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Place des Arts

Les «patenteux» du multimédia au service du spectacle «Temporel»

Frédéric T. Muckle | Agence QMI

 - Agence QMI

ART-PORTRAITS POUR CAHIER WEEKEND DU 24H

Dario Ayala / Agence QMI

Deux vétérans de la scène et pionniers du multimédia au Québec sont aux commandes du nouveau spectacle «Temporel» présenté à la Place des Arts jusqu’au 27 janvier.

Les artistes multidisciplinaires Michel Lemieux et Victor Pilon croient qu’en art, la technologie doit rester au service d’une histoire ou d’une idée plutôt qu’être une fin en soi.

«Pour nous, [la technologie dernier cri] ce sont des jouets, ce sont des instruments», a expliqué M. Lemieux du duo artistique qui œuvre dans le milieu depuis près de 35 ans.

«Un peu comme quand tu lis un roman, tu t’en fou s’il a été écrit au crayon ou sur ordinateur, ce qui est intéressant, c’est le roman», a-t-il poursuivi.

«C’est un outil qui est difficile à saisir et qui est toujours changeant, mais pour nous, c’est un outil comme les autres, a quant à lui indiqué M. Pilon. Le cœur de tout ça pour nous ça reste l’humain.»

Les deux hommes sont les concepteurs et les metteurs en scène du spectacle «Temporel», conçu et réalisé en collaboration avec la compagnie de cirque Les 7 doigts de la main.

Le spectacle raconte l’histoire d’un vieil homme qui part en voyage dans sa mémoire et revient sur plusieurs moments importants de son enfance et de sa vie adulte.

Pour cette production mariant deux univers artistiques, les deux artistes multidisciplinaires utilisent notamment des personnages virtuels, des projections captées et rediffusées en direct des artistes sur scène et plusieurs autres éléments multimédias et de réalité augmentée.

Innover pour surprendre

M. Pilon et M. Lemieux expliquent qu’ils ont toujours tenté d’utiliser les outils qui se présentaient à eux de façon inusitée.

«En près de 35 ans, notre pratique a évolué en même temps que nos outils, a dit M. Lemieux. On prend toujours un outil technologique de sa boite et on ne lit pas les instructions.»

«Ou plutôt, on lit les instructions à l’envers, a corrigé M. Pilon, en rigolant. On est des «patenteux». Avec peu de moyens, on réussit à faire beaucoup.»

Selon eux, présenter quelque chose d'inédit est essentiel pour surprendre le public.

«Quand on est devant quelque chose de nouveau qu’on ne comprend pas, il y a quelque chose de spécial qui se passe chez le spectateur. Il y a l’émerveillement. On devient comme un enfant devant quelque chose qui nous éblouit», a ajouté M. Pilon.

Le chanteur et guitariste du groupe québécois Malajube Julien Mineau a composé la bande sonore du spectacle.

M. Pilon et M. Lemieux sont aussi fondateurs de la compagnie artistique 4D Art qui est responsable de plusieurs projets d’envergure, comme le circuit historique «Cité Mémoire», le spectacle «Toruk» du Cirque du Soleil réalisé en 2015 et un numéro du spectacle hommage à Michael Jackson «One» présenté à Las Vegas où le chanteur apparait en hologramme.

Le défi de performer avec des personnages virtuels (SIDE)

Les trois acrobates du spectacle «Temporel» doivent composer avec des personnages virtuels visibles au spectateur, mais invisibles pour eux sur scène, un exercice difficile même pour ces artistes de cirque expérimentés.

«Quand nous, on est sur scène, c’est parfois très difficile de voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas», a indiqué Isabelle Chassé, qui a cofondé la compagnie de cirque Les 7 doigts de la main avec six autres confrères, dont Patrick Léonard, qui se retrouve aussi sur scène dans «Temporel».

Mme Chassé et M. Léonard sont aussi co-concepteurs et co-metteurs en scène du spectacle présenté à la Place des Arts.

Jouer entre le réel et le virtuel

Avec l’acrobate suédois Gisle Henriet, Mme Chassé et M. Léonard ont dû s’adapter à un rythme différent que ce à quoi ils étaient habitués.

«Quand on est sur scène avec d’autres êtres humains, c’est facile de sentir le rythme et de laisser la place à l’autre parce qu’il est vraiment là, tu le vois et tu le sens. Tandis que là, il faut faire le même travail, mais nous ne voyons pas [les personnages virtuels] et donc, il faut vraiment se l’imaginer», a dit Mme Chassé.

M. Léonard explique de son côté que travailler avec de telles projections ne laisse pas beaucoup de place à l’erreur.

«Si, par exemple, je ne suis pas à la bonne place, [Isabelle] peut ralentir et me donner le temps d’arriver, mais la projection, elle, elle suit son cours, a-t-il donné en exemple. C’est une troisième couche à laquelle on n’est pas habitués.»

Malgré cette difficulté supplémentaire, les deux artistes sont cependant d’accord que le tout en vaut la chandelle.

«On oublie vraiment l’aspect technologique de la chose, a indiqué Mme Chassé. Il y a quelque chose de très onirique, c’est organique. Ça vient vraiment chercher des émotions.»