/news/society

Héritage massif

Personne ne se doutait qu’il léguerait 1 M$ à un hôpital

Marie-Ève Dumont - Agence QMI

Marie-Ève Dumont - Agence QMI

Chaque jour pendant les 20 dernières années de sa vie, Robert Langevin prenait son café au même restaurant pour parler de hockey. Personne ne se doutait qu’il léguerait près d’un million de dollars à un hôpital.

L’homme qui est décédé en 2016 à l’âge de 71 ans a vécu toute sa vie dans le même duplex dans Rosemont, à Montréal.

M. Langevin aimait les choses simples comme s’occuper de ses chats ou faire de longues marches sur la rue Masson. Une de ses plus grandes fiertés était sa grosse télévision qui lui permettait de ne rien manquer les soirs de match du Canadien.

« Quand j’ai vu qu’il avait près d’un million, mes bras en sont tombés. Avoir su, je l’aurais forcé à dépenser plus », lance sa voisine, Claire Langevin, qui s’occupe de sa succession, qui n’est pas encore finalisée.

Chaque année, des dizaines de personnes comme Robert Langevin donnent l’entièreté ou une partie de leur héritage à des organismes de bienfaisance à leur décès.

M. Langevin a choisi de tout léguer à l’Institut de cardiologie de Montréal, où il a été suivi durant trois ans pour son insuffisance cardiaque. Il était enfant unique et n’a jamais eu de conjointe ni d’enfants.

Le « grand bob »

À part sa famille, très peu de personnes semblent avoir été proches de l’homme timide et réservé, qui était surnommé le « Grand Bob » parce qu’il mesurait 6 pi 5 po.

Il y avait sa voisine, Claire Langevin qui, malgré son nom, n’a aucun lien de parenté avec le défunt ainsi que Stravros Ikonomou, propriétaire du restaurant Planète Œuf sur la rue Masson, où il se rendait tous les jours.

« Il portait le même linge depuis 20 ans. Il buvait son café et laissait 30 cents de pourboire. Il était comme ça, mon Bob », se rappelle le restaurateur.

M. Langevin, avec sa légère déficience intellectuelle, a toujours gardé un côté enfant.

« Il nous donnait chaque année des cartes qui jouaient de la musique à nos fêtes. Il n’a jamais grandi, c’était un personnage comme dans les bandes dessinées », se rappelle M. Ikonomou.

« Je savais qu’il avait de l’argent de côté, mais je ne savais pas qu’il en avait autant. Je lui disais d’en profiter le temps qu’il pouvait, mais il avait sa propre façon de faire les choses. »

À sa retraite, M. Langevin se promenait sur la rue Masson durant la journée, il s’occupait de ses quatre chats et entretenait quelque peu le duplex sur la 5e Avenue.

« Il n’avait pas une once de méchanceté », souligne sa voisine.

L’intérieur de sa maison était resté figé dans les années 1950 et 1960.

« Ni sa mère ni lui n’avaient rénové à l’intérieur. Il y avait encore du tapis rouge au sol, de la tapisserie avec des motifs dorés et de vieux meubles en bois », décrit-elle.

M. Ikonomou a reçu la fameuse télévision de son « Bobby », et il compte l’installer dans son restaurant en souvenir de lui.

« Il était reconnu dans le restaurant, c’était un peu la mascotte de la place, mais personne ne le connaissait vraiment. Il ne parlait à personne, il ne faisait que saluer », ajoute M. Ikonomou.

« Quand il venait le soir, il soupait, écoutait le hockey et restait avec nous jusqu’à la fermeture. Je pense qu’il venait surtout socialiser, manger c’était plus une excuse pour nous voir », se souvient-il.

Proche de sa mère

M. Langevin adorait les animaux.

« S’il croisait quelqu’un qui avait un chien, il s’arrêtait pour le flatter et discuter avec le propriétaire », explique Mme Langevin.

M. Langevin a grandi sur la 5e Avenue, avec ses parents, sa grand-mère et la sœur de son père. Il a vécu seul les 10 dernières années de sa vie après le décès de sa mère.

« Il était très proche de sa mère. Sa mort l’a beaucoup touché », se souvient sa voisine.

Son père était électricien de formation, il a travaillé pour le Canadian Pacifique aux usines Angus à Montréal. Sa mère était au foyer.

« C’était une famille soudée. Ses parents étaient enjoués et aimables, ils voyageaient chaque été avec lui aux États-Unis, que ce soit en Floride ou à Myrtle Beach », relate Mme Langevin, qui était la voisine de M. Langevin depuis 1959.

La femme de 67 ans a grandi dans le duplex d’à côté, mais ne l’a pas côtoyé durant son enfance. À l’époque, les écoles étaient séparées garçons et filles, précise-t-elle.

Les gens qui le connaissaient n’avaient pas beaucoup de détails sur sa jeune vie.

Sa voisine croit qu’il a terminé son secondaire avant de travailler chez Union Electric jusqu’à la faillite de l’entreprise de composantes électriques au début des années 1990.

Il y aurait été gérant du département des luminaires. Il a ensuite travaillé quelque temps pour une quincaillerie de la rue Masson avant de prendre sa retraite.

Mme Langevin a mis près de deux ans à convaincre M. Langevin d’aller chez le notaire pour faire son testament. Il est décédé à peine un an plus tard.

« Il était capable de s’occuper des tâches quotidiennes, mais les papiers, tout ça, je m’en suis chargée au décès de sa mère. Il avait une grande naïveté. Une chance qu’il avait une tête de cochon pour ne pas se faire avoir », dit-elle.

Le duplex dont il a hérité avait été acheté par sa famille pour 12 000 $ en 1951, lorsqu’il avait à peine six ans. Il a été vendu à sa mort pour près de 500 000 $. Il avait aussi des placements et avait reçu un montant semblable au décès de sa mère.

Le don de M. Langevin a été une belle et grande surprise pour l’Institut de cardiologie, déclare Kim Bergeron, conseillère principale, dons majeurs et planifiés à l’Institut.

L’argent de son duplex et de ses économies ira donc en bourses pour la recherche en cardiologie et en pneumologie.

Ces bourses agiront comme levier, ce qui permettra aux chercheurs d’aller demander d’autres subventions pour faire avancer leurs projets, explique Mme Bergeron.

« Il a lui-même insisté pour que ce soit l’Institut parce qu’il a été bien suivi, il allait à ses tests régulièrement et disait qu’il était bien traité là-bas », mentionne Mme Langevin.

C’est d’ailleurs un arrêt cardiaque qui a emporté subitement M. Langevin. C’est sa voisine qui l’a trouvé quelques heures après son décès, s’inquiétant du fait qu’il ne répondait pas au téléphone.

M. Ikonomou avait les larmes aux yeux quand il a parlé de son « Bobby ». « Il est mort le lendemain de ma fête, j’étais en voyage en Grèce. Je l’avais invité à venir avec moi, mais il n’a jamais voulu. Il ne voulait pas quitter la rue Masson », souligne-t-il.

« C’est dommage qu’il soit mort seul. C’était une bonne âme, un bon monsieur comme on dit. »

Dans la même catégorie