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TVANouvelles.ca fait le test

À vélo à travers les dangereux nids-de-poule montréalais

Geneviève Paradis | TVAnouvelles.ca

Les nids-de-poule causent bien des maux de tête aux automobilistes et autres usagers de la route. Pourtant, pour les cyclistes, qui doivent zigzaguer parmi ces cratères, rues crevassées et cahoteuses, la réalité peut être bien plus dangereuse.

TVANouvelles.ca a enfourché un vélo et fait le test en se promenant à travers les rues de Montréal pour prendre le pouls de la situation.  

Des rues des quartiers Ville-Marie, Plateau-Mont-Royal et Petite-Patrie ont été testées.  

Constatations : les rues les plus empruntées par les voitures et par les autobus de la Société de transport de Montréal (STM) sont les plus endommagées.

Toutefois les artères importantes où la chaussée a été refaite récemment sont nettement moins endommagées, même si des petits nids-de-poule sont visibles.

Par ailleurs, des petites rues moins fréquentées par les automobiles peuvent aussi être très endommagées, probablement en raison de la chaussée qui a atteint sa durée de vie utile.

La chaussée est également fortement abîmée dans des endroits où l’achalandage de véhicules est plus élevé, où l’on remarque plusieurs arrêts et départs, par exemple des débarcadères, ou arrêts d’autobus.

Danger pour les cyclistes

Selon plusieurs cyclistes montréalais, et selon notre essai routier, difficile d’éviter un nid-de-poule sans se mettre en danger.

capture d'écran | TVA Nouvelles

capture d'écran | TVA Nouvelles

«Souvent, les nids-de-poule sont à droite de la chaussée, comme les vélos. On est pas mal obligés de se déporter sur la gauche pour les éviter, ce qui est dangereux... On risque de se faire taper par une auto. Si on en prend un, il y a pas mal de chance de tomber... Tomber à proximité des autos, c'est pas mal dangereux aussi», commente Sophie Lallemand, membre d’un groupe de cyclistes sur les réseaux sociaux.

Même son de cloche pour Nathalie Hurtubise, également cycliste à l’année, qui souligne que la conduite à vélo demande déjà beaucoup d’attention et d’énergie pour avoir en plus à se soucier des trous sur la chaussée.

« Mais avec les routes catastrophes qu'on a, suffit de lever la tête un moment pour taper fort dans le 78e nid-de-poule qu'on n'a pas pu éviter, car pas vu, car on regardait ailleurs, genre le trafic, ce qui vient, les portières qui s'ouvrent, les gens qui traversent entre chars... Bref, il y en a tellement que c'est un travail de chaque seconde que de naviguer entre les trous et les crevasses», ajoute-t-elle.

Geneviève Paradis | TVAnouvelles.ca

Geneviève Paradis | TVAnouvelles.ca

Pour Suzanne Lareau, PDG de Vélo-Québec, la problématique des nids-de-poule au Québec et plus précisément à Montréal, touche tout le monde. Toutefois, le risque pour les cyclistes est beaucoup plus grand avec des blessures en conséquence.

«Si à vélo on rentre dans un gros nid-de-poule, on peut carrément chuter et avoir des blessures légères ou graves. Deuxième chose, pour éviter les nids-de-poule, on est obligés de zigzaguer, alors c’est vrai que ça peut-être agaçant pour un automobiliste qui nous suit, mais si on le fait ce n’est pas par plaisir, mais par choix de contourner un nid-de-poule», détaille Mme Lareau.

Entretien des pistes cyclables

Par ailleurs, la pluie peut cacher les nids-de-poule et réserver de bien mauvaises surprises aux cyclistes.  «Je dis souvent: ne roulez pas dans les flaques d’eau, vous ne savez pas ce qu’il y a en dessous. (Le nid-de-poule) rend la circulation assez difficile. Il y a des rues que je n’emprunte plus à Montréal tellement elles sont dégradées», assure la PDG de Vélo-Québec.

Elle souhaite que la Ville mette plus d’énergie à l’entretien du réseau cyclable.

«J’aimerais voir un peu plus d’attention aux voies cyclables, il y a des voies cyclables en très mauvais état et ça fait plusieurs années qu’on lève le drapeau et qu’on demande de refaire l’asphaltage et que ce n’est pas fait», exemplifie Mme Lareau.

«On veut développer de nouvelles voies cyclables, mais l’entretien des voies existantes est aussi extrêmement important.»

Toujours plus gros et nombreux

Pour plusieurs observateurs de la route, les nids-de-poule sont toujours plus nombreux d’année en année, et toujours plus profonds. Les cyclistes admettent toutefois que les réparations, même si elles ne sont pas toujours optimales, sont effectuées assez rapidement cette saison.

Ce que confirme la Ville de Montréal à travers la voix de son porte-parole, Philippe Sabourin.

Nids-de-poule - photo Stéphane Richer

Stéphane Richer

«45 % des rues de la métropole sont en mauvais ou en très mauvais état. (...) Depuis le 1er janvier 2018, et grâce à 14 machines automatisées, plus de 45 000 nids-de-poule ont été colmatés».

Ce chiffre dépasse celui de l’année passée à pareille date, où 35 000 nids-de-poule avaient été réparés par les machines automatisées, affirme le porte-parole.  

La désuétude de plusieurs rues dont la chaussée est arrivée à sa fin de vie n’aide en rien la multiplication de cratères. Certaines rues sont qualifiées de «champs de mines», par les utilisateurs.

«L’idée c’est que tu n’auras pas de nid-de-poule si ta surface est scellée. Le problème du nid-de-poule, c’est une infiltration d’eau dans le sol, qui gonfle avec le gel et qui dégonfle avec le dégel. On va y arriver à moyen terme», assure Philippe Sabourin. 

La Ville prévoit continuer la réfection de nombreuses rues et artères, et a pour objectif de refaire la chaussée sur 415 km de rues en 2018. En 2017, 270 km de rues avaient été refaits, sur un réseau de plus de 4000 km.

Bris mécaniques

Les cyclistes, un peu comme les automobilistes, doivent également composer avec les bris mécaniques causés par des crevasses sur la chaussée.

Du lot des problèmes rapportés, les crevaisons sont assez fréquentes, et les roues voilées, sont du lot.

Les roues voilées sont causées par le bris d’un rayon de la roue, ainsi la roue est désaxée et ne tourne plus comme il le faudrait.

Par ailleurs la vibration engendrée par le mauvais état de la chaussée peut également avoir des incidences sur le cadre du vélo et ses composantes.

Secteurs problématiques

(Selon les membres du groupe Vélo d’Hiver Montréal)

- Viau

- Pie-IX

- Saint-Laurent

- Marie-Anne

- Piste cyclable Rachel (à l’Est de Boyer)

- Saint-Zotique

- Sauvé près d’Iberville