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Technologies non prouvées

Troubles du sommeil : peut-on faire confiance aux gadgets?

Alexandre Faille | TVA Nouvelles

Si le changement d’heure du week-end a perturbé le repos de certains, c’est près du tiers de la population canadienne qui vit quotidiennement avec des problèmes liés aux troubles du sommeil. Une situation alarmante qui en pousse plusieurs à se tourner vers la technologie... sans réelle garantie de résultats.

Les chiffres de Statistiques Canada ne mentent pas. En 2017, environ le tiers des Canadiens adultes ont affirmé ne pas dormir le nombre recommandé d’heures par nuit pour assurer une santé optimale. Selon l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé, «pour la période allant de 2007 à 2013, 43 % et 55 % respectivement des hommes et des femmes de 18 à 64 ans ont déclaré avoir de la difficulté à s’endormir ou à rester endormis.»

Ces chiffres, l’industrie du sommeil les connaît. Et ils ont mené à une prolifération de l’offre de produits technologiques promettent d’améliorer la qualité de votre sommeil. Neurotechnologie, biofeedback, odeurs et sons pour la relaxation, applications promettant un réveil en douceur, outils de mesure de la qualité du sommeil : l’industrie vit actuellement le rêve.

Pour Julie Carrier, qui est chercheuse au Centre d'études avancées en médecine du sommeil de l'Hôpital du Sacré-Cœur du CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal, «l’industrie va mille fois plus rapidement que la science, probablement pour des raisons de profit».

«Comme plusieurs gens souffrent de troubles du sommeil et qu’il n’y a pas beaucoup de ressources pour les traiter adéquatement, les gens se tournent vers ce qu’ils voient sur internet. Et comme ça a l’air nouveau et technologique, les gens ont envie de l’essayer», raisonne-t-elle.

Aucun produit technologique actuellement sur le marché n’a toutefois été prouvé efficace en laboratoire, prévient-elle.

«Le problème, c’est qu’il y a plein de compagnies qui disent qu’elles y sont arrivées, mais quand les chercheurs contactent ces compagnies-là pour valider leur matériel, elles ne sont pas intéressées, poursuit-elle. Elles ne veulent pas nous donner accès aux données brutes parce qu’elles vendent leur produit quand même.»

Le cercle vicieux des applications mobiles

L’une des premières solutions vers laquelle les gens qui souffrent de troubles de sommeil se tournent se trouve dans leur téléphone intelligent. Les applications mobiles qui «mesurent» la qualité du sommeil pullulent dans l’App Store d’Apple ou le Google Play Store des modèles Android. Les plus récentes versions d’iOS, le logiciel d’exploitation d’Apple, offrent même une application de la sorte par défaut. En monitorant vos mouvements durant la nuit, ces applications promettent d’évaluer la qualité de votre sommeil et de vous en fournir des rapports détaillés.

«De savoir que vous avez dormi à 84 % ou à 85 % d’efficacité, ça n’amène rien, note Julie Carrier. Si on a vraiment de la difficulté à dormir, ce que je recommande, c’est d’aller chercher de l’aide, d’en parler à son médecin.»

Certaines applications poussent l’audace jusqu’à vous réveiller «au parfait moment», soit lorsque vous entrez dans une phase de sommeil plus légère. Or la chercheuse souligne que pour enregistrer efficacement les stades du sommeil, «il n’y a qu’une façon qui est validée et c’est de poser des électrodes sur la tête».

Pire, l’utilisation de ces applications peut devenir un «couteau à double tranchant» pour des personnes souffrant d’insomnie, avance-t-elle.

«Quand on est insomniaque, on est souvent aussi déjà extrêmement préoccupé par notre sommeil. C’est certain que de mesurer constamment son sommeil et de comparer la qualité de la dernière nuit avec celle d’aujourd’hui, ça crée une espèce d’obsession.»

Le futur du «dodo»

Dormirons-nous tous un jour avec un casque sur la tête? Pas nécessairement, répond la chercheuse, mais la science s’efforce de trouver des façons de traiter différemment les troubles du sommeil.

«C’est vrai qu’au niveau scientifique, on essaie de trouver des façons différentes de la médication pour augmenter la profondeur du sommeil», fait-elle valoir.

L’équipe du Centre d'études avancées en médecine du sommeil travaille notamment sur des méthodes qui permettraient d’émettre des courants électriques très légers au cerveau pour tenter d’entraîner les rythmes profonds du sommeil.

Certains produits sur le marché se basent d’ailleurs sur des expériences scientifiques de la sorte pour séduire les consommateurs.

«Il n’y a rien sur le marché, en ce moment, qui peut faire ça. On a de la difficulté nous-mêmes à y parvenir en laboratoire avec des technologies hautement spécialisées.»

La plupart de ces produits ne représentent aucun risque pour la santé, sinon celle du portefeuille. Mais pour des résultats concrets, vaut encore mieux se tourner vers les bons vieux conseils de base, comme celui très actuel d’éviter la lumière des écrans avant d’aller au lit.

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