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États-Unis et Russie

Craintes d'une escalade nucléaire malgré le respect d'un traité

Agence France-Presse

Les États-Unis et la Russie ont affirmé lundi, date-butoir prévue par le traité New Start, respecter les obligations de réduction de leur arsenal nucléaire, mais plusieurs dirigeants et experts s'inquiètent d'une nouvelle course aux armements alors que la menace atomique ressurgit.

D'après ce traité de réduction des armes «stratégiques» signé par Moscou et Washington, la diminution des ogives nucléaires des deux grandes puissances, à 1550 chacune, devait être mise en œuvre progressivement jusqu'à ce lundi, sept ans après l'entrée en vigueur du texte le 5 février 2011.

L'administration américaine a réaffirmé lundi respecter ces limites depuis août dernier. Même chose à Moscou, où la diplomatie russe a assuré respecter «pleinement ses obligations de réduction des armements stratégiques offensifs».

Le traité prévoyant des échanges de données et des inspections mutuelles, chaque pays va pouvoir analyser l'arsenal de son rival au cours du prochain mois.

«Nous nous attendons à ce que l'échange de données prévu prochainement par le traité permette de confirmer cet engagement», a déclaré la porte-parole du département d'État américain Heather Nauert. Jeudi, elle s'était montrée confiante: «Nous n'avons aucune raison de croire que le gouvernement russe ne respectera pas ces limites», avait-elle dit.

Signé par l'ex-président démocrate Barack Obama, New Start devait ouvrir un «nouveau chapitre» américano-russe. Mais les nuages n'ont depuis fait que s'accumuler. Et le soupçon de collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump, avant son élection fin 2016, et le Kremlin de Vladimir Poutine ont empêché le nouveau président américain de tenir sa promesse d'une nouvelle embellie.

Au contraire, les relations sont au plus bas. Si l'administration Trump juge ce traité «crucial», c'est parce qu'il rend à ses yeux ces relations «plus transparentes et plus prévisibles» à «un moment où la confiance s'est détériorée et la menace d'un malentendu» s'est «accentuée».

Parallèlement, le Pentagone a publié vendredi sa nouvelle «posture nucléaire» qui vise à doter les États-Unis de nouvelles armes de faible puissance en «réponse» au réarmement de la Russie. Selon Washington, Moscou est en effet en train de moderniser un arsenal de 2000 armes nucléaires «tactiques» (de courte et moyenne portée) en contournant les obligations du traité New Start, qui ne comptabilise que les armes «stratégiques» (de longue portée ou intercontinentales).

A son tour, la Russie a promis de «prendre les mesures nécessaires pour assurer» sa «sécurité», déplorant le «caractère belliqueux» de la «posture» américaine.

De fait, ce document, en rupture avec ceux des précédentes administrations américaines, laisse un arrière-goût de Guerre froide aux observateurs.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a sonné l'alarme, dénonçant dimanche «une relance de la course aux armes nucléaires» qui met «en danger» l'Europe. S'il a reconnu des signes «évidents» de «réarmement russe», il a plaidé d'y répondre par le désarmement plutôt que par l'escalade.

«Cette posture nucléaire n'est qu'un document de la Guerre froide remis au goût du jour, qui apporte des réponses d'hier à des menaces d'aujourd'hui», écrit aussi Rachel Bronson, présidente du Bulletin of the Atomic Scientists.

L'inquiétude est d'autant plus grande que les risques de confrontation nucléaire se sont accentués avec les ambitions atomiques nord-coréennes.

«Si vous pensez que les armes nucléaires sont vraiment un instrument de dissuasion et apportent la paix et la stabilité, alors il faudrait saluer les efforts de la Corée du Nord», ironise Beatrice Fihn, directrice de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (Ican) récompensée par le Nobel de la paix. «Il n'y a pas d'arme nucléaire dont l'usage serait acceptable», elles risquent toutes «de provoquer un conflit catastrophique pour les civils», dit-elle à l'AFP.

Et les déclarations souvent va-t-en-guerre du président américain ne font que renforcer les craintes de certains. «Les propos désinvoltes de notre commandant en chef sur les armes nucléaires», «ses moqueries à l'égard» du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un et «ses vantardises répétées sur Twitter au sujet de la taille de son bouton nucléaire» alarment ainsi Alicia Sanders-Zakre, de l'Arms Control Association.

C'est dans ce contexte que les intentions américaines face à Pyongyang suscitent de vives interrogations à Washington. Celui qui était pressenti pour devenir ambassadeur des États-Unis en Corée du Sud, Victor Cha, a été écarté par la Maison-Blanche et a dénoncé publiquement tout éventuel recours, envisagé selon lui par «certains responsables de l'administration Trump», à «une frappe militaire préventive» --évoquée sous le concept de «bloody nose», ou «nez ensanglanté»-- selon lequel il suffirait d'administrer une bonne leçon aux Nord-Coréens, comme un coup de poing sur le nez, pour les faire reculer.

Dans une lettre au président Trump, dix-huit sénateurs démocrates mettent en garde lundi contre les «risques extrêmes» d'une «stratégie du "bloody nose"».

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