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Prochain budget fédéral

Une aide d'urgence réclamée pour la presse écrite

Maxime Huard

 - Agence QMI

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

«Crise sans précédent», «point de non-retour», «péril en la demeure»... Des intervenants du monde des médias ont imploré mercredi le gouvernement Trudeau d’accorder une aide substantielle à la presse écrite dans son prochain budget.

«On a beaucoup plus à perdre en laissant des salles de nouvelles fermer, qu’en refusant d’intervenir», a plaidé la présidente de la Fédération nationale des communications (FNC), Pascale St-Onge, en point de presse à Ottawa.

L’organisation syndicale, qui a lancé à l’occasion de la Saint-Valentin une journée d’action pour l’amour de l’information, déplore que 43 % des emplois liés à la presse écrite ont disparu au Québec de 2009 à 2015.

Le groupe chiffre à 270 millions $ l’aide annuelle que le fédéral devrait octroyer à la presse écrite au pays, et ce, sous la forme d’un crédit d’impôt sur la masse salariale. Il demande également l’élargissement du Fonds du Canada pour les périodiques, qui soutient les magazines et les journaux non-quotidiens.

Le fédéral inflexible

Le prochain budget fédéral sera déposé dans deux semaines, le mardi 27 février. D’ici là, le ministère des Finances refuse de spéculer sur les mesures précises qui s’y trouveront.

De son côté, la ministre du Patrimoine Mélanie Joly a répété mercredi, comme elle le fait depuis des mois, que le gouvernement est ouvert à aider les médias locaux et à soutenir la transition vers le numérique, sans toutefois financer des modèles qui ne sont plus viables.

Au lieu de prioriser les Netflix, Google et Facebook qui refusent de se soumettre aux lois fiscales canadiennes, Ottawa devrait traiter la presse écrite comme un service public essentiel, estime le regroupement.

«L’approche du gouvernement face aux géants du web nous mystifie», a commenté l’ancien journaliste et directeur principal chez TACT Intelligence-conseil, Vincent Marissal.

Le FNC souhaite remettre au gouvernement une lettre signée par plus de 7000 citoyens. Le document, publié dans les médias en novembre, demandait au fédéral «des mesures urgentes afin d’assurer l’avenir d’une information journalistique de qualité au pays».

Il est parfaitement possible pour le gouvernement de soutenir la presse écrite sans miner son indépendance, a argué le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Stéphane Giroux, rappelant que la pratique était courante dans les pays européens.

Le député néodémocrate Pierre Nantel a jugé «déplorable» l’attitude du fédéral par rapport aux médias d’ici alors «qu’il offre un accès privilégiés aux géants du web et à leurs lobbyistes». «Le journalisme à besoin de notre soutien, peu importe la plateforme», a-t-il fait valoir.

La sortie du groupe survient au lendemain de l'abolition de 13 postes au «Toronto Star», quotidien appartenant à Torstar. Le président du conseil d'administration du groupe de presse, John Honderich, a d'ailleurs expliqué en entrevue au quotidien «The Globe and Mail» que son entreprise luttait pour son existence.

Confiance en hausse

Malgré l’incertitude qui menace les salles de nouvelles, les médias jouissent d’une bonne cote de confiance au sein de la population canadienne, constate un sondage publié mercredi.

Dans son enquête annuelle intitulée le Baromètre de la confiance, la firme de relations publiques Edelman a noté une hausse de 10 % de la confiance envers les médias chez les citoyens.

Cette année, 61 % des personnes sondées ont rapporté faire confiance aux médias, contrairement à 51 % l’an dernier. La confiance envers les journalistes, elle, se situe à 43 %, une augmentation de 17 % par rapport à l’an dernier.

L’étude a été réalisée en ligne du 28 octobre au 20 novembre 2017 auprès de 1500 Canadiens.