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Syrie

Le régime syrien reprend la moitié du fief rebelle dans la Ghouta

Abdulmonam Eassa et Hasan Mohammed | Agence France-Presse

Le régime syrien a reconquis plus de la moitié de l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale, cible de bombardements meurtriers qui ont tué des dizaines de civils mercredi, la communauté internationale s'avérant incapable de stopper le bain de sang.

L'étau se resserre sur le dernier bastion des insurgés aux portes de Damas. Après une offensive terrestre et deux semaines de bombardements ayant tué près de 850 civils, les forces du régime ont pris pied au coeur de l'enclave, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Soutenu par l'allié russe, Damas n'a jamais caché sa détermination à reconquérir l'intégralité de ce fief rebelle, où les quelque 400 000 habitants assiégés depuis 2013 subissent de graves pénuries de nourritures et de médicaments.

«Les forces du régime contrôlent plus de 50% de l'enclave», notamment après avoir reconquis mercredi les localités de Beit Sawa et d'Al-Achaari, dans le centre du bastion des insurgés, selon le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

 

Les troupes poursuivent leur progression vers la grande ville de Douma et les localités dans l'ouest de l'enclave rebelle, après avoir reconquis des secteurs dans l'est et le sud-est, d'après l'OSDH.

Par ailleurs, frappes aériennes et tirs d'artillerie continuent de s'abattre sur la Ghouta, en dépit d'une trêve quotidienne de cinq heures (07h00 à 12h00 GMT) décrétée par Moscou il y a plus d'une semaine.

Au moins «45 civils, dont quatre enfants, ont été tués mercredi, la plupart dans des frappes russes», a assuré l'OSDH, précisant que ces raids dans la seule localité de Hammouriyé ont fait 16 morts.

À plusieurs reprises, l'OSDH a accusé la Russie d'avoir mené des frappes meurtrières dans la Ghouta, ce que Moscou a démenti.

À Hammouriyé, un correspondant de l'AFP a pu voir deux hommes au sol près d'une moto, le corps pris par les flammes d'un incendie provoqué par un raid, des secouristes tentant d'éteindre le feu. Ailleurs, un troisième homme gisait à même le sol, près d'une marre de sang.

L'objectif du régime est de scinder l'enclave en deux, en isolant le secteur nord et Douma du sud, selon l'OSDH.

L'offensive se poursuit alors que le Conseil de sécurité de l'ONU avait adopté fin février une résolution réclamant un cessez-le-feu de 30 jours dans toute la Syrie, qui devait permettre la livraison d'aide humanitaire et l'évacuation de blessés.

Cette disposition est restée quasiment sans effet et le Conseil de sécurité s'est réuni mercredi, à huis clos, pour débattre de l'absence de mise en oeuvre de cette trêve.

Le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad al Hussein, a accusé le régime de planifier «l'apocalypse» en Syrie, estimant que le conflit qui ravage le pays depuis 2011 et a fait plus de 340.000 morts était entré dans une nouvelle «phase d'horreur».

Un autre correspondant de l'AFP à Douma pouvait entendre les raids dans les localités environnantes, qui ont poussé les civils à fuir et à se réfugier dans la grande ville.

Dans un secteur du sud de l'enclave récemment reconquis par le régime, des forces prorégime patrouillaient mercredi à bord de véhicules militaires au milieu de champs agricoles et de rues dévastées.

Au loin, des nuages de fumée noire et grise s'élevaient après des frappes aériennes.

Le scénario dans la Ghouta orientale n'est pas sans rappeler celui de 2016 à Alep (nord), où les rebelles avaient dû abandonner leur fief après un siège et des bombardements dévastateurs du régime et de Moscou.

La trêve quotidienne dans le fief rebelle prévoit un couloir pour permettre aux civils de quitter l'enclave. Moscou avait assuré mardi que les insurgés étaient aussi autorisés à sortir.

Les deux principaux groupes rebelles, Jaich al-Islam et Faylaq al-Rahmane, ont toutefois nié tout contact ou négociations avec Moscou.

Malgré le déluge de feu meurtrier, l'ONU prévoit d'envoyer jeudi un nouveau convoi d'aide humanitaire. Lundi, un premier convoi avait dû abréger sa mission en raison de bombardements sur Douma.

Les aides médicales et la nourriture doivent permettre de satisfaire les besoins de 70 000 personnes au total, a indiqué le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

Pour le convoi de jeudi, «nous ne savons pas encore combien de camions il y aura, mais ce sera le reste des aides pour 70 000 personnes» en question, a déclaré à l'AFP une porte-parole d'Ocha à Damas, Linda Tom.

«Cela comprendra les aides médicales dont le chargement n'avait pas été autorisé» dans le convoi de lundi, a-t-elle signalé.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie s'est progressivement complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

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