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Concept EZ-GO

Les navettes autonomes: futur proche de l'automobile

Daniel Aronssohn | Agence France-Presse

Les navettes électriques, autonomes et partagées, à l'image du concept EZ-GO présenté par Renault mardi à Genève, vont arriver dans les grandes villes ces prochaines années. Elles annoncent une révolution urbaine et un défi pour l'industrie automobile.

Les navettes autonomes sont déjà en cours d'expérimentation dans le monde entier, y compris dans le trafic urbain, pour desservir des zones bien délimitées. Le marché encore naissant doit exploser d'ici le milieu de la prochaine décennie.

Ces véhicules seront opérés par des sociétés de transport. On pourra les appeler avec un téléphone intelligent et monter à bord sur des aires de dessertes spécifiques, aménagées en ville.

Il pourrait s'agir de berlines de 2 à 5 places, ou bien de véhicules plus vastes, mais toujours électriques, comme le très futuriste EZ-GO, que Renault promet pour 2022. Cette navette, aux larges baies vitrées transparentes, a des allures de grosse voiture. Elle est équipée d'une banquette en forme de U, comme dans un métro, et ne possède ni volant, ni poste de conduite. Aucun conducteur n'est prévu à bord.

«On peut imaginer des robots-véhicules électriques pour emmener des touristes sur des sites et leur proposer des routes qui correspondent à leurs préférences», a expliqué à l'AFP Christian Ledoux, responsable mobilité pour l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Ils pourraient aussi "connecter le dernier kilomètre" à partir d'une station de train ou de métro, par exemple, autour de laquelle ils feraient des rotations.

La multiplication de ces véhicules électriques et partagés devrait contribuer à améliorer la qualité de l'air en ville et à fluidifier le trafic, en réduisant le nombre de voitures sur les routes.

Comme elles seront en circulation presque toute la journée et programmées pour aller se ranger dans des stationnements spécialement aménagés en périphérie, les navettes devraient aussi libérer des espaces au coeur des agglomérations.

D'après les experts, le risque d'accident sera réduit de plus de 90%, par rapport à des véhicules conduits par des humains. L'absence de chauffeur réduira en outre le coût de la course par rapport à celui d'un taxi aujourd'hui.

Pour les personnes âgées ou handicapées, ces véhicules qui «viendront les chercher devant chez eux» permettront de «regagner un esprit de liberté», estime Didier Leroy, vice-président de Toyota.

«Le vrai défi derrière toutes ces évolutions, c'est la capacité d'investissement», estime Eric Kirstetter du cabinet de conseil Roland Berger. Volkswagen a annoncé 34 milliards d'euros d'investissements d'ici 2022 dans la voiture du futur. L'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi évoque 50 milliards sur six ans.

Pour M. Kirstetter, le marché des robots-taxis sera avant tout un marché de navettes. «Les gens préfèrent payer pas cher en entrant dans une ''navette'' plutôt que de payer plus pour une voiture quatre places», assure-t-il.

Les constructeurs espèrent que cette activité ne grandira pas au détriment de la possession individuelle de véhicules et sera complémentaire. Mais «les nouvelles générations ont de moins en moins d'appétit pour acheter leur véhicule», note Meissa Tall, associé-conseil automobile chez Deloitte.

La conception et la fabrication de ces engins, qui nécessitent de l'informatique et de l'électronique de pointe, fait entrer des poids lourds de la high-tech dans l'industrie. Ils vont chercher à s'approprier des éléments clés de la chaîne de valeur au détriment des constructeurs. Au même moment, dans cette activité s'apparentant à du taxi ou du transport en commun, la notion de marque du véhicule risque de perdre de son importance. Difficile, dans ces conditions d'avoir des marges élevées.

Pour gagner de l'argent, les constructeurs vont chercher à opérer eux-mêmes ces flottes, se transformant en fournisseurs de services de mobilité. Ils concurrenceront alors directement des sociétés comme Uber ou des gestionnaires de transports publics urbains. L'automobile «va passer d'une industrie de purs produits à une industrie de produits et services», explique M. Tall. «Comme lors de tout changement de paradigme, il y a aura de nouveaux entrants, des gagnants et des perdants».