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Baisse de la productivité des médecins

Le gouvernement minimise les résultats du rapport

Patrick Bellerose | Agence QMI

 - Agence QMI

Le gouvernement Couillard et la fédération des médecins de famille ont minimisé en chœur mercredi la baisse de productivité des médecins de 2006 à 2015, malgré une importante hausse de leur rémunération.

«C’est un constat préréforme, a affirmé le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, en marge d’un point de presse à Montréal. Et ce qui est malheureux, c’est que l’étude ne se rend pas suffisamment loin pour nous montrer à quel point les changements donnent des résultats aujourd’hui.»

En effet, la période couverte par le rapport se termine peu après l’arrivée au pouvoir du gouvernement Couillard au printemps 2014. Depuis, le gouvernement a adopté les lois 20 et 130, qui prévoient des pénalités pour les médecins qui n’atteignent pas certaines cibles de productivité, bien que leur application soit temporairement suspendue.

Le ministre Barrette réagissait à une étude commandée par le Commissaire à la santé et au bien-être, depuis aboli, et rendue publique mercredi qui démontre que la rémunération des médecins a doublé de 2006 à 2015. Pourtant, le nombre de visites par médecin de famille a diminué de 17 % pendant les années étudiées; chez les spécialistes, la diminution est de 12 %. Le nombre de jours travaillés suit la même tendance à la baisse.

Rémunération à l’acte

Depuis Paris, où il dirige une mission économique, le premier ministre Philippe Couillard a reconnu qu’on «a encore un enjeu de productivité dans le corps médical», tout en vantant les mesures mises en place par le ministre Barrette.

Pas question, toutefois, de remplacer le paiement à l’acte des médecins pour du salariat dans les établissements de santé, une des principales recommandations du rapport. «Le paiement à l’acte, malgré tous ses défauts, fait en sorte qu’on a intérêt à voir plus de patients, a maintenu Philippe Couillard. Alors, si on change le mode de rémunération pour enlever un incitatif à voir plus de patients, on va accentuer le phénomène dont vous venez de me parler.»

De plus, il souligne que le mode de paiement des médecins est «mixte» et non pas seulement basé sur les actes médicaux.

Mauvais indicateurs

De son côté, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec affirme que l’étude utilise les mauvais indicateurs de productivité. «De juger la productivité juste avec le nombre d’actes, ou le nombre de visites, ça ne tient pas compte de la façon dont le travail des médecins a changé au cours des dernières années», a analysé le Dr Louis Godin.

La création de groupes de médecine de famille (GMF) et la collaboration accrue avec les infirmières ont changé la donne, a-t-il poursuivi. Les médecins se concentrent désormais sur le suivi des cas les plus lourds. «Alors, résultat, je vais faire moins d’actes et moins de visites», a dit Dr Louis Godin.

De plus, les médecins de famille ont pris en charge un million de patients supplémentaires depuis deux ans, fait-il valoir.

De son côté, la Fédération des médecins spécialistes du Québec, également visés par le rapport, n’a pas souhaité commenter. Sa présidente, Diane Francoeur, était en réunion toute la journée mercredi et jeudi, selon son service de communication.

– Avec la collaboration de Charles Lecavalier

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