/news/society

Réaction de la Corporation des thanatologues

Peut-on disposer du corps d'un proche comme on le veut?

TVA Nouvelles

Un homme a quitté l’hôpital de Châteauguay avec le cadavre de son père, cette semaine, afin de répondre aux dernières volontés de celui-ci. Il voulait l’enterrer avant le coucher du soleil.

La directrice de la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ), Annie St-Pierre, répond aux questions de Denis Lévesque concernant les implications légales d’un tel geste pour le moins inusité.

L’homme qui l’a posé se dit autochtone et affirme avoir respecté ses croyances. «Nous en sommes à conduire avec le corps de mon père. Je ferais n’importe quoi pour mon père», a-t-il dit dans une vidéo le montrant à bord de son véhicule et qu’il a publiée sur Facebook. Il ajoute qu’il compte le «libérer de ce monde de la façon dont ça doit se faire. Je me fous du reste», lance-t-il.

«Légalement parlant, on était en présence de ce qu'on appelle un chevauchement de loi et de règles. Ce que dit la loi au Québec présentement, la nouvelle loi 66 sur les activités funéraires qui est sanctionnée par le gouvernement, c’est que le transport d'une personne défunte doit être fait obligatoirement par une entreprise funéraire», souligne Mme St-Pierre sur le plateau du populaire animateur de LCN.

Il faut comprendre que le but de la loi, insiste-t-elle, «est de protéger la santé publique, donc d'éviter de contourner les risques de contamination par des personnes défuntes...Si quelqu'un décède d'un virus ou quoi que ce soit, il faut éviter la propagation.»

Le corps du défunt a d’abord été transporté à l’hôpital en ambulance en fin de journée mardi. Les membres de la famille souhaitaient obtenir un constat de décès pour ensuite repartir avec le corps. Toutefois, le centre hospitalier a refusé, puisqu’il a l’obligation légale de remettre le corps à une entreprise funéraire accréditée.

Puis, c’est la loi sur l'inhumation et exhumation de personnes défuntes qui vient encadrer la façon dont on peut disposer du corps d’un proche.

«Cette loi-là dit que le corps d'une personne défunte doit être obligatoirement enterré dans un cimetière reconnu par la loi, souligne la directrice de la CTQ. Donc, on ne peut pas en disposer malheureusement comme bon nous semble. En plus, si la personne était enterrée, elle doit être enterrée dans un cercueil.» Tout cela vise à protéger contre la contamination.

Mais qu’advient-il lorsque quelqu’un exprime dans son testament, comme dernières volontés, qu’il veut être inhumé en montagne, par exemple, près de son chalet? Tant qu’il s’agit des cendres, il n’y a pas de problème, poursuit Mme St-Pierre.

«Les cendres n'ont aucun statut légal, précise-t-elle. C'est-à-dire que présentement au Québec, on peut disposer des cendres humaines comme on le veut.» Envie de disperser les cendres d’un parent dans l’océan? Aucune interdiction n’existe en ce sens.

Dans un monde où différentes cultures et différentes croyances se côtoient de plus en plus, serait-il approprié d’adapter les lois afin qu’elles reflètent davantage cette évolution? Bref, l’Autochtone qui a posé ce geste lance une question que notre société devra débattre tôt ou tard: est-ce qu'il ne devrait pas avoir le droit de faire ce qu'il veut avec le corps de son père?

«Malheureusement, au niveau de la protection de la santé publique, on pourra en débattre avec l'Institut national de la santé publique, mais au Québec, présentement, ce règlement fait en sorte qu'on ne peut pas disposer d'un corps comme on le veut», conclut Annie St-Pierre.

Rappelons que la police a ouvert une enquête sur cette situation hors du commun afin de déterminer si des accusations pourraient être portées contre l’homme.

Dans la même catégorie