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Jeune autochtone abattu

Les interventions du gouvernement Trudeau jugées malavisées et dangereuses

Maxime Huard | Agence QMI

En laissant entendre que justice n’avait pas été rendue dans l’affaire Colten Boushie, les interventions publiques de Justin Trudeau et trois de ses ministres font du tort au système judiciaire, déplorent des experts.

«Ce n’est pas le rôle des ministres de mettre de l’huile sur le feu et d’attaquer la décision d’une cour», a critiqué le docteur en droit constitutionnel Frédéric Bérard. Il y voit une violation de la séparation des pouvoirs qui mine la confiance du public envers les tribunaux.

Le Saskatchewanais Gerald Stanley a été acquitté, vendredi soir, du meurtre de Colten Boushie, un jeune autochtone de 22 ans. La décision du jury a soulevé un tollé sur les médias sociaux et dans les communautés autochtones.

À la suite du verdict, la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, et les deux ministres chargées des affaires autochtones, Carolyn Bennett et Jane Philpott, ont partagé leur déception.

«En tant que pays, nous pouvons et nous devons faire mieux», a écrit la ministre Wilson-Raybould sur Twitter, des propos auxquels ont fait écho ses deux collègues, ainsi que le premier ministre Justin Trudeau en point de presse samedi à Los Angeles.

«Les Canadiens autochtones et non-autochtones savent que nous devons faire mieux», a-t-il affirmé.

Compassion mal placée?

M. Trudeau a pris soin, samedi et lundi, de dire qu’il ne commentait pas le cas précis de Colten Boushie, mais bien le système en général. Ses trois ministres ont également défendu leurs interventions, parlant de compassion pour la famille de la victime.

Or, en désavouant la décision du jury, l’élan de compassion des politiciens pourrait nuire à la famille si la cause va en appel, selon le professeur à la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Maxime St-Hilaire.

«Des ministres se sont exprimés publiquement en traitant l’accusé comme un coupable. Ça pourrait amener une cour d’appel à ordonner un arrêt des procédures», a-t-il analysé.

Ancien bâtonnier, le bloquiste Rhéal Fortin estime que le gouvernement aurait dû défendre le système de justice. «Laisser entendre que la décision du jury n’est pas la bonne, c’est maladroit et dangereux», a-t-il déploré.

Le porte-parole conservateur en matière de Sécurité publique, Pierre Paul-Hus, s’est contenté de dire que son parti respectait la décision des tribunaux.Certains de ses collègues, dont la critique en matière d’affaires autochtones Cathy McLeod, avaient toutefois critiqué le cabinet Trudeau durant la fin de semaine sur les réseaux sociaux, condamnant une «ingérence politique».

De l’avis contraire, l’élu néodémocrate Charlie Angus juge que les politiciens ont le devoir de réagir face à une «injustice systémique» qui laisse continuellement tomber les communautés autochtones.

La famille à Ottawa

Tant le Nouveau Parti démocratique que la famille de Colten Boushie réclament une révision du processus de sélection des jurés qui a mené douze personnes blanches à acquitter un homme blanc.

Le fédéral s’est dit ouvert à améliorer ce processus à l’avenir, sans préciser ses intentions.

Les proches de la victime ont rencontré les ministres Bennett et Philpott lundi à Ottawa. Ils rencontreront mardi le premier ministre, ainsi que les ministres de la Justice et de la Sécurité publique.«Nous sommes ici pour bâtir des relations.

Ces réunions ne sont qu’un début pour réparer l’injustice», a indiqué la cousine de la victime, Jade Tootoosis.

Leur avocat, Chris Murphy, espère que la Couronne portera la décision en appel. Il ne croit pas que les procédures à venir seront entachées par les propos des membres du gouvernement.«Personne n’essaie d’interférer.

C’est au ministère de la Justice de la Saskatchewan de décider s’il fait appel ou non», a-t-il déclaré.

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