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Ouvrir le dialogue

Elle veut que le suicide de sa fille en évite d’autres

Camille Garnier | Agence QMI

Une mère dont la fille de 14 ans s’est suicidée veut utiliser sa douloureuse expérience pour aider les parents à repérer les signes de mal-être chez leurs enfants.

«L’idée, c’est de transformer le négatif en positif et de continuer à faire vivre ma fille d’une autre façon», explique Karine Pelletier.

Le 11 décembre 2012, cette mère de famille de Longueuil a retrouvé sa fille de 14 ans, Noémie St-Louis, morte dans sa chambre.

Ce drame était la conclusion d’une descente aux enfers, entamée deux ans plus tôt par la jeune Noémie.

«C’est vers 13 ans, quand elle est entrée au secondaire, que les problèmes ont commencé. Elle ne s’intéressait plus aux cours et fréquentait les gangs de l’école», raconte sa mère.

Dépendance

À la même période, Noémie a développé une dépendance pour les boissons énergisantes non alcoolisées.

À l’école, son groupe d’amis et elle en consommaient plusieurs fois par jour, pendant les pauses.

«Quand elle rentrait à la maison, elle était down et se jetait sur le canapé, les yeux à moitié fermés», se souvient Mme Pelletier.

Chicanes

Déjà confrontée à des difficultés scolaires, Noémie St-Louis s’est trouvée dès sa deuxième année de secondaire au centre de chicanes de filles.

«Elle s’est souvent fait intimider et insulter par d’autres filles pour des histoires de garçons, déplore Karine Pelletier. Cela l’affectait énormément et elle se dénigrait en rentrant chez nous.»

Malgré le suivi thérapeutique mis en place par Mme Pelletier autour de sa fille, ce mal-être persistant a fini par conduire Noémie St-Louis à s’enlever la vie.

«Cela a été une période très dure. En plus de sa mort, j’ai dû composer avec les reproches de ma famille qui me tenait responsable.»

Aujourd’hui, Karine Pelletier veut livrer son témoignage pour ouvrir un dialogue entre parents et enfants.

«Certains parents me disent: “Voyons donc, on va pas parler du suicide à notre enfant, on a trop peur qu’il le fasse.” Mais c’est tout l’inverse, en parler cela peut empêcher un jeune de passer à l’acte.»

Elle pense que certains signes permettent de déceler le mal-être d’un enfant.

«S’il se renferme, s’il reste dans sa chambre ou refuse de parler, c’est là qu’il faut aller le chercher», soutient-elle.

Aider les autres

La femme prépare en ce moment une série de conférences sur l’histoire de sa fille. La première aura lieu dans les prochaines semaines à la Maison des jeunes de Longueuil, qui la soutient dans ce projet.

«Après que ma fille s’est suicidée, je me suis dit qu’un jour je trouverai mon réconfort en aidant les autres. Si je peux sauver ne serait-ce qu’une vie, ma mission sera réussie.»

La semaine de prévention du suicide a commencé samedi et se termine le 10 février.

Ouvrir le dialogue et repérer les signes du mal-être

Un spécialiste recommande aux parents de ne pas hésiter à discuter du suicide avec leurs enfants si ces derniers semblent présenter des risques.

«Il faut poser la question directement: “Est-ce que tu penses au suicide ?” dit le directeur de l’Association québécoise de prévention du suicide, Jerôme Gaudreault. Contrairement à ce qu’on peut penser, parler de suicide ne va pas donner l’idée à la personne.»

M. Gaudreault recommande donc aux parents d’être très attentifs aux signes qui peuvent traduire un mal-être chez leur adolescent.

«Il peut y avoir des signes verbaux, des propos comme “bientôt je ne serai plus là” ou “je sais quoi faire”. Cela peut être aussi un changement de comportement, une activité que l’on arrête du jour au lendemain ou une baisse des résultats scolaires.»

Ne pas banaliser

Selon M. Gaudreault, il est essentiel pour les parents de prendre très au sérieux ces signaux et de ne pas les banaliser.

«Il ne faut pas se dire que c’est normal. Aller mal, même lorsqu’on est adolescent, ce n’est jamais normal.»

Interrogé sur l’initiative de Karine Pelletier qui veut partager l’histoire du suicide de sa fille pour sensibiliser parents et adolescents, M. Gaudreault s’y dit plutôt favorable.

«En parler permet de faire en sorte que ce ne soit plus un tabou et nous force à agir. Il ne faut pas oublier qu’au Québec, trois personnes s’ôtent la vie chaque jour.»

Moins de cas chez les jeunes

Si ce chiffre peut impressionner, les dernières données disponibles sur le suicide au Québec, pour 2014, montrent aussi des tendances encourageantes.

C’est notamment le cas en ce qui concerne les jeunes.

Alors qu’il avait atteint un sommet au milieu des années 1990, le taux de suicide des Québécois de 15 à 24 ans a fortement diminué depuis.

Ainsi entre 2012 et 2014, avec 13,2 cas pour 100 000 personnes, les 15-24 ans représentaient la tranche d’âge la plus épargnée par le phénomène après les 10-14 ans.

À l’inverse, le taux le plus élevé concernait les hommes entre 25 et 44 ans (24,6 pour 100 000).

Quel que soit la période, l’âge ou la génération, les hommes se suicident davantage que les femmes.

En 2014, on comptait ainsi trois suicides masculins pour un suicide féminin.

Si vous avez besoin d’aide

Ligne québécoise de prévention du suicide

www.aqps.info

1 866 APPELLE (277-3553)

Jeunesse, J’écoute

www.jeunessejecoute.ca

1 800 668-6868

Tel-Jeunes

www.teljeunes.com

1 800 263-2266

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