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Programme de 200 M$

Emplois d’été: un «test idéologique» fédéral sème l’inquiétude

Maxime Huard | Agence QMI

Des organisations québécoises s’inquiètent du fait que le fédéral leur demande d’adhérer à un certain nombre de valeurs, notamment sur le droit à l’avortement, pour le financement d’emplois d’été.

«On a été contactés par des gens qui sont très mal à l’aise et qui voient là une question de principe», a indiqué le député conservateur Alain Rayes mercredi, qui dit avoir reçu deux plaintes officielles dans sa circonscription.

Le Parti conservateur estime que Justin Trudeau doit faire marche arrière et arrêter de pénaliser les organisations qui offrent des services communautaires.

Emplois d’été Canada, un programme de plus de 200 millions $, a permis de financer l’an dernier environ 70 000 emplois d’été.

Dans leur formulaire pour recevoir du financement, les organisations doivent maintenant attester que leur «mandat principal» respecte les «droits de la personne au Canada, y compris les valeurs sous-jacentes à la Charte canadienne des droits et libertés ainsi que d’autres droits», ce qui inclut les droits en matière de procréation.

Le ministère de l’Emploi dit vouloir cibler des groupes qui, par le passé, ont par exemple engagé des jeunes pour concevoir et distribuer des dépliants antiavortement, et non punir le simple fait de s’opposer à l’avortement.

Le premier ministre Justin Trudeau avait mis de l’huile sur le feu durant sa tournée d’assemblées publiques, le 10 janvier à Hamilton, en Ontario. Les organisations qui veulent restreindre les droits des femmes ne sont pas en phase avec la société, avait-il lancé.

Des groupes chrétiens ont qualifié mercredi les nouvelles règles gouvernementales de «tyranniques», «communistes» et «fascistes».

«Le gouvernement impose un test idéologique aux étudiants. C’est une violation des droits et libertés qui n’a aucune place au Canada», s’est insurgé le président du Canada Christian College, Charles McVety, en conférence de presse à Ottawa aux côtés d’autres représentants religieux.

La Cour fédérale a rejeté cette semaine la demande d’injonction d’un groupe pro-vie de Toronto visant à faire suspendre la nouvelle directive fédérale. M. McVety maintient la possibilité de se rendre jusqu’en Cour suprême s’il le faut.

Au Nouveau Parti démocratique, tant le chef Jagmeet Singh que sa porte-parole en matière de développement social, Brigitte Sansoucy, approuvent l’idée de ne pas financer des groupes qui minent les droits des femmes ou celui à l’avortement.

«Le problème, c’est que la nouvelle directive est floue, donc tous les groupes religieux se sentent exclus d’avance», a déploré Mme Sansoucy. La députée de Saint-Hyacinthe-Bagot a également été approchée par un groupe de sa circonscription qui s’inquiétait des changements au programme.

Le député bloquiste Rhéal Fortin a quant à lui jugé que l’approche du gouvernement est cohérente, «dans la mesure où elle ne cherche qu’à faire respecter les lois».