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Coalition des parents d’élèves à besoins particuliers

Jugés ingérables, ils doivent faire l’école à la maison

Daphnée Dion-Viens | Agence QMI

Des élèves jugés ingérables sont expulsés de l’école et scolarisés à la maison contre la volonté des parents, un phénomène qui serait en hausse selon la Coalition des parents d’élèves à besoins particuliers.

Au cours des derniers jours, deux parents ont raconté au «Journal de Montréal» vivre une situation semblable avec leur enfant. Audrey Manning en fait partie. Sa fille, qui a un déficit d’attention accompagné d’un trouble de l’opposition, a été suspendue de son école primaire au début décembre pour une période indéterminée. La commission scolaire proposait alors de la scolariser à la maison, à raison d’une heure par jour.

Selon la Coalition de parents d’élèves à besoins particuliers, ce phénomène est en hausse dans le réseau scolaire, même s’il reste très difficile à chiffrer. «J’ai vu une augmentation des cas comme ceux-là au cours des dernières années», affirme sa présidente, Brigitte Dubé, qui a elle-même vécu une situation semblable avec son garçon autiste il y a quatre ans.

Un «aveu d’échec»

Selon Mme Dubé, le manque de ressources et les compressions des dernières années pourraient expliquer en partie l’augmentation observée. «Mais il y a aussi beaucoup de situations problématiques qui pourraient être évitées avec une meilleure formation du personnel», ajoute-t-elle. Mme Dubé y voit un «aveu d’échec» de la part de l’école, qui n’arrive pas à offrir les services appropriés à ces élèves jugés problématiques.

La scolarisation à la maison «imposée» complique aussi considérablement l’organisation familiale, ajoute Mme Dubé. «Cette situation amène souvent des parents à devoir quitter leur emploi ou à couper drastiquement leurs heures de travail», précise-t-elle.

À la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), sa présidente Corinne Payne affirme que ces situations sont «inacceptables» puisque l’école ne remplit alors pas sa mission. «On ne fait pas notre job, comme société», lance-t-elle. La FCPQ a même dénoncé la situation en commission parlementaire cet automne, affirmant recevoir «régulièrement» des appels de parents démunis qui ne savent pas comment gérer cette situation.

Dans l’intérêt de l’enfant

À la Fédération des commissions scolaires, on a refusé de commenter ce dossier. À Québec, la Commission scolaire de la Capitale précise que la scolarisation à domicile reste une «mesure temporaire de dernier recours» qui représente la meilleure solution, dans l’intérêt de l’enfant.

Onze cas y ont été recensés cette année, soit deux fois plus qu’à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui accueille pourtant trois fois plus d’élèves. «Nous avons peut-être entre trois et cinq cas (cette année). Ce n’est pas une approche que nous privilégions», a indiqué le porte-parole de la CSDM, Alain Perron.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse déplore quant à elle le «manque flagrant» de données à ce sujet et presse le ministère de l’Éducation de documenter la situation, jugée préoccupante.

Légale ou non, la scolarisation imposée à la maison?

Selon la Loi sur l’instruction publique, l’école doit fournir les services pour répondre aux besoins de l’enfant, à moins que ceux-ci ne représentent une «contrainte excessive», explique Johanne Magloire, de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Des coûts excessifs ou des préoccupations au niveau de la sécurité du personnel ou des autres élèves peuvent représenter une contrainte excessive, explique-t-elle. «L’école a l’obligation d’organiser ses services en fonction des besoins de l’élève, et non l’inverse. Mais souvent, ce que l’on voit, c’est que la commission scolaire n’a pas tout fait avant d’en arriver là.»

Bras de fer entre une famille et une école

Une mère dont la fille a été suspendue de l’école pour être scolarisée à la maison s’oppose à cette décision, qui lui semble injustifiée et menace son avenir professionnel. La commission scolaire dit avoir «tout essayé» avant d’en arriver à cette solution «de dernier recours».

Au cours des derniers mois, Audrey Manning a dû aller chercher sa fille Maélie à l’école à une cinquantaine de reprises, parce que l’élève a été jugée «ingérable» par le personnel.

Au début décembre, Maélie a été suspendue et renvoyée à la maison, où elle a reçu une heure de scolarisation par jour avec une enseignante privée, quelques jours avant les vacances.

Cette solution devait être mise en place «pour une période indéterminée», indique Mme Manning.

Dans une lettre rédigée par la direction de l’école, on peut lire que Maélie «met sa sécurité et celles des autres en danger» malgré l’accompagnement d’une éducatrice spécialisée «en tout temps», ce qui a mené à l’arrêt de sa scolarisation.

Remise en question

Or, Mme Manning ne reconnaît pas du tout sa fille dans cette description. L’enfant de sept ans, qui a un déficit d’attention et un trouble d’opposition, fonctionne bien à la maison et n’a eu aucun problème au camp de jour cet été, affirme Mme Manning.

Sans vouloir porter préjudice à l’équipe de l’école, cette dernière remet en question leurs méthodes d’intervention auprès de sa fille.

«Je veux envoyer ma fille à l’école comme tout le monde. Je ne veux pas être obligée de lâcher mes études et de me mettre sur le bien-être social», ajoute cette mère qui étudie au cégep en technique de soins infirmiers.

À la Commission scolaire de la Capitale, on affirme au contraire que les compétences du personnel de l’école ne sont pas en cause. L’équipe a eu recours à des ressources externes pour mettre en place des solutions, indique sa porte-parole, Marie-Élaine Dion. «On a vraiment tout essayé», dit-elle.

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