/news/society

Communications

Pré-retraité... pour toute la vie

Martine Turenne | Agence QMI

Agence QMI

Roland Mailhot travaille 20 heures par semaine, et ce, depuis qu’il a 55 ans. Et il compte le faire jusqu’à sa mort !

Erreurs à éviter pour préparer la retraite

Chercheuse de pierres précieuses

Serveuse à 68 ans pour garder la forme

À 65 ans, il gagne sa vie dans le domaine des communications, en donnant des formations, en écrivant, en traduisant, en conseillant.

«Depuis 10 ans, je travaille en moyenne 25 heures par semaine. Et les trois quarts du temps, de chez moi, en pyjama», dit le citoyen de Boucherville.

Parfois, il se demande: «est-ce que c’est moi qui devrais paniquer ? Est-ce que c’est moi qui suis tout croche ?»

Mais la vie semble lui avoir donné raison.

Un saut sans parachute

Tout a commencé lorsqu’il a atteint le demi-siècle. «J’étais alors journaliste à CFCF. Et je décide, comme cadeau de 50 ans à moi-même, de prendre l’été de congé.»

Au bout de trois mois de pur farniente, Roland Mailhot réalise une chose qui sera déterminante pour la suite des choses : il s’ennuie quand il ne travaille plus du tout. Ce mini test, d’un été, lui fait revoir complètement sa façon de voir sa retraite.

Cinq ans plus tard, alors âgé de 55 ans, son idée a cheminé et il est prêt à la mettre en pratique. Il souhaite continuer de travailler. Mais moins. Et il veut être libre.

«Alors je serai semi-retraité, pour toute la vie.»

Il quitte CFCF. «Je sautais de l’avion, sans parachute. Je n’ai même jamais vu de conseillers financiers. Et je ne crois pas au REER.»

Roland Mailhot avait mis de l’argent de côté pour survivre une année. Il ne voulait pas toucher à ses placements. Mais une mauvaise surprise l’attend en 2008, quand la bourse s’effondre.

«Je me suis retrouvé sans argent, sans possession, sans maison, rien. Mais je n’avais pas de dettes non plus.»

Il déménage dans un petit appartement, sur la Rive-Sud. «Je vivais alors, et c’est toujours le cas aujourd’hui, dans la simplicité volontaire. La vie ne me coûte pas cher. Je n’ai pas d’économies, je dépense ce que je gagne, ni plus, ni moins.»

Il vit aujourd’hui avec sa conjointe, qui elle travaille. Bien sûr, cela lui assure une paix de l’esprit. Mais si la relation venait à son terme, dit-il, il pourrait vivre tout aussi modestement qu’avant.

«Je n’ai pas de grands besoins.»

Faire sa semi-retraite

Quand on devient semi-retraité, le «semi» est très important, car il signifie qu’il faut chercher de l’ouvrage pour la moitié de son temps.

«J’ai eu une première année difficile», dit Roland Mailhot.

L’économie était au ralenti. «La première chose que les entreprises font, c’est de couper dans les communications.»

Dans un premier temps, il envoie 300 courriels «à toutes sortes de monde», y joignant son CV.

«J’ai reçu moins de 1 % de réponses. Et c’étaient des accusés de réception! J’ai paniqué un peu. Je pensais à mes anciennes conditions de travail et à mon salaire et je me demandais qu’est-ce que t’as fait là ?»

Puis il change de stratégie. Il prend contact directement avec d’anciens journalistes qui avaient des boîtes de communication. Il fait des téléphones, rencontre des gens, jase.

«Surtout, il ne faut pas paniquer. Et être persistant et discipliné.»

À la fin de cette première année, Roland Mailhot réalise que la meilleure promotion reste le bouche-à-oreille.

Un premier contrat de traducteur-interprète en amène d’autres, il en déniche en relations publiques, en communications. Puis on lui propose de faire des formations médias. Il obtient un poste dans une école pour laquelle il travaille sur demande.

«Ça a pris neuf mois avant que ça ne déboule.»

Depuis, il n’a jamais arrêté.

«Je ne perdrai jamais ma passion»

La seule véritable inquiétude de Roland Mailhot, au cours de la dernière décennie, a été de savoir s’il pouvait se rendre ainsi jusqu’à 65 ans, soit l’âge où il est devenu admissible aux régimes de pensions. Mission accomplie. «J’ai désormais un nouveau revenu», dit-il.

Il a toujours en tête, comme il y a 10 ans, de ne jamais arrêter.

«Je ne perdrai pas la passion, c’est impossible. J’aime trop ce que je fais. Je ne me fatigue pas à faire ça. Il faut dire que je ne travaille pas 40 heures par semaine depuis 10 ans, comme tant de gens. Eux, sont fatigués, ils prient pour arriver à leur retraite. Moi, j’ai moins travaillé depuis neuf ans, et ce que je fais me rend heureux : du vélo, de la marche en montagne, du ski de fond. Je vais au cinéma, je regarde des vieux films l’après-midi. Je voyage peu, sauf au Québec, où je visite des amis. Les voyages, je les ai faits.»

Il a une routine. «Je me lève à 6 h 15 tous les matins, sauf si j’ai enseigné la veille. Je prépare le café de ma conjointe, l’hiver, je déneige la voiture.»

Il est toujours disponible pour des contrats, et ne prend pas comme tel de «vacances», sauf lorsque sa conjointe, qui a toujours un emploi à temps plein, prend les siennes.

«Mais je ne suis jamais complètement à off... comme un salarié.»

Dans la même catégorie