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Après 10 ans

Elle retrouve son père dans la rue

Benoît Philie | Agence QMI

Katy Beauchemin-Daviault avait presque perdu espoir de revoir son père, disparu sans laisser de traces il y a 10 ans pour vivre dans la rue. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur une photo de lui dans «Le Journal de Montréal» la semaine dernière et décide de repartir à sa recherche. Jeudi, entre les larmes et la joie, elle a enfin retrouvé celui qu’elle appelle son «idole».

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- Ils restent dans la rue malgré le froid

«J’ai appelé les postes de police, les prisons, les hôpitaux, j’ai fait du porte-à-porte... mais il était introuvable», relate la femme de 29 ans.

En ouvrant «Le Journal» le 3 janvier, elle est tombée sur un reportage racontant l’histoire de sans-abri qui ont décidé de rester dans la rue à Montréal malgré la grande vague de froid.

Normand Beauchemin était l’un d’eux. L’homme de 50 ans au visage émacié a choisi de vivre en nomade à sa sortie du pénitencier en 2007. Il dort maintenant dans une boîte en carton dans un coin caché de la ville.

Recherches

«Quand je l’ai vu dans «Le Journal», j’ai crié: c’est mon père ! Ma fille est venue me rejoindre et a reconnu son grand-père. Elle l’avait déjà vu sur des photos», rapporte la mère monoparentale de quatre enfants.

«Dans «Le Journal» on voyait une porte verte fluo, avec les chiffres 06, c’était la moitié d’une adresse et c’était mon seul indice... Quand j’ai lu qu’il faisait sa run à 2 h du matin, j’ai décidé d’aller me promener en pleine nuit pour le trouver, mais c’est grand, Montréal», poursuit Katy.

«Bornée» comme son père, elle a ensuite contacté la rédaction du «Journal» pour l’aider à retrouver Normand. L’auteur de ces lignes lui a donné rendez-vous jeudi matin au refuge The Open Door, sur le boulevard René-Lévesque, où le sans-abri a l’habitude d’aller manger.

«Quand je suis arrivé, j’ai offert du café aux hommes dehors et je leur ai demandé s’ils connaissaient un Normand», relate-t-elle.

Père Rue

COURTOISIE

Émouvant

Son père, à l’intérieur, n’avait aucune idée de ce qui l’attendait. «Quelqu’un m’a dit: il y a une belle fille qui veut te voir... Je pensais qu’il me niaisait, dit-il, avec un sourire. Je suis sorti, mais je ne l’ai pas reconnue sur le coup.»

Une seconde plus tard, il sautait dans les bras de sa fille, en larmes.

Les deux sont restés enlacés pendant de longues minutes devant les portes vertes de l’église.

«Je suis content... je l’aime et je ne veux plus la perdre», dit Normand, assis auprès de sa fille. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau et les années ne semblent pas avoir effrité leur relation.

«Ç’a été vraiment dur... Je n’ai jamais abandonné pour le retrouver, dit Katy. Mon père a toujours été mon idole et c’est la seule personne qui me reste dans la vie.»

Normand s’est ensuite rendu chez sa fille à Saint-Hyacinthe, où il a passé du temps avec ses quatre petits-enfants, dont deux qu’il n’avait jamais rencontrés.

Pere Rue 2

COURTOISIE

10 ans sans nouvelles

Katy avait 20 ans quand elle a vu son père pour la dernière fois. C’était aux funérailles de sa grand-mère.

Les parents de Katy se sont séparés lorsqu’elle avait 5 ans.

Elle s’est ensuite retrouvée en famille d’accueil, où elle a subi une agression. M. Beauchemin s’est pour sa part retrouvé en prison pour vols d’autos.

S’il n’a jamais tenté de reprendre contact avec sa fille, c’est parce qu’il ne se pardonne pas de l’avoir abandonnée, dit-il.

«Si j’étais resté avec sa mère et que je l’avais gardée, ça ne serait pas arrivé. Je le prends personnel», souffle-t-il, en sanglots.

«Mais ce n’est pas de ta faute...», lui répond sa fille, doucement, en lui caressant le dos.

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