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Bureau d'enquête

L’ex-numéro deux de l’UPAC poursuit Québec pour 2 M$

Jean-Louis Fortin et Félix Séguin

L’ex-numéro deux de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Marcel Forget, poursuit le gouvernement du Québec pour 2 M$, car il estime avoir été congédié illégalement.

M. Forget, qui occupait le poste de Commissaire associé aux vérifications, a quitté l’UPAC le 30 novembre 2017 après que notre Bureau d’enquête ait révélé qu’il aurait agi comme intermédiaire pour l’achat d’actions de la controversée entreprise Newtech dans les années 1990 et 2000, en même temps qu’il était officier de la Sûreté du Québec (SQ).

Cinq policiers ou ex-policiers ont affirmé avoir acheté des actions de Newtech par l’intermédiaire ou à la recommandation de M. Forget, qui n’avait pas de permis de courtier. Deux d’entre eux ont même dit avoir donné des chèques directement à M. Forget, au siège social de la SQ.

Newtech vendait un concept de frein supposément révolutionnaire, mais qui n’a finalement jamais été commercialisé.

Dans la poursuite qu’il a déposée hier après-midi en Cour supérieure, Marcel Forget affirme que les allégations publiées dans «Le Journal de Montréal» sont «fausses, mensongères et tendancieuses». Il soutient qu’elles sont «insuffisantes (...) pour établir l’existence d’une fraude».

«Deux minutes» pour y penser

L’ex-officier de police affirme que c’est sous la menace que son patron l’a contraint de démissionner. André Fortier, secrétaire général associé aux emplois supérieurs, l’aurait ainsi appelé le 30 novembre dès 9 h 40, dans les heures suivant la parution du «Journal de Montréal».

Il aurait alors dit à Marcel Forget «qu’il serait mieux pour la suite de sa carrière qu’il démissionne», et «qu’à défaut de démissionner, le Gouvernement allait le “destituer” et qu’il trouverait des motifs pour motiver cette décision», lit-on dans la poursuite.

«M. Fortier ajoute que M. Forget a “deux minutes” pour y penser, le ministre de la Sécurité publique, M. Martin Coiteux, étant sur le point de donner un point de presse où le départ de M. Forget sera annoncé et qu’il serait mieux d’annoncer une démission qu’une destitution», poursuit la requête introductive d’instance.

«De fait, c’est contre son gré et placé dans une position intenable que M. Forget annonce qu’il enverra sa démission», indique la missive, précisant que le numéro 2 de l’UPAC était alors «en état de choc».

Lettre de démission

Vers 11 h, le patron de l’UPAC Robert Lafrenière aurait ensuite contacté Marcel Forget pour lui demander d’envoyer sa lettre de démission formelle. Sans attendre d’avoir reçu le document, M. Lafrenière aurait alors annoncé la démission de son numéro deux au personnel de l’UPAC.

À l’UPAC, Marcel Forget était responsable de la vérification de l’intégrité des entreprises qui font affaire avec l’état, et gagnait un salaire annuel d’environ 150 000 $.

Dans un communiqué, l’UPAC avait annoncé que M. Forget avait préféré se retirer «afin de ne pas nuire à l’organisation», et qu’«aucun acte illégal n’est reproché à M. Forget».

Lu dans la poursuite

«Il est manifeste que le Gouvernement n’a pas laissé de choix à M. Forget. Il s’agit donc clairement d’une démission forcée qui n’a pas été librement donnée et donc d’un congédiement déguisé.»

«En fait, M. Forget est le bouc émissaire d’une crise qui perdurait à l’UPAC et au ministère de la Sécurité publique depuis plusieurs mois, le Gouvernement ayant choisi de le congédier dans le seul but de sauver les apparences.»

«La conduite abusive du Gouvernement et le harcèlement psychologique exercé par M. Fortier ont eu des conséquences sérieuses sur la santé physique et psychologique de M. Forget.»

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