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Faussement accusée

Une famille soulagée après 12 ans d’enfer

Michaël Nguyen | Agence QMI

 - Agence QMI

Une famille qui avait été faussement accusée de traite de personne est soulagée que le Tribunal ait enfin lavé sa réputation, en plus de recevoir 700 000 $ pour l’enquête «bâclée» de la police fédérale.

«Ça a été plus de 10 ans (presque 12) d’enfer que personne ne peut comprendre», a déclaré au «Journal de Montréal» Céline Manoukian, la fille de Nichan Manoukian et Manoudshag Saryboyajian.

Le drame de la famille Manoukian a débuté en janvier 2006, lorsque la Gendarmerie royale du Canada a perquisitionné dans leur résidence de Laval pour une affaire de traite de personne. La victime alléguée, Senait Tafesse Manaye, était leur aide-domestique éthiopienne qui disait n’avoir pas été payée depuis un an.

Cette affaire largement médiatisée avait mené aux toutes premières accusations de traite de personne au Canada, sauf qu’il n’en était rien puisque Mme Manaye n’était absolument pas maltraitée. Les accusations avaient rapidement été retirées, mais le dommage avait été fait.

Sentiment de justice

La famille Manoukian, dévastée, avait alors saisi les tribunaux pour obtenir réparation, mais aussi pour laver leur réputation. Cette semaine, la cour lui a donné raison et a condamné la procureure générale du Canada à lui verser 426 000 $.

Avec les intérêts, le montant grimpe autour de 700 000 $, a expliqué l’avocat de la famille Jacques Larochelle, qui pilotait le dossier avec Me Philippe Larochelle.

«C’est un sentiment de justice après plus de 10 ans de combat, d’autant plus que la GRC ne s’était jamais excusée, a confié Céline Manoukian. Mais aucun montant ne pourra réparer ce qu’il s’est passé, cet épisode de notre vie restera à jamais marqué en nous.»

Nichan Manoukian, qui a pratiquement tout sacrifié pour rétablir sa réputation, est encore sous le choc selon sa fille dans la vingtaine.

Fausse Accusation

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Enquête «bâclée»

Dans son jugement de 89 pages, la juge France Dulude explique plusieurs manquements de la police fédérale.

Ainsi, lors d’une sortie médiatique, la GRC avait fait plusieurs affirmations dévastatrices pour la famille, qui se révélaient fausses, comme le fait que la domestique n’avait pas accès à ses papiers d’identité, ou qu’elle ne pouvait pas sortir seule.

Or, les gendarmes se sont surtout attardés à tout ce qui pouvait incriminer la famille, en mettant de côté tout ce qui aurait permis de l’exonérer, note la juge.

«Une enquête sérieuse aurait permis aux gendarmes de réaliser que leurs conclusions étaient fondées sur des informations insuffisantes et peu crédibles», affirme la magistrate qui qualifie l’enquête «d’incomplète et bâclée».

Par exemple, la famille Manoukian avait donné aux policiers des preuves que leur domestique était intégrée à la vie familiale et qu’elle était heureuse, mais la GRC n’a pas poussé son enquête. La juge a également noté que Mme Manaye n’avait pas son passeport, car il avait été confié à un avocat en immigration pour régulariser sa situation. En attendant, elle ne pouvait pas être payée puisqu’elle n’avait pas de visa.

«Conclure ici que Mme Manaye est exploitée, c’est faire abstraction de sa déclaration [...] selon laquelle les Manoukian la traitent bien, qu’on la respecte et qu’on ne la force à rien», explique entre autres la juge.

Pas d’analyse objective

La famille Manoukian poursuivait également le Directeur des poursuites criminelles et pénales. Mais si la juge a affirmé que la Couronne «n’a pas fait une évaluation objective et impartiale du dossier», elle n’a pas agi de mauvaise foi. Ce pan de la poursuite est donc tombé, «compte tenu de l’immunité relative dont [la poursuite] bénéficie».

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