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Nouveau livre

Alexandre Jardin rend un hommage émouvant à sa mère

Anne Bourgoin | Agence QMI

Son nouveau livre est en train de révolutionner des dizaines de vies en France. Les lecteurs, plus souvent les lectrices, lui envoient leur décision d’écrire, de quitter leur mari... Tout ça parce qu’il a témoigné de l’immense liberté qui anime sa mère depuis toujours. Entrevue d’un fils aimant qui rend hommage à une femme unique et hors de l’ordinaire.

Alexandre, c’est la première fois que vous consacrez un livre à votre mère...

«Oui, je l’ai écrit parce que je pense qu’elle n’en a pas encore pour très longtemps. Et je trouve que la vie qu’elle a vécue vaut la peine d’être racontée: c’est un message qui est tellement beau!»

Il est en train de créer une petite révolution sexuelle en France! Il faut dire que votre mère était une femme hors norme, qui vivait avec votre père, son mari, et ses trois amants dans la même maison.

«Oui, c’est complètement fou. Je suis tombé l’autre jour sur un article dans un grand journal de province. La journaliste y disait: ¨Il va sans doute faire bouger plus avec ce bouquin que par de l’action politique.¨»(Alexandre Jardin s’était présenté à l’élection présidentielle de 2017, en France.)

C’est une lettre d’amour à votre mère. Qu’en a-t-elle pensé?

«Je ne sais pas si elle l’a lu. Je ne sais pas si elle a lu mes livres. Elle ne m’en parle jamais. Dans la famille, fondamentalement, il n’est pas question de se juger. Si la famille n’est pas un endroit où chacun peut exprimer sa liberté, elle meurt. Ma mère, qui est devenue psychothérapeute sur le tard, est absolument contre le jugement. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une tonne de gens, notamment ses patients, qui vont lui parler du livre.»

Quand elle vous envoie seul en Irlande à 15 ans juste après la mort de votre père, alors que vous ne parlez pas un mot d’anglais, c’est violent!

«J’en ai parlé souvent avec elle. Elle me répond que ce n’est pas ce qu’elle a fait qui était violent, c’est la situation qui était violente. ¨Tu avais 15 ans et ton père venait de mourir. Il fallait que tu rebondisses.¨ Et ce n’était pas en me protégeant que ça allait arriver. C’est très difficile d’exposer les gens qu’on aime. Regardez autour de vous: les gens qu’on connaît qui se sont le mieux débrouillés dans la vie sont les gens qui ont été exposés. Tous les gens très protégés vont mal! C’est pour ça qu’elle a fondamentalement raison, je trouve.»

Comment votre frère et votre sœur réagissent-ils face à votre mère?

«Ils n’ont pas du tout le même livre. On a tous eu une histoire particulière avec elle. Si un jour Frédéric fait un film sur notre mère, il ne sera pas du tout pareil, parce que c’est quelqu’un qui se transforme tout au long de sa vie. Entre la femme des années 1970 avec ses quatre hommes et celle d’aujourd’hui, une thérapeute qui aime la méditation, c’est le jour et la nuit! En même temps, toutes ces femmes-là sont intéressantes. Je pense que, pour que ça ait fonctionné, il a fallu qu’elle donne énormément. Il faut que les hommes acceptent, qu’il y ait une qualité d’amour.»

L’un de vous vit-il comme elle?

«Tout le monde est singulier. On a tous des planètes qui ne sont pas du tout les mêmes. Il y a une grande liberté, et les enfants en ont tous hérité. Elle exerce une grande influence sur mes fils. Pour elle, il faut qu’on soit courageux, avoir le courage d’être soi, d’aimer. Sinon on ne vit pas. Si quelque chose est important, on doit le vivre.»

«Ma mère avait raison» est en librairie.