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Peine record pour Benjamin Hudon-Barbeau

Autopsie d’une folie meurtrière de 30 jours

Éric Thibault | Agence QMI

Coupable de deux meurtres et de deux tentatives de meurtre, Benjamin Hudon-Barbeau a écopé d’une peine record au Québec, mercredi : l’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant au moins 35 ans. Voici un échantillon de ses 30 jours de folie meurtrière, tel que documenté dans l’enquête policière et au procès qui ont mené à sa condamnation.

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«Je vais te montrer c’est quoi un homme, mon rat d’égout. C’est là que tu vas finir, mon sale ;-)...»

C’est l’un des textos qu’une des victimes de Benjamin Hudon-Barbeau a reçu, à l’automne 2012, avant de se faire tirer dessus.

L’aspirant déchu des Hells Angels ne se souciait guère des traces qu’il laissait de ses menaces sur son cellulaire et sur les réseaux sociaux.

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Dans les jours précédents, il s’était aussi exprimé sur le compte Facebook d’un «ami de longue date» dont l’identité ne peut être publiée. Il le menaçait de lui «briser les doigts tranquillement» et de le sodomiser «violemment».

L’après-midi du 29 septembre 2012, il a appelé cette même victime pour lui donner rendez-vous dans un resto-pub en prétextant vouloir régler leur chicane d’ordre monétaire, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, dans les Laurentides.

L’«ami» a été accueilli de trois balles dans le dos tirées par un complice de Hudon-Barbeau. Hospitalisé, il a reçu un appel de Hudon-Barbeau, le lendemain. Sur un ton mielleux, celui-ci voulait «prendre de ses nouvelles» en prétendant ignorer ce qui s’était passé...

Excité par le meurtre

Le matin du 10 octobre suivant, Hudon-Barbeau est «excité comme un enfant» devant sa télé, d’après un témoin. Il attend impatiemment que Claude Poirier parle d’une nouvelle «spectaculaire» dont il semble déjà connaître les détails.

Deux hommes viennent d’être atteints par balle dans une résidence à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. L’un d’eux, Vincent Pietrantonio, un homme d’affaires de 53 ans, pressait Hudon-Barbeau depuis plusieurs semaines de lui rembourser une dette de 150 000$.

«Tu me traites de vidange. Des menaces, ça mène à l’action», lui avait répondu le caïd.

Craintif, Pietrantonio avait demandé à Frédérick Murdock, 33 ans, d’assurer sa protection. Ce matin-là, ils déjeunaient quand ils ont vu une Oldsmobile Alero grise arriver.

Le garde du corps s’est précipité dehors et a été tué dans un échange de coups de feu. Pietrantonio est sorti et un projectile de calibre .40 lui a transpercé la poitrine, 5 cm en bas du cœur. Il a toutefois survécu. Assez longtemps pour dire ce qu’il savait à la police.

Hudon-Barbeau est déçu. «Mon Indien tire mal», aurait-il dit, en ajoutant qu’il commençait à «faire rire de lui dans le milieu».

Quelques années plus tôt, Hudon-Barbeau avait pris Ryan Wolfson sous son aile alors qu’ils étaient tous deux en prison. Wolfson, qu’il appelait «mon Indien», est devenu son homme de main et lui obéissait «au doigt et à l’œil».

Wolfson n’a pas raté sa cible, le 18 octobre.

Depuis plusieurs mois, Hudon-Barbeau mettait de la pression sur un trafiquant pour lui prendre sa «run» de cocaïne, dans la région de Saint-Sauveur.

Il a vainement tenté de convaincre Pierre-Paul Fortier, dont les profits mensuels pouvaient atteindre 100 000$, d’acheter sa «coke» de lui plutôt que «des Italiens».

Il lui a même réclamé une compensation d’un million $. Pour «acheter la paix», Fortier, 27 ans, a consenti à lui verser 1800$ par mois. Mais Hudon-Barbeau n’était «jamais content». Et Fortier était nerveux.

L’avant-midi du meurtre, le père de trois jeunes enfants a dit à sa conjointe qu’il devait aller dîner avec «Les Bras», le surnom qu’il donnait à Hudon-Barbeau.

Vers 13h15, un employé de la SAQ stationné au Manoir Saint-Sauveur entend quatre coups de feu et voit un suspect - qu’il identifiera ensuite comme étant Wolfson - prendre la fuite. Fortier est retrouvé sans vie derrière l’hôtel.

Hudon-Barbeau revient chez lui avec Wolfson, au volant d’un VUS Lincoln MKX blanc qui a été filmé par une caméra de surveillance du Manoir Saint-Sauveur sur l’heure du midi. Il est «émotif» et dit à un proche qu’ils «viennent de tuer quelqu’un».

«Rien à perdre»

La nuit du 15 octobre, Dannick Lessard, un bagarreur vedette de la ligue de hockey semi-pro, travaille comme un portier au bar de danseuses Le Garage, à Mirabel, quand Hudon-Barbeau débarque pour lui parler.

Six ans plus tôt, Lessard était portier à l’Upper Club, un bar du centre-ville de Montréal. On lui avait présenté Hudon-Barbeau et conseillé de «bien prendre soin» de ce client lié au crime organisé.

Un soir d’octobre 2006, deux hommes liés aux gangs de rue y ont été abattus et Hudon-Barbeau a été emprisonné après avoir été incriminé par une témoin de la poursuite qui s’était parjurée. Blanchi par la Cour d’appel en janvier 2012, il est resté très amer envers le système de justice.

Et il en voulait à Lessard pour la version qu’il a donnée aux policiers, même si le portier a maintenu qu’il n’avait pas vu le tireur.

«Tu m’as pas aidé, t’aurais dû m’aider. Je suis un capoté, tu me connais. J’ai rien à perdre, j’ai tout perdu. J’avais du respect pour toi, mais tout ce que tu mérites, c’est une balle entre les deux yeux», lui a dit Hudon-Barbeau ce soir-là.

Le 28 octobre, Lessard quitte le bar à 4h du matin quand un inconnu portant un masque de Batman tire 14 balles en sa direction à l’aide de deux pistolets, l’atteignant à neuf reprises.

«J’aurais été supposé de mourir», a témoigné le survivant de 39 ans.

«Le pire cauchemar»

Le jour même, Hudon-Barbeau et Wolfson ont festoyé ce «gros coup» avec des amis et «disaient ouvertement que c’est eux qui avaient fait ça». Mais Hudon-Barbeau s’est mis à douter d’une des personnes présentes au party, qui «en savait trop».

Ryan Wolfson

COURTOISIE G.R.C

 

La victime, dont l’identité ne peut être révélée, a dit à la Sûreté du Québec qu’il lui avait fait vivre «12 heures d’horreur».

Ce témoin se serait notamment fait menacer de viol, de meurtre et de violentes représailles envers ses proches.

«Ç’a été le pire cauchemar de ma vie, a raconté la victime. Je pleurais, je hurlais. Je sentais qu’il était pour me tirer. La seule image que j’avais en tête, c’était celle de mon père, mort, dans sa tombe.»

De la peine...

Le 3 novembre suivant, Hudon-Barbeau et Wolfson ont été arrêtés lors d’une visite de routine de l’escouade Eclipse du SPVM au bar de danseuses le Wanda, à Montréal. Le duo se promenait avec trois pistolets, soit les armes utilisées lors des fusillades.

La Oldsmobile grise avec laquelle Wolfson s’était rendu chez Vincent Pietrantonio, le 10 octobre 2012, et qu’il avait abandonnée à Val-David a été retrouvée. Elle avait été rapportée volée par une danseuse que Wolfson a brièvement fréquentée.

Des douilles de calibre .40 provenant d’un des pistolets de Wolfson ont été trouvées dans l’habitacle. Deux douilles de calibre .45, tirées par Frédérick Murdock avant de mourir, se trouvaient dans le coffre arrière de la voiture. Wolfson a été condamné à la perpétuité pour le meurtre de Murdock en 2016.

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COURTOISIE

Hudon-Barbeau a clamé son innocence malgré la preuve accablante. Son seul gain fut d’être libéré de l’accusation de tentative de meurtre sur Lessard.

Au procès, il a même déclaré aux jurés qu’il avait eu «de la peine» pour la famille de Pierre-Paul Fortier et qu’il considérait une autre de ses victimes comme «son petit frère».

«Mais il n’a dupé personne», a observé la juge France Charbonneau.

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