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Urgence de la Cité-de-la-Santé

Des patients en fauteuil roulant soignés entre deux civières

TVA Nouvelles

La situation de l'unité des urgences à la Cité-de-la-Santé de Laval ne s’améliore pas. Après un appel à l’aide survenu sous la forme d’un «sit-in» des infirmières ce week-end, le syndicat qui représente les préposés et préposées aux bénéficiaires dénonce une situation qui met en péril la qualité des soins prodigués aux patients dans l’urgence.

Selon le Syndicat des travailleurs et travailleuses du Centre intégré de santé et de services sociaux de Laval (STTCISSS-CSN), les administrateurs du centre hospitalier n’ont pas été à l’écoute des besoins de ses employés depuis plusieurs semaines. Une situation qui aurait culminé lundi, alors que l’urgence débordait dangereusement.

Selon les chiffres avancés par le syndicat, l’urgence a frôlé les 80 patients lundi alors qu’elle compte, en temps normal, 52 places. Des photos qui ont été fournies à TVA Nouvelles permettent de constater que la surcharge était telle que des patients en fauteuil roulant ont dû être installés entre des civières, dans le corridor de l’urgence, dans l’attente d’être soignés. Cette situation, affirme le syndicat, complique le travail des préposés et des infirmières, qui se retrouvent avec moins d’espace de manœuvre pour traiter les patients.

D’autres ont été déplacés dans des salles étroites habituellement destinées à la rencontre des médecins avec les patients dans la salle d’attente. De ces douze salles, dix étaient occupées par des patients de l’urgence lundi.

Pourtant, à 13 h 30, alors que plus de 75 patients se trouvaient dans l’unité, seulement trois préposées aux bénéficiaires étaient en poste. Le nombre recommandé pour une urgence comble de cette ampleur (52 places) est de cinq, dénonce le syndicat.

Même son de cloche chez le syndicat des infirmiers et infirmières, qui déplore depuis longtemps le manque de personnel.

«C'en est rendu à un point que nos infirmières sont même inquiètes par la qualité des soins qu'elles dispensent, malgré leur professionnalisme et leur bonne volonté», a déclaré par communiqué la présidente du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (SIIIAL-CSQ), Isabelle Dumaine.

Elle dénonce notamment la gestion «au jour le jour» des administrateurs, qui attendraient régulièrement au dernier moment avant de combler des absences de personnel dans l’espoir de voir un achalandage moins important.

«Comme on attend, il n’y a souvent personne de disponible et ça fait en sorte que des infirmières doivent faire des journées de 16 heures. Ça met en péril leur travail.»

Cette exaspération a poussé des infirmières aux urgences à refuser d’amorcer leur quart de travail, samedi matin, tant que leur équipe n’était pas complète.

Du côté de l’administration du centre hospitalier, on répond que «malgré les efforts constants pour recruter les besoins de main-d’œuvre (temps supplémentaire, liste de rappel, agences privées), il arrive parfois qu’elle ne puisse pas combler tous les besoins du personnel. Le CISSS de Laval doit donc avoir malheureusement recours au temps supplémentaire». Elle indique également avoir pris des mesures pour améliorer la situation, notamment en établissant des rencontres hebdomadaires aves des représentants syndicaux «pour trouver des pistes de solution».

Le syndicat des préposés aux bénéficiaires affirme pour sa part que l’administration a fait la sourde oreille aux alertes envoyées à répétition lundi pour prévenir du manque de personnel à l’urgence. «On n’a pas répondu aux messages envoyés en matinée avant la fin de la journée, mais le mal était fait», explique la centrale syndicale.

Le ministre Barrette interpellé

Mme Dumaine demande également au ministre de la Santé Gaétan Barrette de mettre fin aux compressions budgétaires dans le milieu de la santé, sans quoi la situation continuera de s’empirer.

«On ne peut pas compresser et couper les budgets année après année et penser que cela n'aura pas de conséquences sur le personnel et la dispensation des soins à la population», plaide-t-elle.

Le phénomène n’est pas propre à la Cité-de-la-Santé ni au CISSS de Laval, note-t-elle par ailleurs, puisque plusieurs centres hospitaliers sont aux prises avec des compressions budgétaires qui minent le travail des infirmiers et infirmières, particulièrement en cette saison hivernale où l’achalandage explose.

 

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