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Frontière avec la Syrie

L'EI pourrait reprendre du terrain en Irak

Mohammed Salim et Ali Choukeir | Agence France-Presse

Les jihadistes de l'organisation État islamique (EI), cachés dans des zones désertiques après leur défaite militaire en Irak, ont toujours la capacité de s'emparer de localités dans ce pays, surtout près de la frontière avec la Syrie, estiment responsables et experts.

Il y a à peine un peu plus d'un mois, le 9 décembre, le premier ministre irakien Haider al-Abadi annonçait la «fin de la guerre» contre l'EI et le contrôle total par les troupes progouvernementales -l'armée et les forces paramilitaires du Hach al-Chaabi- de la longue frontière poreuse irako-syrienne.

Pour Ali al-Bayati, qui commande une unité du Hachd al-Chaabi à Nimroud, cette localité située à une trentaine de km au sud-est de Mossoul, «peut tomber à tout moment car la sécurité y est fragile».

Deuxième ville d'Irak située dans le nord du pays, Mossoul, un temps «capitale» irakienne du califat de l'EI aujourd'hui en lambeaux, a été libérée en juillet 2017 de l'EI.

Chassés de la cité, les jihadistes ont fui et «sont allés se cacher dans les zones désertiques à l'ouest de Mossoul», qui s'étendent sur des milliers de kilomètres carrés près de la frontière syrienne, affirme à l'AFP le commandant Bayati. Et de cette région, ils lancent des attaques contre les forces de sécurité et les civils».

Samedi et lundi derniers, trois kamikazes ont lancé des attaques à Bagdad, tuant plus de 35 personnes.

Alors que l'EI revendique toujours des attaques en Irak, M. Abadi a appelé à éliminer les «cellules dormantes» jihadistes.

«Ce concept de cellules dormantes est une erreur: elles sont au contraire actives, capables de mener des attaques et même de reprendre le contrôle de zones», estime Hicham al-Hachémi, un spécialiste des mouvements jihadistes.

Terrés dans «les vallées, les anfractuosités naturelles et dans des caches et tranchées qu'ils avaient eux-mêmes creusées» durant leur occupation d'un tiers du pays, les jihadistes possèdent «des stocks d'armes, de carburant, d'eau et de nourriture» qui leur permettent de vivre, nombreux, dans la clandestinité, assure M. Bayati.

Dans la province de Ninive, où se trouvent Nimroud et Mossoul, «plus de 4000 jihadistes ont été arrêtés» depuis la reprise de Mossoul, selon le chef de la police, le général Wathiq al-Hamdani.

Malgré cela, des attaques ont toujours lieu à Mossoul même, note Ayed al-Louayzi, du Conseil provincial. «Des civils ont été cambriolés ou assassinés, parfois par des assaillants déguisés en militaires».

Il s'agissait, assure-t-il, de membres de l'EI venus des zones environnantes de Tal Afar, plus à l'ouest, ou de Hatra, plus au sud. Pourtant ces deux villes ont été reprises il y a des mois par les forces gouvernementales.

Pour M. Hachémi, «l'annonce de la victoire militaire sur l'EI signifie tout simplement que plus aucun drapeau du groupe ne flotte au-dessus d'une maison ou d'un bâtiment officiel». Mais cela ne signifie pas que les jihadistes ont été complètement éradiqués.

La coalition internationale anti-EI emmenée par les États-Unis a mené, en appui aux forces irakiennes, des frappes dans la région de Mossoul «contre des caches d'équipements, d'explosifs et d'obus», affirme à l'AFP son porte-parole, le colonel Ryan Dillon.

En outre, explique-t-il, la coalition a formé «les forces irakiennes en vue d'une transition de la phase de combat à celle du travail de police et afin qu'elles contrent les menaces à venir».

Le Hachd assure essuyer tous les jours des tentatives d'infiltration de jihadistes à la frontière irako-syrienne.

Plus à l'est, dans le secteur de Hawija, l'un des derniers bastions urbains irakiens repris à l'EI, les jihadistes continuent également de tuer.

Depuis le début du mois, au moins trois civils et un combattant du Hachd ont été abattus, selon des sources de sécurité. En outre, une soixantaine de jihadistes ont été tués dans des combats avec les forces progouvernementales, assurent-elles.

Le problème, estime M. Louayzi, c'est que «géographiquement, le terrain a été repris» à l'EI, «mais pas tous les jihadistes ont été arrêtés».

À cause de cela, «nous sommes dans une situation sécuritaire identique à celle ayant mené à la chute de Mossoul en 2014», lorsque d'autres jihadistes imposaient déjà leur loi dans certains secteurs autour de Mossoul.

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