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Moins de budget

Le vidéoclip, toujours vivant au Québec

Marc-André Lemieux | Agence QMI 

Le vidéoclip est loin d’être mort au Québec. Lancées tour à tour au cours du dernier mois, les récentes propositions de Patrice Michaud, Charlotte Cardin, Cœur de pirate et Lulu Hughes réitèrent la pertinence d’un moyen d’expression que plusieurs croyaient en voie d’extinction.

L’exemple de Patrice Michaud montre bien comment, en 2018, un vidéoclip peut encore servir de formidable outil de promotion. Réalisé et scénarisé par Yan England, «La saison des pluies» a été vu plus de 1 700 000 fois sur Facebook depuis sa mise en ligne le 14 janvier. Mettant en vedette les comédiens Bianca Gervais et Jonathan Charbonneau, le court-métrage musical brosse le touchant portrait d’une femme qui revisite en pensée les beaux – et moins beaux – moments qu’elle a vécus avec son conjoint avant qu’un cancer vienne chambouler leur destinée.

Le clip de cinq minutes a tellement fait de bruit qu’en plus de propulser la chanson au sommet du palmarès des simples les plus vendus sur iTunes, il a réussi à catapulter le dernier opus de Michaud, «Almanach», au numéro 1 du classement des albums les plus téléchargés.

«Je suis complètement abasourdi, déclare Patrice Michaud au ¨Journal de Montréal¨. J’ai des milliers et des milliers de commentaires à lire sur Facebook. C’est incroyable.»

L’arrivée d’un vidéoclip aussi ambitieux et élaboré relève de l’exploit, puisque l’an dernier, le Fonds Remstar, destiné au financement des vidéoclips, a disparu en raison des nouvelles politiques du CRTC. En renouvelant les licences de MusiquePlus et MusiMax, l’organisme public a cessé d’obliger ces chaînes à diffuser des clips. Cette décision a entraîné la mort du fonds.

Depuis, les maisons de disques ont trouvé d’autres moyens d’aller chercher des sous pour produire des vidéoclips, notamment en recourant au Fonds RadioStar, qui concerne la mise en marché des albums.

«Des petits miracles»

Mais n’empêche. Les budgets, qui pouvaient autrefois avoisiner les 25 000 $ par clip, ont chuté radicalement. On tente dorénavant de pallier ce manque d’argent en misant sur l’enthousiasme des artisans, souligne Gabrielle Côté-Aubin, chargée de projets chez Dare to Care Records, la maison de disques de Cœur de pirate. Cette dernière vient d’ailleurs de lancer le vidéoclip de «Prémonition», le premier extrait d’un album à paraître cette année.

«On doit recruter des gens passionnés qui sont capables de faire des petits miracles avec peu», indique Mme Côté-Aubin.

«Personne n’a compté ses heures, souligne Yan England à propos du travail requis pour produire le clip de Patrice Michaud. Les budgets sont très, très limités... pratiquement inexistants.»

Les vivres ont beau avoir été coupés, le vidéoclip continue de revêtir une grande importance pour des artistes comme Cœur de pirate, qui rallie un public jeune qui découvre beaucoup de musique sur internet, souligne Gabrielle Côté-Aubin. «C’est important de pouvoir se démarquer sur YouTube.»

Charlotte Cardin, qui fait voyager sa musique en offrant des clips léchés, vit sensiblement la même chose. Tourné en noir et blanc par Kristof Brandl, son plus récent clip, «The Kids», brosse le touchant portrait d’un petit garçon élevé par deux parents toxicomanes, campés par Mylène Mackay et Francis La Haye. En moins de trois semaines, la vidéo a enregistré 67 000 visionnements sur YouTube.

Populaire

Le clip peut également permettre à des artistes sans contrat de disques comme Lulu Hughes de tirer leur épingle du jeu. La chanteuse a récemment lancé la vidéo d’«On ne s’aime plus», entièrement tournée sur son iPhone lors d’un voyage en Irlande. En moins d’une semaine, l’extrait réalisé par Martin Daigneault a été visionné à 69 000 reprises sur Facebook.

«J’ai fait des clips à 25 000 $ qui n’ont jamais joué à MusiMax ou MusiquePlus, dit la chanteuse au ¨Journal de Montréal¨. Les gens ont encore envie de voir des clips. Ce sont les règles du jeu qui ont changé.»

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