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Une vingtaine de locataires

Expulsés à la dernière minute de leurs immeubles insalubres

Benoît Philie - Agence QMI

CHANTAL POIRIER / AGENCE QMI

Craintifs, en colère et ne portant parfois qu’un simple sac à la main, une vingtaine de locataires ont attendu jusqu’à la dernière minute jeudi avant d’évacuer leurs immeubles jugés insalubres par la Ville de Montréal.

« C’est révoltant... Nous avons eu trois semaines pour partir. Nous avons demandé un délai jusqu’à la fin du mois, mais la Ville ne veut pas », a lancé Steven Latimer, la gorge nouée, en quittant le logement du quartier Pointe-Saint-Charles où il vit depuis plus de 10 ans.

L’homme dans la cinquantaine restera chez un ami en attendant de trouver un endroit où habiter dans le même secteur.

« J’ai cherché, mais c’est difficile à ce temps-ci de l’année », a-t-il dit, la mine basse.

Lori Ann Gross raconte pour sa part avoir été induite en erreur par le propriétaire des immeubles, Robert Spiro Zaphiratos.

« Il m’a dit de ne pas m’inquiéter et que personne n’aurait à quitter, mais aujourd’hui, je n’ai nulle part où aller, peste-t-elle. Je suis furieuse, car il nous a loué ces appartements en sachant que nos vies étaient en danger. »

La Direction de l’habitation a fait parvenir des lettres aux résidents de deux bâtiments de l’arrondissement du Sud-Ouest appartenant au même propriétaire, début février, les avisant qu’ils avaient jusqu’au 22 février à midi pour quitter les lieux.

Insalubres et dangereux

Selon les inspecteurs, les issues de secours des appartements situés sur les rues du Centre et de Châteauguay ne sont pas conformes. Divers problèmes d’insalubrité ont aussi été notés depuis 2011. Or, la Ville n’a décidé d’agir que tout récemment.

« Nous avons travaillé dans les meilleurs délais pour faire en sorte que les locataires ne soient pas en danger. L’avis de trois semaines est le temps légal donné dans de telles circonstances », a indiqué le porte-parole de la Ville, Philippe Sabourin.

Le propriétaire a tenté de faire annuler la décision devant un juge cette semaine, sans succès. Celui-ci n’a pas rappelé Le Journal.

Réunis devant l’un des immeubles jeudi, des organismes communautaires locaux ont pour leur part déploré le court délai accordé pour évacuer.

« C’est inacceptable, sans compter que la Ville n’a même pas communiqué avec les intervenants du milieu », a dit le chargé de projet chez Action-Gardien, Cédric Glorioso-Deraiche.

Logés à l’hôtel

Selon lui, certains locataires sont aux prises avec des problèmes de santé mentale et sont très vulnérables.

Seuls trois des 19 locataires avaient trouvé un nouvel appartement permanent jeudi avec l’aide de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM). Quelques autres se sont débrouillés seuls pour dénicher un nouveau toit.

Une dizaine d’évincés seront pour leur part hébergés dans un hôtel pour les quatre prochains jours. L’OMHM assure que ces personnes seront prises en charge le temps qu’il faudra pour leur trouver un nouveau logis.

Les immeubles seront barricadés jusqu’à ce que le propriétaire entreprenne des travaux correctifs. Les locataires pourront récupérer leurs biens en temps et lieu.