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Ex-maire de Gaspé

Le coaccusé de Nathalie Normandeau se vide le cœur

Jean-Luc Lavallée | Le Journal de Québec

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Coaccusé de Nathalie Normandeau, l’ex-maire de Gaspé François Roussy invoque à son tour l’arrêt Jordan pour faire avorter le procès et reproche au DPCP d’avoir déposé des accusations à la hâte en 2016, «sans être prêt» à procéder.

Mardi, les avocats de Marc-Yvan Côté et France Michaud avaient plaidé leur cause dans le cadre de la requête en arrêt des procédures pour délais déraisonnables. Les six coaccusés, arrêtés par l’UPAC en mars 2016, se sont joints à cette requête de type Jordan.

M. Roussy, qui se représente seul, s’est adressé à son tour au tribunal mercredi matin pour déplorer les délais qu’il impute au ministère public, notamment pour son changement de «stratégie» en cours de route.

Rappelons qu’une enquête préliminaire de quatre à six semaines avait été planifiée à l’origine, avant la tenue du procès. Or, neuf mois après avoir fixé la date de cette étape judiciaire qui permet à la défense de tester la preuve, la Couronne a déposé un acte d’accusation direct faisant tomber de facto la tenue de l’enquête préliminaire.

Il s’agit d’un privilège qui est utilisé rarement par la Couronne. À ce jour, les procureurs n’ont toujours pas justifié la manœuvre et ne sont pas obligés de le faire. «C’est clair que c’était de la stratégie. Pourquoi on n’a pas attendu d’être prêts avant de procéder aux accusations?», a lancé M. Roussy lors de sa plaidoirie.

Choc à encaisser

Rappelant son statut de père monoparental qui doit parcourir de grandes distances à chaque fois, entre Gaspé et Québec, pour assumer sa défense, l’ex-maire de Gaspé déplore les délais engendrés par ce «coup de théâtre» et le «choc» qu’il a encaissé.

«Tout le travail qui avait été fait depuis le début ne servait plus à rien et on repartait à zéro dans le dossier avec de nouveaux chefs d’accusation et une théorie de cause qui était modifiée», a-t-il déploré.

Un cas «particulier»

«Mon cas est particulier. Ce qui me concerne dans la preuve est minime par rapport à l’ensemble du dossier. Je prétends que je suis maintenu artificiellement dans ce grand procès dont on parle depuis plusieurs mois par le chef de complot qui ne repose sur rien dans la preuve. Notre prétention, depuis le début, c’était de faire tomber les chefs dès l’enquête préliminaire», a-t-il lancé.

Associé au Parti québécois en raison de son ancien travail d’attaché de presse auprès du député Gaétan Lelièvre - qui a été exclu par la suite du caucus péquiste - M. Roussy espérait avoir un procès séparé et pouvoir être jugé devant ses pairs en Gaspésie.Il a appuyé une partie de son argumentaire sur le cas de l’ex-collecteur de fonds du PQ Ernest Murray, lequel s’en est tiré avec une absolution conditionnelle pour une tentative de financement illégal qui ne s’est finalement jamais concrétisée. M. Murray avait été arrêté en même temps que lui au printemps 2016. «Il a plaidé coupable et en fin de compte, ça a fini avec un petit chef et une absolution conditionnelle. Au départ, il avait plus de chefs d’accusation que moi», a rappelé M. Roussy.

Une défense onéreuse

Ce dernier a déclaré au juge André Perreault qu'il n’a posé «aucun geste criminel» et se dit convaincu d’être reconnu «non-coupable» au terme d’un éventuel procès. Cela dit, il refuse d’engager des «centaines de milliers de dollars» dans sa défense et de faire payer cette somme par la Ville de Gaspé alors que la Couronne dispose de moyens «infinis». Voilà pourquoi il se représente désormais seul aujourd’hui alors que la Ville de Gaspé assumait les frais de sa défense au départ.

Outre le chef de complot qu’il conteste vigoureusement, M. Roussy fait également face à des chefs d’accusation de fraude, abus de confiance et corruption.

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