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Les infirmières submergées par d’autres tâches

Patrick Bellerose | Agence QMI

Gracieuseté

Les infirmières consacrent seulement la moitié de leur temps de travail à prodiguer des soins, parce qu’elles croulent sous des tâches administratives et des travaux d’entretien ménager qui devraient être accomplis par d’autres corps de métier.

En effet, seuls 53 % de leur quart de travail est consacré à leur champ d’expertise, selon des chiffres fournis par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Une situation qui «n’est pas très souhaitable», dit sa présidente, Lucie Tremblay.

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«Quand on utilise bien l’expertise de l’infirmière, ç’a des résultats positifs pour la clientèle», fait-elle valoir. Elle cite, par exemple, une réduction des erreurs de médicaments, du nombre de chutes et des infections contractées à l’hôpital.

«À l’inverse, quand on sous-utilise les connaissances et les compétences des infirmières, ç’a des répercussions sur la satisfaction au travail, de même que sur le recrutement et la rétention des infirmières», dit la présidente de l’ordre.

CHSLD

Les propos de la présidente de l’OIIQ rejoignent les résultats d’une étude menée par Philippe Voyer, professeur titulaire à la Faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, sur la situation dans les CHSLD.

Celui-ci observait dans une étude publiée en 2016 que les infirmières consacrent 46 % de leur temps de travail à des activités non cliniques.

Les tâches administratives occupent la majeure partie des activités connexes des infirmières en CHSLD. Elles y consacrent 18 % du temps total passé au travail.

Ces activités, écrit le chercheur, «devraient normalement être exercées par une infirmière auxiliaire, un PAB [préposé aux bénéficiaires] ou un autre membre de l’équipe de soins».

Toutefois, à 54 % du temps consacré à leur champ d’expertise, les infirmières ont déjà vu une amélioration par rapport à 2009, alors qu’elles n’y consacraient que 45 % de leur temps de travail.

Tâches connexes

Les infirmières en CHSLD sont responsables de plusieurs étages, souligne Jérôme Rousseau, vice-président, organisation du travail et pratique professionnelle, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

«Donc, elles doivent s’occuper des commandes de matériel, faire la révision des quotas, répondre au téléphone, faire des tâches de secrétariat, énumère-t-il. Ce sont des choses qui n’ont aucun rapport avec les soins cliniques à donner aux patients.»

Les infirmières au travail

Pourcentages du temps de travail consacré aux diverses catégories d’activités en CHSLD

Responsabilités des infirmières:

Activités leader clinique: 22%

Évaluation et suivi: 32%

Activités qui devraient être accomplies par un autre professionnel

Soins techniques: 8%

Activités administratives: 18%

Soins d’assistance: 7%

Entretien ménager: 2%

Activités fonctionnelles: 4%

Temps non attribué: 7%

Source : Voyer, P. (2016) « Pénurie de soins ou pénurie d’infirmières ? », Perspectives infirmières.

Une situation moins prononcée dans les hôpitaux

Le problème des tâches connexes est moins prononcé dans les centres hospitaliers, où les infirmières peuvent compter sur d’autres professionnels, souligne la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le principal syndicat des infirmières du Québec.

«Nous n’avons pas de données précises pour les centres hospitaliers, mais on sait que ça existe quand même», souligne Jérôme Rousseau, vice-président, organisation du travail et pratique professionnelle à la FIQ.

Par exemple, pour un patient confus qui nécessite de la surveillance de la part d’un agent de sécurité, l’infirmière devra «remplir un formulaire, l’envoyer à la coordonnatrice des soins, qui va faire une évaluation». «Ça n’en finit plus, dit Jérôme Rousseau. On est loin des soins au patient dans ces situations-là.»

La situation varie beaucoup selon les établissements. Une infirmière de la Rive-Sud de Montréal, qui a requis l’anonymat, estime que 50 % de son temps est consacré à des tâches qui ne relèvent pas de son champ d’expertise. «Je n’ai jamais vu un milieu de travail aussi désorganisé», lance-t-elle.

«Les appareils à signes vitaux qui n’enregistrent pas les données, raconte-t-elle, si bien que l’on doit noter les données sur des post-it et ensuite aller les retranscrire dans les dossiers au poste.»

Solutions

Pour l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, le ministère de la Santé doit mieux évaluer les besoins des patients afin de créer des équipes de soins «optimales». «Ainsi, on pourra utiliser le plein talent de tout le monde, parce qu’on veut que les infirmières se consacrent à donner des soins infirmiers», dit-elle.

De son côté, pour le représentant de la FIQ, la solution passe par l’ajout d’infirmières. «Lorsqu’un patient a une complication, l’infirmière doit être là, il n’y a personne d’autre qui peut le faire», souligne-t-il.

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