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Mère monoparentale

Église PQL: ils lui ont volé 14 ans de sa vie

Camille Garnier et Antoine Lacroix - Agence QMI

AGENCE QMI

Une mère monoparentale entrée dans l’église PQL à 19 ans dit avoir pensé mettre fin à ses jours après avoir donné plus de 150 000 $ à l’apôtre Patrick Isaac et sa femme. Elle a même dû déclarer faillite avant de trouver la force de quitter ce qu’elle décrit comme une secte.

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« Je ne m’en rendais pas compte, mais maintenant je comprends que c’est vraiment une secte, affirme aujourd’hui Niorline Charlot. Ces gens-là prennent le contrôle de ta vie et te coupent du monde. »

La Montréalaise de 38 ans raconte avoir dépensé sans compter pour plaire à l’apôtre Patrick Isaac et sa femme, la prophétesse Éliane Isaac.

Des gens qu’elle décrit comme contrôlants, au point où elle ne pouvait prendre aucune décision sur sa vie par elle-même.

Complètement au fond du baril, la femme s’est accrochée pendant des années aux promesses de miracles de l’apôtre et sa femme qu’elle considérait comme ses parents spirituels.

Commando

« Je faisais partie de ce qu’ils appellent le commando, un groupe d’une dizaine de fidèles qui doivent être toujours prêts à répondre aux demandes de l’apôtre Isaac et de la prophétesse, explique-t-elle. Parfois, je devais me rendre à l’église en pleine nuit pour effectuer des heures de prière. »

L’histoire de Niorline Charlot ressemble largement à celles d’une dizaine d’anciens fidèles de l’église Parole qui libère qui ont accepté de se confier au Journal sous le couvert de l’anonymat et dont les témoignages seront publiés demain.

Cinq d’entre eux affirment avoir versé à PQL entre 30 000 $ et 140 000 $ lors de leurs passages au sein de l’église qui ont duré entre 3 et 15 ans.

Rêve de star

Mme Charlot était une jeune femme en quête d’identité lorsqu’elle s’est rendue pour la première fois à l’église évangélique de Patrick Isaac sur les conseils d’une amie.

À l’époque, en 1999, Patrick Isaac présidait les offices dans le sous-sol de la maison de ses parents, à Rivière-des-Prairies, dans le nord de Montréal.

« Je n’aimais pas du tout les églises, mais j’y ai été une fois pour voir, se souvient-elle. Les gens chantaient et dansaient, il y avait beaucoup de jeunes. Cela m’a plu. »

Rapidement, elle s’est laissé séduire par les prophéties de Patrick Isaac qui lui promettait la gloire.

« Je leur avais dit que j’étudiais en cinéma et il s’est servi de cela, soutient Mme Charlot. Il me disait que j’allais être une vedette, que je serais plus connue que Steven Spielberg. Moi, je me cherchais, alors évidemment ça me plaisait d’entendre ça. »

Mais dans l’église de Patrick Isaac, le succès coûte toujours quelque chose, comme le répète l’apôtre dans plusieurs de ses discours.

« Il fallait toujours donner plus, dénonce-t-elle. Il y avait la dîme, les cadeaux au prophète et à sa femme, il fallait payer leurs voyages pour des conférences et leur donner notre premier salaire chaque année ou si on trouvait un nouvel emploi. Ils exigeaient aussi que j’achète de beaux vêtements pour être à leur hauteur quand je les assistais pendant les offices », se souvient-elle.

Faillite

Malgré ses faibles moyens, Niorline, qui enchaînait à l’époque de courts contrats comme secrétaire, dépensait sans compter.

« Je ne gagnais même pas 35 000 $ par an et je devais élever mon enfant seule, mais je creusais mon crédit. Au fil des années, l’apôtre et sa femme m’avaient programmée pour cela », dit-elle amèrement.

En 2012, Niorline Charlot a fini par crouler sous les dettes.

« J’étais tellement désespérée que j’ai donné 1500 $ à l’apôtre dans l’espoir qu’il fasse un miracle pour régler mes problèmes financiers, dit-elle. Il disait qu’il avait déjà effacé ses dettes en priant. »

Mais le miracle ne s’est jamais produit, et Niorline a été obligée de se déclarer en faillite personnelle.

« J’ai vraiment pensé au suicide. Si je ne l’ai pas fait, c’est pour ma fille », raconte-t-elle la gorge serrée.

C’est à ce moment qu’elle a commencé à remettre en question les enseignements de l’apôtre Isaac.

« Ça ne marchait plus. Ce qu’il racontait sonnait faux, affirme-t-elle. Il nous promettait la réussite, mais pendant que lui et sa femme roulaient sur l’or, nous, les fidèles, nous étions malheureux et pauvres. »

Le déclic s’est produit lorsqu’elle a constaté que Patrick Isaac n’hésitait pas à insuffler la peur chez ses fidèles pour les faire obéir, dit Mme Charlot.

« Il disait que notre vie était entre ses mains, affirme-t-elle. Qu’il était en pouvoir de nous donner la vie ou la mort. »

En 2013, Niorline Charlot a quitté PQL. Elle travaille maintenant comme secrétaire administrative à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et dit être enfin heureuse.

« J’ai l’impression de revivre, soupire-t-elle. Là-bas, je ne pouvais pas être moi. Aujourd’hui, j’ai des projets et fais mon propre chemin. »

Info-Secte a reçu 8 appels sur PQL

L’organisme Info-Secte a reçu huit appels concernant l’église PQL et un signalement sur Facebook, entre 2010 et 2016.

Un proche d’une personne tombée sous le charme de l’apôtre Patrick Isaac a raconté que le nouveau fidèle avait quitté sa conjointe en une semaine et soutenait « avoir trouvé sa voie », a indiqué Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte.

Interrogée à propos de l’obsession sur la prospérité de l’apôtre Isaac, l’Association des églises baptistes évangéliques du Québec est d’avis que les pasteurs mettant une emphase démesurée sur la richesse utilisent des passages de la Bible de « manière erronée ».

Administration saine

« La Bible nous encourage à donner selon nos moyens. Les pasteurs, ça ne nous regarde pas. [...] On ne veut surtout pas manipuler les gens à donner de l’argent », soutient Louis Bourque, directeur de l’association.

Il dit toujours avoir un « malaise extrême » lorsqu’il entend parler « d’agissements qui portent préjudice à la réputation de Dieu ».

Selon lui, une « administration saine » devrait être instaurée dans les églises.

« Les pasteurs ne devraient pas être au courant de ce que les gens donnent. Les gens chargés de compter l’argent et les chèques ne devraient pas être les mêmes qui font le dépôt », conseille-t-il.

« Ce n’est pas que Dieu est contre la prospérité, mais il y a une différence entre un placement à la Bourse de New York [et ce qu’on donne à Dieu] », poursuit-il. Il recommande aux églises de toujours être rattachées à une association ou un mouvement où elles sont imputables à des supérieurs.

« Lorsqu’elles sont indépendantes, il n’y a pas de limites. Ils peuvent enseigner toutes sortes de choses et dire n’importe quoi », déplore Louis Bourque.

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