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Les artistes lancent un cri d'alarme

Les géants du web aident au plagiat

Sandra Godin et Francis Halin | Agence QMI

Des artistes québécois dont les œuvres sont plagiées puis vendues à l’international sur des sites de commerce électronique lancent un cri d’alarme. Légèrement modifiées ou carrément copiées, leurs œuvres se retrouvent sur des sites comme Amazon, ebay, AliExpress et Wish, sans qu’un seul sou ne leur soit versé.

« C’est carrément du vol », lance la peintre de Québec Elise Genest, dont les œuvres, des toiles représentant des chevaux, ont été copiées et sont vendues sur plusieurs sites de commerce en ligne.

Elle a vu sa toile intitulée Les gardiens sur le site AliExpress, une plateforme similaire à Amazon, basée en Chine, qui aurait près de 500 millions d’utilisateurs dans le monde.

Sa toile, d’une valeur de 3200 $ s’y vendait pour 100 $, frais de port inclus.

Certaines de ses œuvres sont aussi en vente sur Wish, une autre plateforme de commerce en ligne, basée aux États-Unis, mais dont les produits sont faits en Chine.

Sur Amazon, elle a trouvé des étuis de téléphones avec ses œuvres comme illustration.

Impuissante

Les démarches pour faire retirer les copies sont laborieuses. « Juste pour demander à Amazon d’enlever un seul produit, j’en ai pour une journée de démarches. C’est plusieurs heures de travail et de documents à envoyer pour faire retirer un produit », raconte-t-elle.

Elise Genest s’est fait connaître à l’international grâce au web, « je suis reconnaissante », dit-elle. Mais elle est impuissante devant ces géants du commerce électronique qui facilitent la vente de reproductions et produits dérivés de ses œuvres.

Une démarche complexe

Il est « complexe » et « coûteux » de faire valoir ses droits dans un autre pays, confirme Pierre Trudel, professeur à l’Université de Montréal en droit de la propriété intellectuelle, entre autres.

Il faut faire appel à une société d’avocats spécialisée en droit international, suggère-t-il, qui « fonctionne à la fois avec une antenne en Chine, et qui est capable de donner l’heure juste parce qu’ils ont une connaissance sur le terrain. »

Le coût d’une telle entreprise est souvent dissuasif.

« Ce sont des coûts considérables, dit-il. C’est ce genre de fardeau-là qu’on a lorsqu’on veut faire protéger la propriété intellectuelle dans un pays. »

Pas un cas isolé

La peintre québécoise Isabelle Desrochers vit une situation similaire. Ses œuvres d’art naïf se sont transformées, sur AliExpress, en peinture à diamant, qui consiste à acheter une image avec de petites billes à coller, pour la reproduire ainsi. C’est « un fléau », dit-elle.

Même son de cloche du côté de Laurie Marois, une peintre également originaire de Québec.

Elle a récemment découvert que le site society6.com vend des reproductions d’une de ses toiles pour 19,99 $, mais aussi des produits dérivés comme des housses de couette et des chandails.

Elle a tenté de contacter society6 pour faire retirer la copie de sa toile, sans succès. Le formulaire de plainte pour atteinte à la propriété intellectuelle qu’elle a rempli, sur le site du commerçant, est demeuré sans réponse.

Elle fait également face à AliExpress où des reproductions de ses œuvres sont vendues à des prix dérisoires.

Elise Genest insiste toutefois sur le fait que les acheteurs ont aussi leur part de responsabilité. « C’est le consommateur qui décide et qui embarque là-dedans », fait-elle valoir.

Une technique sophistiquée

Les vendeurs de reproductions illégales prennent les photos des œuvres qui sont souvent disponibles sur le site personnel des artistes et utilisent un logiciel pour enlever les filtres appliqués sur les photos pour les protéger. Ils vendent ensuite des impressions à bas prix, ou des produits dérivés sur les différentes plateformes de commerce électronique.

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