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Une méthode d’interrogatoire inventée par un Québécois a permis de résoudre un meurtre

Claudia Berthiaume | Agence QMI 

C’est une technique d’interrogatoire inventée il y a plus de 20 ans par un ancien policier québécois qui a récemment permis de résoudre le meurtre énigmatique d’une jeune Française, ayant tenu le pays en haleine pendant plusieurs mois. Le Journal a interviewé son créateur, Jacques Landry.

Parlez-nous de votre carrière.

Je suis chargé de cours en crimino­logie à l’Université de Montréal, mais je suis un gars de terrain. J’ai été recruté comme policier à la Sûreté du Québec à l’âge de 18 ans, en 1971. J’ai passé 10 ans comme enquêteur aux crimes contre la personne et 9 ans à la division de la polygraphie, jusqu’en 1996. J’ai été professeur à l’École nationale de police du Québec (ENPQ) pendant 20 ans. J’interroge des gens depuis 42 ans.

Comment avez-vous développé la méthode « Progreai » ?

En 1996, j’ai participé à un comité pour réviser les méthodes d’enquêtes criminelles. J’ai fait le tour de ce qui se faisait dans le monde en matière d’interrogatoire. Pendant ma carrière, j’avais pris beaucoup de notes, sur des post-its, de ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. C’était mon dada, je voulais comprendre ce qui amène les humains à commettre des crimes.

Sans divulguer toutes les étapes, en quoi consiste votre technique d’interrogatoire ?

L’être humain est au centre de l’entrevue. L’enquêteur discute avec le suspect de sa vie avant, pendant et après les événements dans le but de connaître ses motivations. Le but est d’obtenir la vérité et de confirmer les faits.

Quels sont les avantages ?

C’est beaucoup moins coercitif que les entrevues centrées sur le crime et la preuve, comme l’ADN et les empreintes. Il y a moins de rétractation d’aveux et de contestations subséquentes quand l’individu se sent écouté et compris. L’interrogatoire est enregistré en audio et vidéo, ce qui permet à tout le système judiciaire de voir le processus et le climat de la rencontre.

Qui l’utilise ?

C’est la méthode qu’on utilise ici, au Québec. Elle est obligatoire pour les enquêteurs, principalement ceux des crimes majeurs. Depuis l’an 2000, j’ai formé des policiers qui venaient de partout dans le monde, dont la France, la Belgique, l’Angleterre, l’Afrique francophone, etc.

Tous les médias français rapportent que l’affaire Alexia Daval a été résolue grâce à votre méthode. Ça vous fait quoi ?

Il faut croire que les Français ont bien appris (rires). Je suis très fier d’eux, mais c’est drôle que la gratitude vienne de l’étranger quand ça fait 20 ans que je forme tous les enquêteurs ici.

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