteur à faible vitesse et à basse altitude, ce qui a déséquilibré l'appareil et provoqué un abrupt roulement à droite et la chute rapide de l'avion. Le pilote a réussi à remettre les ailes à l'horizontale, mais l'appareil volait trop bas pour permettre un rétablissement avant de percuter le relief.»

En conférence de presse, Mme Themsche a souligné que «le pilote s’est retrouvé dans une situation très complexe. [...] Sa charge de travail a augmenté de façon considérable, ce qui a nui à sa conscience situationnelle, ce qui a nui à sa capacité de prendre des décisions», a-t-elle affirmé.

«D’autres pilotes, dans les mêmes circonstances, auraient probablement pris les mêmes actions», a-t-elle précisé.

Outre le BST qui a rendu public son rapport final d’enquête, le coroner Martin Clavet devait aussi rendre ses rapports mercredi sur cet accident.

Mise à jour de l'enquête

En juillet 2016, le BST avait indiqué dans la mise à jour de son enquête que l’appareil était devenu «ingouvernable» lorsque le pilote automatique a été débrayé en vue de l’approche d’atterrissage. L’organisme fédéral a aussi noté que lors de son approche, l’avion était à une altitude et une vitesse «plus élevées que celles qui sont recommandées».

 

Selon les données de l'enregistreur de vol, l'appareil a procédé à son approche finale à une altitude de plus de 10 000 pieds et à une vitesse de 240 nœuds, plutôt que les 7000 pieds et 140 nœuds recommandés pour une approche stable.

«L'enregistreur de données de vol léger que le pilote avait conçu et installé à bord de l'avion, bien que la réglementation ne l'exige pas, a été une source d'information cruciale», a mentionné le BST.

Onde de choc

La disparition de Jean Lapierre avait causé une onde de choc dans la population, en particulier dans le monde de la politique et des médias.

Jean Lapierre s’est fait élire à la Chambre des communes en 1979 alors qu’il n’avait que 23 ans. Il a représenté la circonscription de Shefford au Québec sous la bannière du Parti libéral du Canada.

Après la fondation du Bloc québécois, il a quitté la politique une première fois en 1992 pour faire une incursion dans le monde des médias.

Il est revenu siéger à Ottawa en 2004 avec les libéraux de Paul Martin. Au bout de trois ans, il a démissionné et signé un contrat comme analyste politique avec le réseau TVA.

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