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Pénurie de main-d’œuvre au Québec

Les dirigeants d’entreprise sont à bout de souffle

Diane Tremblay | Agence QMI

Gracieuseé

Le président d’Érablières des Alleghanys de Saint-Pacôme, dans le Bas-Saint-Laurent, près de La Pocatière, porte plusieurs chapeaux. En plus de gérer sa PME, Sylvain Lalli doit conduire des camions pour aller chercher le sirop d’érable chez ses fournisseurs.

La taille de l’entreprise lui permet encore de délaisser de temps en temps le fauteuil de président pour aller sur le terrain, mais l’homme d’affaires avoue que la situation n’est pas idéale.

«Oui, je porte plusieurs chapeaux. Peut-être un peu trop. Je roule en moyenne 60 000 km par année. C’est secondaire à mes tâches de président», lance-t-il d’emblée.

«La pénurie de main-d’œuvre, c’est catastrophique. Par contre, je suis chanceux, car je suis entouré de ma famille, avec ma conjointe, mes trois enfants, mes deux gendres et mes neveux qui viennent à l’occasion. Ça arrive que le personnel de bureau descende dans l’usine. On n’a pas le choix», raconte M. Lalli.

L’entreprise du Bas-Saint-Laurent, qui transforme six millions de bouteilles de sirop d’érable par année, exporte 99 % de sa production en Europe et au Japon. Pour se donner un peu de souffle, M. Lalli aurait besoin de 10 travailleurs, mais il n’en trouve pas. L’entreprise emploie déjà 33 personnes.

L’enjeu numéro 1

«Si on avait plus de main-d’œuvre, notre chiffre d’affaires serait plus élevé. On est bloqués», déplore le président de l’entreprise.

La pénurie de main-d’œuvre est le principal défi de l’industrie agroalimentaire, reconnaît Sylvie Cloutier, la PDG du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ).

«On a un million de lignes à l’eau, mais ça ne règle pas le problème. Il n’y en a pas, de main-d’œuvre. La problématique est encore plus grave en région», lance-t-elle.

«En fait, plus le temps passe, pire c’est. Les demandes des consommateurs changent et on doit investir beaucoup en innovation, mais le manque de main-d’œuvre limite le type d’interventions qui doivent être faites par les transformateurs pour suivre la cadence.»

Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA) anticipe que 10 600 postes risquent de demeurer non pourvus en 2025, ce qui créera des pertes de revenus de l’ordre de 375 millions $ pour l’économie québécoise.

Compétition féroce

«C’est difficile d’embaucher, particulièrement en Beauce, où l’on a un tissu très manufacturier. On sent une forte concurrence pour la main-d’œuvre», dit de son côté Thomas Quirion, directeur des ressources humaines aux Industries Bernard, qui est un des plus importants transformateurs de sirop d’érable du Québec avec 80 employés.

«Non seulement il faut attirer la main-d’œuvre, mais il faut la retenir», ajoute M. Quirion.

Même son de cloche du côté du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui se vide de ses jeunes au profit des grands centres comme Québec et Montréal.

«Faire du désherbage, ça les intéresse moins. On n’échappe pas à la pénurie. Soit on embauche de la main-d’œuvre étrangère, soit on robotise. On a des budgets pour moderniser nos équipements, mais on ne peut pas mettre 20 M$ d’un coup», dit Jean-Pierre Senneville, le président de l’entreprise Les Bleuets sauvages qui compte plus de 500 employés dans ses cinq usines.

La «marque employeur»

Selon M. Quirion, la «marque employeur» est devenue une nécessité. Pour se démarquer, les entreprises doivent avoir une bonne réputation, offrir de bonnes conditions de travail et être attrayantes sur les réseaux sociaux.

Plusieurs entreprises ont compris la «game». Depuis juillet dernier, Olymel a réussi un tour de force en embauchant 955 personnes, principalement au Québec. D’après Louis Banville, vice-président des ressources humaines, il reste encore 500 postes à pourvoir. C’est sans compter les besoins à venir à Yamachiche, où Olymel fait un investissement de 110 millions $ pour agrandir l’usine.

Pour arriver à pourvoir tous ces postes, Olymel a complètement revu sa stratégie de recrutement. Malgré le fait que 77 % de la main-d’œuvre provient d’un rayon de 50 km autour de ses établissements, Olymel n’a pas d’autre choix que de se tourner vers des travailleurs étrangers temporaires.

Elle s’apprête d’ailleurs à accueillir 119 travailleurs de l’île Maurice à son usine de Vallée-Jonction.

Répartition des emplois dans le secteur bioalimentaire au Québec

497 710 travailleurs au Québec dans l’industrie bioalimentaire (qui comprend les pêches)

11% en agriculture

13% à la transformation

25% au magasin d’alimentation

44% à la restauration et aux débits de boissonsCoup d’œil sur l’industrie agricole du Québec en 2025

73 400 travailleurs nécessaires

23 % de la main-d’œuvre partie à la retraite

10 600 emplois qui risquent de demeurer non pourvus

Source : Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture

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