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Son projet de zoo refusé

Il y a 10 ans, il tuait la DG de son village

Claudia Berthiaume | Agence QMI

Robert Godbout a été accusé de meurtre prémédité deux jours après le crime, au palais de justice de Victoriaville.

Robert Godbout a été accusé de meurtre prémédité deux jours après le crime, au palais de justice de Victoriaville.

Dix ans après le meurtre sauvage de la directrice générale d’une petite localité du Centre-du-Québec, ses proches n’arrivent toujours pas à concevoir qu’elle ait perdu la vie pour une banale question de zonage, qui empêchait l’assassin d’aménager un zoo.

«Les gens ne sont pas obligés de s’entretuer pour des stupidités, surtout que notre mère n’aimait pas la chicane», laissent tomber Émilie et Anne-Marie Groleau, deux des quatre enfants de la victime, âgés de 14 à 20 ans à l’époque.

Il y a 10 ans aujourd’hui, leur mère, Renée Vaudreuil, a été assassinée par Robert Gobdout au bureau municipal de Saint-Rémi-de-Tingwick, près de Victoriaville.

La mort extrêmement violente et soudaine de la directrice générale de 42 ans a marqué à l’encre rouge la petite localité de 471 âmes.

Plusieurs proches de la victime ont accepté de se confier au «Journal de Montréal» pour sensibiliser les gens afin qu’un tel drame ne se reproduise jamais.

«Je ne peux pas concevoir qu’un litige de zonage puisse mener à la mort de quelqu’un, qu’on puisse en venir là pour un bout de papier», s’indigne le maire de l’époque, Jacques Fréchette.

«Il a empêché une mère d’élever ses quatre enfants et de connaître ses petits-enfants, tout ça parce qu’elle faisait une job qu’elle aimait», renchérit Chantale Ramsay, la grande amie de la défunte, qui est aussi directrice générale de la municipalité voisine.

700 animaux

Robert Godbout avait acquis l’ancienne école du village dans le but d’y installer un zoo. Il y avait entassé quelque 700 animaux.

Le hic, c’est que le projet baptisé «Godzoo» contrevenait aux règlements de la municipalité de Saint-Rémi-de-Tingwick, qui a envoyé plusieurs avis d’infraction au propriétaire.

Pendant près de quatre ans, Robert Godbout et l’administration municipale se sont livré bataille devant les tribunaux.

«Godbout venait au bureau municipal et il pouvait déblatérer pendant une heure. Renée était tannée, mais elle essayait de le contenir, poliment. Elle était prise entre le Conseil et lui», note l’ex-maire Fréchette.

Le matin du 14 janvier 2008, la Cour d’appel a donné raison à la municipalité, exhortant Robert Godbout à se départir de ses animaux dans un délai de 60 jours.

«Ma mère était tellement fière d’avoir gagné, tellement heureuse de tourner la page sur cette histoire. C’est un énorme poids qui s’enlevait de ses épaules», illustre Anne-Marie Groleau, qui avait à peine 18 ans à l’époque.

Regrets

Renée Vaudreuil a appelé le maire Fréchette vers 11 heures pour lui annoncer la bonne nouvelle. Trois heures plus tard, la directrice générale était assassinée.

«Disons que les nouvelles n’ont pas été bonnes longtemps. Je ne l’ai jamais dit à personne, mais je me suis senti coupable de ne pas lui avoir dit de fermer le bureau municipal et de rentrer chez elle», relate l’ancien maire.

«Je me suis longtemps demandé pourquoi je ne suis pas venu la rejoindre, mais peut-être que si je l’avais fait, je serais mort aussi», continue-t-il.

En début d’après-midi, Robert Godbout a fait irruption au bureau municipal se trouvant dans un petit local situé derrière l’église, muni d’une arme de calibre .410.

D’après ce qui a été relaté au procès de l’homme alors âgé de 51 ans, le meurtrier a fait feu à deux reprises en direction de la DG, l’atteignant au thorax et à la tête. Il lui a ensuite fracassé le crâne avec un objet contondant, qui pourrait être la crosse du fusil.

Incendie

Enfin, le tueur a aspergé le corps de la victime d’essence avant d’y mettre le feu, détruisant du même souffle une bonne partie des preuves et le bureau municipal.

Des traces de carbonisation ont été découvertes dans le système respiratoire de Renée Vaudreuil, laissant croire qu’elle était encore vivante, agonisante, lorsque l’incendie s’est déclenché.

«On est revenus de l’école et ça nous a éclaté au visage», se souvient sa fille Émilie, qui avait 16 ans à l’époque.

Robert Godbout a été arrêté chez lui le lendemain par les policiers de la Sûreté du Québec. «On ne pensait jamais qu’il pourrait s’en prendre à elle physiquement», soutient l’ex-maire Fréchette.

Robert Godbout a été condamné à la prison à vie pour meurtre prémédité en décembre 2009, mais les procédures judiciaires se sont prolongées jusqu’à l’été 2012. L’assassin, qui a toujours nié les faits, a porté sa cause jusqu’en Cour suprême, exaspérant les proches de Renée Vaudreuil.

Peur au village

Pendant ce temps, les citoyens de la petite localité craignaient sa libération. Certains ont déménagé par peur d’avoir affaire à Robert Godbout de nouveau, ont dit plusieurs personnes au «Journal de Montréal».

«Pour ceux qui restaient, c’était l’enfer d’attendre en espérant que quelqu’un allait finir par payer pour son crime», mentionne Mme Ramsay.

«On avait peur qu’il s’en sorte et que notre mère soit décédée pour rien. Il nous a arraché notre mère, on ne pourra jamais lui pardonner», affirment les filles de la victime.

Il a fallu des années pour que la municipalité se remette du drame, sans toutefois l’oublier. «Au début, les gens étaient chacun chez eux. C’était comme si une grande noirceur était passée sur Saint-Rémi», illustre l’actuelle directrice générale de l’endroit, Chantal Cantin.

Dix ans plus tard, les gens de Saint-Rémi-de-Tingwick ne parlent plus de Robert Godbout. «Son nom est un peu tabou. Ce n’est pas un sujet de conversation», souligne Mme Cantin.

Hommage

Décrite comme une femme enjouée, accueillante et dévouée à sa communauté, le souvenir de Renée Vaudreuil, lui, demeure. Les élus de la dernière décennie se sont donné l’objectif qu’on ne l’oublie jamais.

Une plaque commémorative a été installée à sa mémoire dans le nouveau bureau municipal. L’ancienne caserne d’incendie porte maintenant son nom.

La mentalité des gens, et plus spécialement des directeurs généraux, a changé depuis la mort de Renée Vaudreuil.

«Avant, peut-être qu’on tolérait plus de choses, mais maintenant, la violence, c’est tolérance zéro», résume Chantal Cantin.

«Il faut que les citoyens comprennent que nous sommes payés pour faire appliquer les lois, mais nous n’avons pas de pouvoir décisionnel», poursuit sa collègue Chantale Ramsay, directrice générale de la municipalité voisine.

Plus de sécurité

La mort tragique de la femme de 42 ans a aussi entraîné une vague de changements dans le monde municipal.

L’édifice abritant désormais le bureau municipal de Saint-Rémi-de-Tingwick compte trois issues - au lieu d’une seule dans l’ancien - et un bouton panique relié à une centrale d’urgence.

Les employés sont séparés des citoyens par une vitre, sur laquelle est apposée une affiche exigeant le respect lors des communications. Le bureau de poste a été déménagé à l’intérieur du bâtiment afin que la DG ne soit jamais seule sur place. Les lieux sont protégés par une caméra.

D’autres municipalités ont aussi sécurisé leurs installations après le drame.

Des mesures qui mettent un baume sur les plaies des enfants de Renée Vaudreuil.

«Nous sommes contentes que, malgré cette épreuve, il y ait des changements positifs. Les autres qui font le même travail sont maintenant plus en sécurité et davantage pris au sérieux», concluent Émilie et Anne-Marie Groleau.

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