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Critique de film

«Phantom Thread»: art et élégance

Isabelle Hontebeyrie | Agence QMI

Avec «Phantom Thread», Paul Thomas Anderson livre un film dans lequel Daniel Day-Lewis et Vicky Krieps jouent de leur personnage comme d’une partition délicate, donnant vie à une histoire obsédante.

Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis a annoncé qu’il s’agissait de son dernier rôle) est un grand couturier britannique. Autrement, dit, un génie qui habille les femmes de la haute société. Dans son atelier, supervisé par Cyril (Lesley Manville), qu’on imagine être sa sœur, ses petites mains s’affairent à donner vie à des créations somptueuses. Pour exercer son art, Reynolds a besoin de calme, de rigueur, d’un carcan soigneusement défini dont on mesure toute la rigidité lorsqu’il accueille Alma (Vickey Krieps) chez lui, dernière en lice d’une longue lignée de muses et amantes, rapidement mises dehors lorsqu’elles commencent à exiger trop d’attention.

Alma est douce, compréhensive, totalement malléable. Elle accepte volontiers de ne pas faire de bruit en mangeant ses tartines le matin, accepte les exigences de l’homme dont elle tombe amoureuse. Du moins au début. Reynolds étant un peu trop rigide, elle se regimbe et tente d’imposer sa volonté. Peine perdue.

On n’en dira pas plus. «Phantom Thread», comme ce fil fantomatique que décrit le titre, se déroule lentement à la manière d’un fil d’Ariane. On suit d’autant plus aveuglément les méandres dans lesquels nous entraîne Paul Thomas Anderson («Le maître») que le réalisateur et scénariste filme tout à la perfection.

Le spectateur palpe les étoffes, sent l’odeur de l’atelier, du pain grillé, de l’omelette.

Les visages des actrices font penser au «Rebecca» d’Hitchcock et Alma (le prénom de la femme d’Hitchcock, hasard ou coïncidence, on ne le saura jamais) ressemble parfois, tour à tour, à Simone Signoret et Véra Clouzot dans «Les diaboliques». Le tout est accompagné de la somptueuse trame sonore de Jonny Greenwood (de Radiohead), le violon remplaçant le piano pour appuyer les moments tragiques.

«Phantom Thread», c’est d’abord une étude sur les relations humaines, leur profondeur, la richesse des non-dits exprimés par les deux acteurs principaux en un seul regard perçant, tendre, rieur ou glacial. Et aussi, surtout, des surprises scénaristiques, sympathiques car tordues, qui rendent ce long métrage jubilatoire.

Chapeau!

Note: 4,5 sur 5