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Marina de Repentigny

Sur leur bateau 12 mois par année

Geneviève Quessy | Agence QMI

GENEVIÈVE QUESSY/JOURNAL DE MONTRÉAL

Trois hommes passent l’hiver dans leurs voiliers pris dans la glace à la marina de Repentigny. Une situation normale pour eux, mais qui attire les regards.

Marc Girard, 49 ans, Sébastien Mignault, 41 ans, et Jean-Paul Deschamps, 69 ans, ont chacun un voilier sur lequel ils ont décidé de vivre toute l’année, hiver compris.

Un choix de vie marginal qui permet d’économiser, mais qui suscite bien de l’étonnement.

«Les gens se demandent comment on fait, si c’est dangereux, si on a froid. En fait, ce qui est le plus difficile à vivre dans notre aventure, c’est justement de faire face aux préjugés. Certains nous prennent pour des squatteurs», dit Marc Girard, qui vit depuis quatre ans sur son bateau de 45 pieds, le Buddy Joe.

Sébastien Mignault et Marc Girard devant le Buddy Joe. Ils vivent sur un voilier pris dans la glace à Repentigny.

Ce choix revient beaucoup moins cher qu’un loyer. Par exemple, pour un bateau de 30 pieds, il en coûte 1650 $ par année à la marina de Repentigny.

«Comme tous les plaisanciers, on paye pour louer notre emplacement à la marina. On est des locataires», dit Sébastien Mignault.

40 ans sur le bateau

Jean-Paul Deschamps est surnommé l’Amiral par ses amis. En tout, il a passé 40 ans sur son bateau à plein temps. Les préjugés, il connaît aussi.

«Disons que ce n’est pas facile avec les femmes. Elles sont rares, celles qui acceptent de nous visiter sur notre bateau», dit-il.

Pourtant, selon eux, il n’y a pas grand-chose qui différencie leur train de vie de celui des citoyens ordinaires.

«J’ai une adresse et chaque matin, je vais travailler. Le soir quand je rentre, je chauffe le poêle, je regarde les nouvelles, et puis je me couche», relate Marc Girard, qui est préposé dans une SAAQ.

Leurs bateaux sont branchés à l’électricité. Ils ont accès au WiFi et aux douches de la capitainerie et peuvent aller y remplir leurs bidons d’eau. Loin d’être isolés, ils disent au contraire avoir une vie sociale intense.

«On est en plein centre-ville de Repentigny, ici. Et puis, c’est comme un petit village avec nos bateaux et les cabanes de pêche sur glace. Les fins de semaine, il y a plein de gens. On s’est fait une patinoire et on fait souvent des partys. Comme à Noël, on a fait de la dinde, des tourtières, chacun avait son arbre de Noël sur le pont, et on a fait des feux d’artifice», relate Marc Girard.

Endroit idéal

Le bassin de la Marina de la Rive-Nord est idéal pour y maintenir un bateau à l’eau pendant l’hiver.

«Il n’y a pas beaucoup de courant et les marées sont faibles. Ça fait qu’on est protégé des vagues.»

Comme la glace fond tout autour des bateaux chauffés, pas de danger qu’ils subissent des dommages par la glace.

«La navigation d’hiver, c’est pas compliqué. Tu chauffes ton poêle, tu prends un petit coup, pis tu te fais à manger», résume Marc Girard.

«Le plus chiant, c’est quand t’as plus de propane et que tu dois aller en chercher en urgence dans une tempête de 30 cm, mais à part ça, c’est relax», ajoute Sébastien Mignault.

Après quatre décennies sur son bateau, Jean-Paul Deschamps ne voit plus l’hiver comme un défi. Mais il rêve quand même au printemps.

«J’ai hâte que l’hiver soit derrière. Passer une moppe sur le pont, mettre le moteur en marche, entendre son ronron et... partir.»

4 qualités pour vivre sur un bateau l’hiver

- Avoir le pied marin

- Ne pas avoir peur des défis

- Apprécier la vie communautaire

- Savoir respecter l’intimité des autres